17 avril 2016 : Journée internationale des luttes paysannes

Appel à la mobilisation de la Via Campesina

31 mars par La Via Campesina

Pour la vie, pour l’accès à la terre et pour une alimentation saine : 20 années de résistances !

20 années après le massacre de El Dorado dos Carajás , le sang des paysans et des paysannes continue de couler. Mais notre résistance est plus forte que jamais

(Harare, 24 mars 2016) C’est dans un contexte alarmant pour le droit des paysans et des paysannes que se profile ce vingtième anniversaire de la journée internationale des luttes paysannes |1|. Ces derniers temps, les exemples des répressions que subissent les paysans et les paysannes dans leur lutte quotidienne pour leurs droits se sont multipliés. Début mars, Berta Caceres, coordinatrice du Conseil civique des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPINH) était assassinée à son domicile. Une semaine plus tard en Colombie, un paysan de l’association Paysanne de Arauca était tué et 3 autres paysans, d’une organisation aussi affiliée à la FENSUAGRO, étaient faits prisonniers. Ces 4 paysans colombiens viennent s’ajouter à une longue liste des personnes, défenseurs de droits humains, membres d’organisations paysannes et indigènes assassinées, menacées ou emprisonnées depuis le début 2016 en Colombie. Ces faits meurtriers font écho à ce qui se passe chaque jour pour de nombreux paysans et paysannes et défenseurs de l’agriculture paysanne partout dans le monde.

Le modèle capitaliste de production qui s’exprime au travers de la domination de la nature est en crise. Deux modèles de production, de société, de manière de cohabiter avec la nature s’affrontent. Il s’agit de deux manières différentes d’envisager l’avenir. D’un côté, il y a le modèle de l’agrobusiness qui subordonne tout à son appétit insatiable du gain et qui impose la monoculture Monoculture Culture d’un seul produit. De nombreux pays du Sud ont été amenés à se spécialiser dans la culture d’une denrée destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide, tabac, etc.) pour se procurer les devises permettant le remboursement de la dette. , détruit la biodiversité, utilise toujours plus de produits toxiques, expulse les paysans de leur terre et impose son dictat aux gouvernements et aux Etats. De l’autre, il y a le projet de la Via Campesina axé sur la souveraineté alimentaire où l’agriculture a pour vocation de produire des aliments sains pour tous tout en respectant l’équilibre avec la nature et le bien-être de la population rurale. La violence et la répression des grands propriétaires, l’inertie des gouvernements, sont l’expression de cet affrontement permanent et quotidien entre ces deux manières de voir la nature, l’agriculture, la vie et l’alimentation. Les accaparements de terre qui vont se multiplier en Afrique ou Asie sous couvert de compenser le trop d’émissions de carbone des pays les plus industrialisés risquent d’augmenter encore cette violence contre les familles paysannes.

Nos journées internationales de mobilisation puisent leur origine dans des dates symboliques importantes qui ont marqué nos vies profondément. Aujourd’hui, elles sont une source d’inspiration pour continuer à articuler nos actions de dénonciation et de résistance ; Elles nous permettent de dialoguer avec l’ensemble de la société pour construire un autre modèle d’agriculture.

C’est dans ce contexte que La Via Campesina appelle toutes ses organisations membres, ses amis, ses alliés, tous ceux et celles qui croient en l’agriculture paysanne et se battent pour la souveraineté alimentaire à se mobiliser en ce 17 avril 2016 pour l’accès à la terre de ceux et celles qui la cultivent avec respect, et contre ces crimes contre l’humanité que sont les assassinats des leaders des mouvements paysans.

Plus particulièrement au Brésil, à l’occasion des 20 ans de ce massacre Del Dorado Dos Carajás dont les responsables sont toujours inpunis, La Via Campesina du Brésil et La Via Campesina internationale organisent un campement de jeunes paysans, puis du 13 au 17 avril une conférence sur la réforme agraire pour discuter de ces deux modèles de production agricoles évoqués plus haut. Enfin, un événement politique international appelant à la transformation de la société sera organisé sur les lieux mêmes du massacre dans l’état du Para.

Faisons ensemble de ce 20e anniversaire, un hymne à la vie en organisant des manifestations, des débats publiques, des projections de films, des marchés de produits paysans, des fêtes, ou des actions de solidarité. Toutes les initiatives sont bienvenues ! Faites-nous en part en écrivant à l’adresse lvcweb [at] viacampesina.org afin que nous puissions diffuser et faire connaître vos actions à l’avance. Le 17 avril, envoyez-nous vos photos, sons ou vidéos pour animer cette journée. Vous trouverez ci-dessous deux affiches, que vous pouvez utiliser pour annoncer vos actions.

Télécharger ici la première affiche (qualité pour le web, qualité pour impression format A3).

Télécharger ici la deuxième affiche (qualité pour le web, qualité pour impression)


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Notes

|1| Le 17 avril 1996, la police militaire de l’Etat amazonien du Pará au Brésil chargeait des paysans membres du Mouvement des travailleurs sans terres (MST) qui, pour exiger la mise en œuvre de la réforme agraire, bloquaient une route. 19 personnes furent tuées, 2 moururent plusieurs jours après des suites de leurs blessures. Il y eut aussi des centaines de blessés empêchés par leurs séquelles de continuer à travailler dans l’agriculture. La Via Campesina, qui tenait alors sa deuxième conférence internationale à Tlaxcala au Mexique, déclara le 17 avril, comme journée internationale des luttes paysannes.

Traduction(s)