Accord APE : les intervenants prient instamment le Gouverment fédéral de se décider à temps

4 août 2015 par Jacques Berthelot , Ademola Oyejide


Abuja - CC flickr

Les intervenants ont mis en garde contre la signature du Nigeria qui doit prendre position sur le fait de signer ou de rejeter l’Accord de partenariat économique (APE) entre la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union européenne (UE).

Le Nigeria risque de perdre environ 1300 milliards de $ de recettes s’il signe l’accord.
Ils ont aussi appelé le gouvernement fédéral à faire connaitre la position du Nigeria, soit il le signe, soit il le rejette.

L’Association des Industriels du Nigeria (MAN) a notamment mis en garde contre les dangers à venir si le Nigeria signe l’accord, disant que Nigeria n’a pas la capacité de rivaliser avec son homologue européen.

Le Professeur Ademola Oyejide, professeur d’économie à l’Université d’Ibadan, dans son discours d’ouverture à la conférence de deux jours à Abuja sur l’APE, a noté que le pays doit faire connaître sa position sur cette question controversée.

Lors de cet événement organisé par Kayode Soyinka, éditeur de Africa Today basé à Londres, Oyejide a laissé entendre que l’absence de décision de se retirer de l’accord en 2004 avait placé le Nigeria dans une position très précaire.

Il a dit que le pays devrait se lever et parler maintenant très clairement s’il entend continuer avec l’accord ou non.

Le Nigeria doit encore signer l’accord qui a été conclu en Février 2014 par la CEDEAO.

Oyejide a déclaré : « Il doit y avoir une déclaration claire du Nigeria quant à savoir si le pays endosse ou ne cautionne pas l’APE. Bien que l’accord ait une durée indéterminée, il ne va pas sans une option juridique pour tout signataire de se retirer. Même avant d’atteindre ce point, l’accord comporte des dispositions pour des réexamens quinquennaux, qui peuvent sans doute être utilisés pour réparer certains des dommages perçus. »

Poursuivant : « Par conséquent, le Nigeria doit s’élever au niveau des attentes liées à sa position de leader et doit décider sans équivoque, dans un sens ou dans l’autre. »

Il a ajouté que « Si le Nigeria décide de ne pas signer, il y aura beaucoup de preuves solides à l’appui de cette décision. »

Oyejide a souligné que si le Nigeria refuse de signer l’accord, ce sera également « une confirmation claire que le Nigeria n’a pas réussi à faire ce qu’un pays responsable aurait dû faire par rapport à cette question au cours des 15 dernières années, ce qui en dit long sur la compréhension et la capacité du pays à négocier des accords commerciaux. »

Il a en outre averti que « des mesures doivent alors être prises pour faire tout ce qui est nécessaire pour éliminer rapidement ce déficit de négociation, car il y a d’autres négociations en cours sur le commerce et la négociation sur la zone de libre-échange continentale (CFTA) a été lancée. »

« Les erreurs sur l’APE doivent être évitées dans toute négociation commerciale actuelle et future. »

« La crédibilité du Nigeria est en jeu. En outre, il faut reconnaître que la décision de ne pas signer l’APE a des implications importantes pour la mise en œuvre du tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO, ainsi que la progression de la région comme union douanière. » [...] « Je crois que le TEC est bon pour le Nigeria dans le sens où il va permettre au pays d’engager et de mettre en œuvre un régime commercial plus rationnel et stable qui devrait générer plus d’efficacité, de croissance et d’emploi à un coût beaucoup plus faible que celui de l’APE. »

« Une des bonnes raisons pour le Nigeria de rester en dehors de l’APE est que l’économie doit d’abord internaliser entièrement les coûts d’ajustement liés à la mise en œuvre du TEC avant de devoir s’ajuster à un autre ensemble généré par la libéralisation significative du commerce qui viendrait avec l’APE. »

« Deux éléments clés n’ont pas été pleinement pris en compte dans le débat sur les APE. Tout d’abord, le régime commercial du Nigéria est beaucoup plus protectionniste que ceux des autres pays membres de la CEDEAO. »

« Deuxièmement, les pays de l’UEMOA ont établi leur TEC en 2000 et ont donc eu 15 années sur laquelle répartir leurs coûts d’ajustement. »

« Toute tentative par le Nigeria de digérer les coûts d’ajustement liés aux APE en plus de ceux sur le TEC pendant la période relativement courte envisagé par l’APE ne serait pas souhaitable. »

« La ligne de fond est la suivante. Si le Nigeria décide, tout à fait à bon escient, de ne pas signer l’APE, le pays devrait conduire la CEDEAO dans la recherche de solutions techniques qui peuvent être utilisées pour mettre en œuvre et maintenir les éléments clés du TEC de la CEDEAO dans le contexte d’une situation dans laquelle les autres pays de la CEDEAO décident de signer l’APE. »

Le Secrétaire du Conseil économique national (NEC), Bassey Akpanyung, a dit que plusieurs études d’évaluation d’impact sur l’implication de l’APE pour le Nigeria suggèrent qu’il connaîtra une érosion importante des recettes douanières si elle met en œuvre la libéralisation des importations de l’APE.

« Il a été estimé que la perte de recettes serait en moyenne de 478 millions de dollars en 2008 … Je tiens à préciser que la signature de l’APE dans sa forme actuelle, serait coûteuse au Nigeria avec 1300 milliards de pertes de recettes de produits finis en provenance de l’UE tandis que l’APE aurait les effets négatifs sur la gamme des produits fabriqués localement avec l’arrêt des industries locales et les pertes d’emplois dues à la concurrence déloyale. »

Le CADTM remercie Jacques Berthelot pour la traduction de cet article disponible sur Frontiers News.

Source : Frontiers News



cadtm.org
Jacques Berthelot

économiste français, ancien maître de conférences à l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse ancien titulaire de la Chaire d’intégration économique européenne à l’Institut National Polytechnique (INP) de Toulouse et chercheur. Il est notamment spécialiste des questions relatives aux APE (Accords de partenariat économique).

Ademola Oyejide

est professeur d’Economie à l’Université d’Ibadan au Nigéria.