Afrique de l’Ouest : des nouvelles du réseau CADTM en Guinée-Conakry et au Sénégal

13 mars 2008 par Claude Quémar


Rappel de la situation politique actuelle en Guinée : la grève générale de début 2007 a contraint le président Conté à nommer un premier ministre validé par l’intersyndicale. Ce premier ministre est chef du gouvernement ce qui est nouveau car, jusqu’à présent, le gouvernement était dirigé de facto par Conté. Au niveau social, la situation reste explosive car les prix continuent d’augmenter …

Des contacts approfondis mais courts (question de retards de visa) avaient eu lieu en octobre 2007 à Bruxelles lors du Séminaire sur l’audit de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
avec deux délégués de la Guinée Conakry. Claude Quémar (CADTM France) s’est rendu sur place pour aider la Coalition des Alternatives africaines dette et développement et de défense des intérêts fondamentaux de Guinée (CADIF-Guinée) à renforcer la mise en place du travail sur l’audit. La CADIF, organisation maintenant officiellement enregistrée dans le pays, est l’équivalent de la CAD au Mali et est membre du réseau international CADTM depuis peu.

Un programme très chargé : les rencontres ’protocolaires’ avaient pour objectif prioritaire de faire connaître la CADIF. Nous avons, par ailleurs, rencontré l’intersyndicale, à nouveau représentée par Hadja Rabiatou serah Diallo, secrétaire générale de la Centrale nationale des Travailleurs Guinées (CNTG), très attachée à la question de la dette : l’intersyndicale est membre fondateur de la CADIF. Nous avons aussi discuté avec le secrétaire général de l’Union Nationale des Travailleurs Guinéens (UNTG).

Deux jours de formation intense ont réuni une cinquantaine de participants. Avec un intérêt marqué : le deuxième jour, vendredi, la formation devait se terminer pour l’heure de la prière… mais les gens sont revenus après pour deux heures supplémentaires. Une conférence à l’université de Sciences économiques et Droit a rencontré le même succès : 600 personnes (dont un tiers debout) en présence des recteur et vice-recteur.
Côté médias : trois passages à la RTG (Radio Télévision Guinéenne) au JT du soir avec des vues de la rencontre à l’Assemblée nationale, de la formation et de la conférence à l’université. Les deux premiers reportages ont eu lieu entre deux matchs de football de la Coupe d’Afrique des Nations, donc gros écho assuré !

Bilan : la CADIF est passée de 19 à 24 structures. Notons parmi celles-ci, c’est important, la création d’une structure universitaire. Il semble que le projet d’ouverture d’une structure par région à l’intérieur soit envisageable. Le Conseil économique et social et l’Assemblée nationale sont disposés à organiser une formation pour leurs membres. Le Directeur de la dette s’est engagé à fournir toutes les données en sa possession au réseau. Ce dernier point est très important vu que l’activité centrale de la CADIF, c’est l’audit de la dette. Donc, il y aura du travail en perspective.

Bien sûr, tout n’est pas aussi rose. Le travail de formation à faire est immense. La crise politique et sociale peut rebondir d’ici peu. L’opposition politique est ridiculement faible, ce sont les syndicats et d’autres réseaux qui occupent une place centrale, ce qui pèsera sur leur orientation concrète mais le réseau se construit sur une base d’indépendance : c’est extrêmement positif.

Sénégal

Le bilan est là aussi positif. La dynamique du travail contre la dette est bien relancée via une initiative syndicale. L’UNSAS (confédération syndicale) va organiser une réunion avec toutes les personnes intéressées : les Sénégalais reprennent donc eux-mêmes la main ce qui est essentiel pour la réussite des activités. La décision de l’UNSAS a été prise en présence du Secrétaire général par le responsable des relations extérieures. Intéressé par le CADTM, il est prêt à mettre des forces dans l’initiative dont le syndicaliste Abdoulaye Sene ? Abdoulaye était en contact avec le CADTM dès le lancement de la grande conférence internationale de Dakar en décembre 2000 et a écrit le dernier article sur la situation sociale et politique au Sénégal dans le numéro précédent des Autres Voix de la Planète.
Cette initiative se place dans un contexte politique intéressant. La ’gauche’ sénégalaise est en train de lever peu à peu les ambiguïtés passées : la ligne de démarcation passe par l’alignement ou non sur les politiques du président Wade.

A Kaolack, les rencontres avec l’Association pour la Promotion de la Femme Sénégalaise (APROFES) et les producteurs agricoles permettent de penser que ces associations vont répondre favorablement à l’invitation de l’UNSAS. Si on y ajoute les organisateurs de pêcheurs où des membres du CADTM sont très actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
, des personnalités comme Bouba Diop, ancien président du CONGAD (confédération des ONG de Développement), l’avenir s’annonce prometteur.



Claude Quémar

est membre du CADTM France

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