Afrique : Les quatre mesures préconisées par le comité pour l’annulation de la dette

12 février 2011 par Mamadou Sarr


Pour éviter de retomber dans un nouveau processus de réendettement, les pays africains devraient se conformer aux quatre recommandations du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde. A savoir ne plus brader leurs ressources naturelles, renationaliser les entreprises privées, engager une réforme fiscale pour que les riches paient proportionnellement à leurs richesses et rapatrier les biens mal acquis.

Une fois qu’on a des allégements ou effacements de dettes, comment les pays en développement peuvent-ils éviter de retomber dans un nouveau processus de réendettement ?

A cette question, Eric Toussaint, président du Comité pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
(Cadtm), propose quatre mesures concrètes. La première de toutes, c’est d’éviter de brader ses ressources naturelles.

’La plupart des pays en développement, et les pays africains ne font pas exception, bradent leurs ressources naturelles avec les anciens pays colonisateurs. Mais il y a un nouvel acteur qu’est la Chine qui vient avec des conditions moins draconiennes que les anciennes puissances coloniales, mais qui est très gourmand en terme de ressources naturelles. La Chine signe des contrats de dix ans à quinze ans avec garantie de fourniture de volumes extrêmement élevés de ressources naturelles à puiser dans le système’.

Selon M. Toussaint, cela veut dire très concrètement ’qu’il faut remettre à plat tous les contrats. Et c’est cela que le gouvernement du président Evo Morales qui est venu prendre la parole au Forum social mondial, est venu dire aux participants et c’est ce qu’il a fait chez lui.

Il a renégocié systématiquement tous les contrats avec les transnationales qui exploitent les ressources naturelles. L’effet de cela c’est que la Bolivie a multiplié par cinq ses recettes budgétaires.

C’est-à-dire qu’elle n’a pas eu besoin de financement auprès de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et du Fmi FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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parce qu’il y avait des recettes en monnaies sonnantes et trébuchantes qui rentraient dans les caisses’.

Le deuxième conseil d’Eric Toussaint aux pays en développement qui veulent échapper à un nouveau cycle d’endettement, c’est de ’renationaliser les entreprises privatisées à tour de bras’. En troisième lieu, il faut une réforme fiscale.

’Les politiques fiscales dans les pays en développement, dans les pays africains qui sont largement dictées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, consistent à réduire au minimum les taxes payées par les transnationales sur leur profit, par les riches qui gagnent des revenus élevés.

Et ce que font les gouvernements sur recommandations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire, c’est d’augmenter la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) qui est l’impôt le plus impopulaire et le plus injuste’.

Et de citer l’exemple des 80 % des familles sénégalaises qui consacrent 90 % de leurs revenus à la consommation courante et qui paient une Tva de 18 %, tandis que les riches qui consacrent 10 % de leurs revenus mensuels à la consommation, paient 18 %. Mais 18 % sur 10 % fait moins de 2 %. Pour le président du Cadtm, il faut une réforme fiscale pour que les riches paient proportionnellement à leurs richesses.

Last but not least, la quatrième mesure à prendre par les pays africains, c’est, selon toujours Eric Toussaint, de ’rapatrier les biens mal acquis. Des richesses extrêmement importantes sous la forme de dépôts en liquide ont été déposées dans les banques occidentales pendant des années par les élites africaines.

Nous avons fait le calcul au niveau du Cadtm : rien qu’en dépôt liquide des résidants en Afrique dans les banques du Nord est trois fois le montant de la dette externe totale de l’Afrique qui est 134 milliards de dollars. Vous pouvez trouver cela dans les rapports trimestriels de la Banque des règlements internationaux basée à Bâle, en Suisse’, lance-t-il.