ATTAC/CADTM Maroc Contre la mondialisation libérale

9 février 2012 par ATTAC/CADTM Maroc


Déclaration finale du 4e congrès national d’ATTAC/CADTM Maroc.

L’association ATTAC/CADTM [1] Maroc a tenu son 4e congrès national les 27, 28 et 29 janvier 2012 sous le slogan « Pour le renforcement de la dimension populaire de la lutte contre la mondialisation capitaliste au Maroc ». Malgré le harcèlement des autorités publiques, ce rendez-vous s’est tenu comme prévu à Rabat. Les pressions exercées par l’Etat sur les responsables du Centre social sahb dahab de Poste Maroc, où le congrès était programmé, nous a obligé de tenir cette activité au siège de l’Union régionale du syndicat marocain l’Union marocaine du travail (UMT). Les présents au congrès adressent, à cette occasion, leurs salutations et remerciements aux camarades de l’UMT et de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme pour leur soutien moral et logistique qui a contribué à la réussite de nos travaux.

En clôture, notre Congrès national fait les constats suivants :

1. Ce congrès s’est tenu dans un contexte international marqué par l’amplification de la crise du capitalisme mondialisé et l’explosion de la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
dans les pays du Nord avec le train de mesures d’austérité qui les accompagne. Sur le plan régional, les révoltes dans le Maghreb et le Machrek s’étendent encore. Sur le plan national, le Mouvement du 20 février (M20F) n’est plus une parenthèse de l’histoire mais la première force d’opposition dans le pays

2. Toujours sur le plan national, le bilan économique de 56 ans « d’indépendance » confirme notre « interdépendance ». Notre pays est dépendant des anciens « protecteurs » (le capitalisme européen). Ce dernier a profité de cette situation pour piller nos richesses et accroitre notre dépendance. Désormais, les Institutions économiques internationales (FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
) contrôlent de manière indirecte les choix stratégiques du Maroc. Le capitalisme local, intimement lié au pouvoir politique, a tiré profit de ces politiques et a accumulé des richesses ostentatoires au dépend de larges couches de la population.

3. Dans ce contexte est né le M20F. Des dizaines de milliers de manifestants chaque semaine, depuis le 20 février 2011, revendiquent une meilleure répartition des richesses, la hausse des salaires, la création d’emplois et de logements décents, l’accès gratuit aux soins de santé et à l’enseignement, etc….Ces revendications ont constitué le cœur des luttes sociales depuis le début des années 90. Le M20F a le mérite d’avoir donné à ces revendications une empreinte populaire. Ce mouvement a réussi pour la première fois dans l’histoire du Maroc à réunir les citoyens des villes et des campagnes autour de ces thèmes ainsi que sur la base de la lutte contre le népotisme qui gangrène l’Etat.

4. Ces mobilisations ont obligé la classe dirigeante au Maroc à faire des concessions. Son objectif : contourner les revendications populaires. En même temps elle continue de réprimer et criminaliser les mouvements contestataires.

5. La réformette constitutionnelle n’a fait pour sa part que maquiller le visage du despotisme. Les dernières élections ne sont qu’une représentation d’une piètre comédie pour aboutir à un parlement non populaire et un gouvernement de façade.

6. Le colmatage opéré par ces dirigeants n’arrive pas à apaiser la crise politique et sociale, causée par les choix libéraux de l’Etat. Le programme du gouvernement de « façade » reconduit ces politiques (les accords de libre échange, le remboursement de la dette qui absorbe un tiers du budget, les privatisations, etc…).

7. Sauf qu’une bonne partie du peuple a su reconnaitre le caractère superficiel de ces réformes, qui ne changent rien aux conditions de misère, où vivent plus de la moitié des Marocains. Les récentes immolations des diplômés chômeurs sont l’expression tragique de cette crise sociale. La poursuite des manifestations et des mobilisations est une nouvelle preuve que le peuple boycotte ces institutions.

8. Prenant acte de ce contexte explosif, l’Etat a amplifié sa répression contre les mouvements contestataires (diplômés chômeurs ; étudiants à Taza, Fès et Marrakech ; habitants des bidonvilles ; etc…). Le mouvement social à Bouarfa (Est du pays) comme à Safi (Centre) a eu droit à un traitement « spécial » de la part du Makhzen. Des jugements iniques ont condamné les symboles des luttes dans plusieurs villes. À leur tête Saddik Kabouri à Bouarfa [2] et Abdeljalil Agadil [3] à Safi. Et également le rappeur Mouad L7a9ed (L’indigné) [4] à Casa. La répression de l’Etat a ciblé aussi le gagne-pain de plusieurs militants dont Mustapha Sandia, membre de notre Secrétariat national (SN), sortant, qui depuis des mois est suspendu de son travail sans motif légal.

Au vu de ces éléments, notre association tire les conclusions suivantes :

- La répression que subissent les mouvements sociaux ainsi que le M20F doit être condamnée avec vigueur.

- Le tout sécuritaire reflète l’impasse que traversent le régime et ses institutions.

- Les mesures lancées depuis le début du Printemps des peuples n’arriveront pas à résoudre la crise sociale aigüe.

- Tant que le pillage des deniers publiques et l’accaparement des richesses nationales par une infime minorité de la population bénéficiant des relations clientélistes au sein du régime se poursuivra, cette crise sociale continuera à sévir.

- Ce clientélisme et ce népotisme sont les mêmes raisons qui expliquent les révoltes que connaissent les pays du Maghreb et du Machrek.

- La résistante est la voie possible pour nous permettre d’engranger des victoires dans nos luttes actuelles et futures.

- Le M20F est le symbole marocain de cette résistance populaire.

- ATTAC/CADTM Maroc réaffirme son adhésion entière aux initiatives et dynamiques de ce mouvement.

- Renforcer le M20F passe par l’élargissement de ses composantes, que sont la classe ouvrière, les chômeurs, les étudiants, les élèves, les femmes, les citoyens démunis et paupérisés dans les villes comme dans les campagnes.

- Notre volonté est inébranlable pour construire « Un autre Maroc possible », le Maroc de la justice sociale et de la démocratie populaire.

- Le prisonnier politique Abdeljalil Agadil, membre d’ATTAC/CADTM Maroc et M20F-Safi est désigné comme membre d’honneur du SN de notre association.

Le 4e congrès national d’ATTAC/CADTM Maroc
Rabat, 29 janvier 2012




Notes

[1ATTAC : Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens. CADTM : Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde

[2Le 26 juillet 2011, la Cour d’appel d’Oujda condamne10 militants de la ville pour 12 ans de prison ferme

[3Le 19 janvier 2012, la Cour d’appel de Safi condamne 15 militants pour 32 ans de prison ferme et 8 millions d’amende (pour les détails voir les communiqués d’ATTAC sur ce procès)

[4Le janvier 2012, la Cour d’appel de Casa condamne L7a9ed pour 4 mois de prison ferme, une peine qu’il a purgé en la détention provisoire. Aujourd’hui libre, il lutte pour sa réhabilitation.

ATTAC/CADTM Maroc

membre du réseau CADTM, l’Association pour la Taxation des Transactions en Aide aux Citoyens au Maroc (ATTAC Maroc) a été créée en 2000. ATTAC Maroc est membre du réseau international du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) depuis 2006 (devenu Comité pour l’abolition des dettes illégitimes depuis juin 2016). Nous comptons 11 groupes locaux au Maroc. ATTAC veut être un réseau aidant à l’appropriation par les acteurs engagés dans l’activité sociale, associative, syndicale et plus largement militante des enjeux de la mondialisation sur les problématiques de résistance sociale et citoyenne.
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