Communiqué de presse du réseau international CADTM

7e édition du Forum Social Mondial : Le défi africain

18 janvier 2007 par CADTM International


A la veille du 7e Forum social mondial qui se déroulera du 20 au 25 janvier à Nairobi au Kenya, tous les yeux sont braqués vers l’Afrique. Si le Forum social mondial polycentrique de Bamako avait déjà permis la convergence des mouvements sociaux régionaux, cette fois, c’est toute l’Afrique qui porte le défi de sensibiliser et de mobiliser les forces anticapitalistes. L’enjeu est important puisqu’il s’agit de renforcer l’enracinement du processus du FSM en Afrique, mais aussi de renforcer la visibilité des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
des mouvements sociaux et acteurs africains. Dans sa phase actuelle, le FSM constitue donc bien plus qu’un simple sommet de protestation face au forum économique de Davos mais bien un espace de construction d’alternatives à la globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
néolibérale.

L’importance des FSM au sein du mouvement altermondialiste.

La décision de tenir le 7e FSM en Afrique fut prise en 2005 et, depuis lors, on assiste à sa concrétisation. A l’heure actuelle, il y a plus de 10.000 participants extérieurs inscrits au FSM venant de toute la planète. Plus de 1.000 activités sont organisées dans le cadre du programme autogéré sur des sujets aussi divers que le changement des institutions internationales, l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, les migrations et le développement, la souveraineté alimentaire, les femmes, la privatisation des services publics, les droits humains, la lutte contre les guerres... Le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM, réseau international qui a son secrétariat international à Liège) participera activement aux réflexions sur des thèmes tels que l’audit de la dette des pays du Sud, la construction d’une nouvelle architecture internationale, la création d’une Banque du Sud, la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
...

Au delà de ces quatre jours d’échange et de débats, le FSM se veut un lieu de rencontres et de convergences afin notamment d’établir des pistes de travail et des actions concrètes pour les années futures. Les différents réseaux internationaux en profitent pour concrétiser des agendas communs de mobilisation.

Ce forum s’inscrit dans la création de liens de solidarités avec l’Afrique et des autres parties du monde pour lutter plus efficacement contre le système néolibéral. Il s’agit notamment d’apporter les expériences de certains pays d’Amérique du Sud comme le Venezuela, la Bolivie ou l’Equateur, d’en tirer les leçons et d’impulser un vent de changement à travers le monde.

Les défis du Forum

Cependant, quelques questions et inquiétudes concernant le 7e FSM persistent au sujet de la participation de la population locale et africaine en général.
Quelle sera l’ampleur de leur présence ? Est-ce que les populations de Kibera, le bidonville le plus important d’Afrique, preuve vivante de l’échec des politiques néolibérales, participeront à ce forum ? Différents obstacles d’ordre financier (droit d’entrée élevé) ou logistique (traduction) ne vont-ils pas rendre leur accès difficile ?
Par ailleurs, il ne faut pas négliger l’influence que peuvent avoir les grosses ONG relativement aux mouvements de base, ainsi que la faible insertion des mouvements sociaux locaux dans le processus de préparation du FSM, tous éléments qui vont sans doute constituer des obstacles à la mobilisation. Enfin, il faut prendre en compte la situation de guerre et de conflit dans les pays voisins du Kenya.

L’ avenir du FSM dans le processus altermondialiste

Ce 7e Forum social mondial constitue un tournant dans le processus altermondialiste. En effet, il représente le dernier forum social mondial annuel « traditionnel ». Suite à une décision, en octobre 2006, du Conseil international porteur du processus des forums, il n’y aura pas de 8e FSM en 2008. En lieu et place, une action globale et mondiale sera réalisée dont la forme exacte doit encore être définie. Cette action durera-t-elle plusieurs jours ? Y aura-t-il des thèmes prioritaires ? Voici quelques questions qui doivent encore trouver une réponse. Le quatrième jour du 7e FSM (24 janvier 2007) se veut être une journée de convergences et de propositions concrètes, reste à espérer que les revendications des mouvements sociaux seront entendues. Ce dernier jour devrait donc servir à y voir plus clair quand à l’avenir du processus des FSM. Le Conseil international qui se réunira les 26 et 27 janvier après la clôture du FSM devrait alors faire la synthèse et dégager une position à ce propos.
L’enjeu pour les mouvements sociaux africains et le mouvement altermondialiste dans son ensemble est de répondre à ces grands défis afin que le slogan « un autre monde est possible » devienne réalité. Le 7e Forum social mondial de Nairobi sera ainsi une étape dans la construction d’une véritable alternative aux inégalités sociales crées par le système actuel.

Contacts :
Damien Millet, président du CADTM France, france chez cadtm.org, 00 33 6 60 54 27 13
Eric Toussaint, président du CADTM Belgique, international chez cadtm.org, 00 33 486 74 47 52 jusque jeudi 18/1 à 19H00.

Liste des numéros de téléphone pour atteindre la délégation CADTM :
Eric Toussaint (CADTM Belgique) : 00 254 736 878 088 dès le vendredi 19 janvier après-midi (GMT 1pm + 3)
Jean Mpelé (CADTM Congo) : 00 254 736 89 89 28 .
Si vous appelez du Kenya, enlever 00 254 et ajouter 0, cela donne 0736 878 088
Sont déjà sur place : Olivier Bonfond (CADTM Belgique) : 00 254 736 878 081
Salissou Oubandoma (RNDD Niger) : 00 254 734 63 06 41
Christine Vanden Daelen : 00 254 736 962 182
Myriam Bourgy : 00 254 736 962 163
Jos Geudens : 00 254 736 942 080 (CODEWES Belgie)

Durant le 7e FSM, la délégation du réseau CADTM international est hébergée à l’adresse suivante : Terminal Hotel, Moktar Daddah Street (en face du City market)à Nairobi

Plus infos sur le programme des activités du CADTM à Nairobi sur www.cadtm.org

Programme : http://www.cadtm.org/texte.php3?id_article=2385



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