A Rio, les femmes donnent de la voix contre le capitalisme vert

20 juin 2012 par Lucile Daumas

A Rio, les femmes donnent de la voix contre le capitalisme vert.

Belle manifestation des femmes, ce lundi 18 juin, dans le cadre du Sommet des peuples à Rio de Janeiro. Elle a fait la une de certains titres de la presse brésilienne. L’objectif qui était de faire entendre la voix des femmes contre cette économie verte que les gouvernements réunis à Rio+20 sont en train de nous imposer est donc atteint.

Parties vers 7 heures du matin du campement que les femmes de la Marche mondiale des femmes (MMF Money Market Funds
MMF
Les Money Market Funds (MMF) sont des sociétés financières des États-Unis et d’Europe, très peu ou pas du contrôlées ni réglementées car elles n’ont pas de licence bancaire. Ils font partie du shadow banking. En théorie, les MMF mènent une politique prudente mais la réalité est bien différente. L’administration Obama envisage de les réglementer car, en cas de faillite d’un MMF, le risque de devoir utiliser des deniers publics pour les sauver est très élevé. Les MMF suscitent beaucoup d’inquiétude vu les fonds considérables qu’ils gèrent et la chute depuis 2008 de leur marge de profit. En 2012, les MMF états-uniens maniaient 2 700 milliards de dollars de fonds, contre 3 800 milliards en 2008. En tant que fonds d’investissement, les MMF collectent les capitaux des investisseurs (banques, fonds de pension…). Cette épargne est ensuite prêtée à très court terme, souvent au jour le jour, à des banques, des entreprises et des États.
Dans les années 2000, le financement par les MMF est devenu une composante importante du financement à court terme des banques. Parmi les principaux fonds, on trouve Prime Money Market Fund, créé par la principale banque des États-Unis JP.Morgan, qui gérait, en 2012, 115 milliards de dollars. La même année, Wells Fargo, la 4e banque aux États-Unis, gérait un MMF de 24 milliards de dollars. Goldman Sachs, la 5e banque, contrôlait un MMF de 25 milliards de dollars.
Sur le marché des MMF en euros, on trouve de nouveau des sociétés états-uniennes : JP.Morgan (avec 18 milliards d’euros), Black Rock (11,5 milliards), Goldman Sachs (10 milliards) et des européennes avec principalement BNP Paribas (7,4 milliards) et Deutsche Bank (11,3 milliards) toujours pour l’année 2012. Certains MMF opèrent également avec des livres sterling. Bien que Michel Barnier ait annoncé vouloir réglementer le secteur, jusqu’à aujourd’hui rien n’a été mis en place. Encore des déclarations d’intention...
1. L’agence de notation Moody’s a calculé que pendant la période 2007-2009, 62 MMF ont dû être sauvés de la faillite par les banques ou les fonds de pensions qui les avaient créés. Il s’est agi de 36 MMF opérant aux États-Unis et 26 en Europe, pour un coût total de 12,1 milliards de dollars. Entre 1980 et 2007, 146 MMF ont été sauvés par leurs sponsors. En 2010-2011, toujours selon Moody’s, 20 MMF ont été renfloués.
2 Cela montre à quel point ils peuvent mettre en danger la stabilité du système financier privé.
) partagent avec les militants de la Vía campesina, près de 2000 femmes sont arrivé(e)s sur le site du Sommet des peuples, à quelques kilomètres de là où s’inaugurait la tente “Territoire global des femmes”.

Elles ont alors été rejointes par un nombre important de femmes et d’hommes et c’est un cortège de plus de 10 000 personnes qui s’est ébranlé pour porter leurs voix dans les rues du Centre de Rio.

Cette marche, organisée à l’initiative de la MMF, de Vía Campesina, de l’Articulaçao da mulheres brasileiras et de plus de 30 autres organisations, proclamait sur la banderole de tête “Femmes em lutte contre la marchandisation de nos corps, de nos vies et de la nature”. Le cortège, animé par plusieurs groupes de percussions, dont la batucada de la MMF, agitant au vent des banderoles de toutes couleurs, a circulé pendant plus de 4 heures dans les rues de la ville pour affirmer leur engagement contre l’économie verte, cette fausse solution à la crise écologique qui veut transformer la nature en prestataire de service et en un nouveau marché pour les capitaux spéculatifs.

“Le monde n’est pas une marchandise, les femmes non plus !”

“Pour les féministes, le capitalisme vert ne fait pas recette !”

“Femmes contre le terrorisme néolibéral !”

“L’argent du BNDES* est l’argent du peuple !”

Voilà quelques uns des slogans que l’on pouvait entendre ou lire sur les banderoles, à côté des revendications plus classiques, contre la violence, pour le droit à l’avortement, etc.

Dans le cortège, des femmes de tous les continents, de tous les pays, avec une forte majorité de femmes brésiliennes évidemment, mais aussi de la “matrie” latinoaméricaine.

Des paysannes, des femmes mineurs, des ramasseuses d’ordure, des indigènes, des syndicalistes et des militantes politiques.

Et cet appel : “María, ven con nosotros”.... “Femmes, rejoignez-nous !”

Lucile Daumas, Attac Maroc, Rio de janeiro, 19 juin 2012


Auteur.e

Lucile Daumas

membre d’Attac/Cadtm Maroc