8 heures à « kicker » la dette illégitime à Bruxelles !

9 décembre 2016 par Maud Bailly

Ce dimanche 4 décembre, en Belgique, ce n'était pas seulement les fêtes familiales du patron des écoliers, c'était aussi et surtout la première édition de la rencontre des 8 heures contre la dette illégitime. Environ 300 personnes au fil de la journée – activistes de multiples horizons, délégué-e-s de mouvements sociaux et d'associations amies, individus curieux, militant-e-s et sympathisant-e-s du CADTM - ont assisté à l’événement qui a pris place à l'Université libre de Bruxelles (ULB).

Le coup d’envoi du marathon a été donné par Silvia Federici, militante féministe d’envergure internationale, et Éric Toussaint, porte-parole du CADTM International, qui nous ont exposé comment la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, au Nord et au Sud de la planète, du privé au public, opère comme une arme de destruction massive au service du système capitaliste et patriarcal.

JPEG - 291 ko
Silvia Federici, Noémie Cravatte et Éric Toussaint à la plénière d’ouverture

La piste débouchait ensuite sur un embranchement à sept voies, difficile de faire son choix... Entre un voyage chaotique au Sud de la planète où se trame une nouvelle crise de la dette ou une exploration du système bancaire qui décryptait comment les banques nous font à nouveau foncer droit dans le mur et comment prendre le pouvoir sur celles-ci. Plusieurs ateliers ont mis l’accent sur les luttes et stratégies au Nord et au Sud de la planète : celles des femmes face au capitalisme et au patriarcat, des luttes anti-extractivistes face à la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
, des activistes et des mouvements sociaux en Belgique et en Grèce face à la dette et l’austérité, des individus engagés dans des collectifs d’audits citoyens en Espagne, en France et en Belgique. Enfin, un atelier spécial « débutant-e-s de la dette » s’adressait aux nouveaux et nouvelles venu-e-s.

JPEG - 156.5 ko
Martine Orange (Mediapart) et Paul Murphy (Irlande, député européen, Anti-Austerity Alliance)

En selle pour le sprint final ! La plénière de clôture a laissé la parole aux témoignages de résistance de militantes et militants agissant sur des terrains divers : lutte des sans-papiers, l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
directe contre les traités de libre-échange, contre les grands projets d’infrastructures au Maroc et le greenwashing qui a accompagné la COP 22 à Marrakech, contre la dette et l’austérité en Espagne ou dans le monde, lutte syndicale et criminalisation des mouvements sociaux, et une réflexion sur l’articulation des luttes et la complémentarité des stratégies diverses... Témoignages entrecoupés des cris de colère et du cœur du slameur Rimakay. La salle a ensuite pu compléter avec d’autres témoignages : de la lutte contre les déchets nucléaires à Bure à l’appel international de grève des femmes le 8 mars.

Last but not least, comme on n’était même pas fatigué-e-s, on s’est déchaîné-e-s sur les notes musicales afro-reggae-world du groupe Terrakota, en dégustant la nouvelle bière du CADTM : « L’Antidette », un antidote à la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
 !

Seul regret : un certain Saint-Nicolas et des examens approchant, qui nous ont fait concurrence puisque l’affluence n’a pas été à la hauteur de nos attentes ! À méditer pour la prochaine édition...

Si vous n’avez pas pu être des nôtres ou que vous auriez aimé assister à tous les ateliers, vous pourrez vous rattraper sur le site du CADTM, où tous les ateliers et séances plénières seront diffusés prochainement en formats vidéo, audio et/ou écrit.

Rendez-vous en 2017, nous revenons comme prévu avec notre recette traditionnelle : l’Université d’été du CADTM, trois jours de formations et de débats qui auront lieu au centre culturel de La Marlagne à Wépion (environ de Namur). Bloquez d’ores et déjà dans vos agendas les 30 juin, 1er et 2e juillet 2017 !

–------------------

Cet événement a été rendu possible grâce aux énormes coups de patte de : Giorgio, Alfio, Najla, Ludi, Mariella, Eva, César, Emilie, Lucie, Roxanne, Marlène, Dimitri, Joaldo, Nathan, Nicolas, Gabi, Steph, Olivier, Noémie, Paola, Virginie, Valérie, Benoit, Gilles, Oualid, Pascou, Louise, Antoine, Sean, Pablo, Claude, Patrick, Valérie, Tcherry, Roxanne, Seb, Yacine, Pim, Jacques, Alejandra, Joe, Antonie, Jeleila, Lucile, Dimitris, Anne-Marie, Maxime, Arthur et Mike de Mendori, les permanent-e-s du CADTM, tous les intervenants et intervenantes... et toutes celles et ceux qu’on aurait honteusement oublié-e-s !


Agenda des luttes et rendez-vous à venir :

- 11 décembre : brunch solidaire avec le peuple grec (Bruxelles)

- 12 décembre : « lundi contre la dette » sur la dette sociale (Liège)

- 17 décembre : blocage du congrès annuel de l’APF, coalition européenne néo-nazie (Bruxelles)

- Début janvier : actions décentralisées contre la loi Peeters (Partout)

- 21 janvier : actions décentralisées contre le CETA (Europe)

- 20 et 21 janvier : actions contre l’investiture de Donald Trump (Bruxelles a minima)

- 22 et 23 janvier : Assemblée européenne (Reclaim the Fields) (Fribourg – Allemagne)

- 1 et 2 février (date à confirmer) : action contre le vote du CETA au Parlement européen (Bruxelles)

- 8 mars : grève internationale des femmes (Monde)

- Fin mars / Début avril : action contre l’inauguration du QG de l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
(Bruxelles)

- Début avril : week-end de soutien aux luttes de territoire à la ZAD de Haren (Bruxelles)

- 17 avril : journée internationale de luttes paysannes (Monde)

- Fin avril : Assemblée générale alternative de « Belfius est à nous » (Bruxelles)

- 30 juin, 1 et 2 juillet : Université d’été du CADTM Europe (Namur)

- Juillet : contre-G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). (Hambourg – Allemagne)

- 16, 17 et 18 juillet : grand rassemblement à Bure

- Samedi suivant le début de l’expulsion/des travaux à Notre-Dame-des-Landes : appel à venir soutenir la ZAD de Notre-Dame-des Landes en se rendant sur place ou en réalisant des actions locales solidaires.


Les dessins suivants ont été réalisés par Yacine tout au long des 8h. Les photos ont été prises par Dimitri, Sean et Pierre.

Click

Yacine en action

Auteur.e

Maud Bailly

Co-secrétaire générale du CADTM Belgique


Autres articles en français de Maud Bailly (16)

0 | 10