Agriculture industrielle : produire à mort #DATAGUEULE 69

8 février par Datagueule , Nicolas Sersiron

Nous publions cette vidéo #Datagueule numéro 69 dont l’analyse rejoint celles du CADTM.

En effet, l’agriculture industrielle qui s’est développée à un rythme effréné au sortir de la seconde guerre mondiale en 1945 est une des causes majeures de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
écologique actuelle. Surexploitation des sols, déshumanisation de la production, accaparement des terres et de l’eau, spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
financière sur le prix des produits alimentaires, distorsion mondiale des marchés alimentaires, accélération du changement climatique, endettement des agriculteurs et des paysans sont autant de conséquences dramatiques de ce mode de production agro-capitaliste.

Rappelons notamment qu’en raison de ce modèle productiviste, ceux qui souffrent de la faim dans le monde sont en majorité des paysans, producteurs de denrées alimentaires et paysan-ne-s sans terre.

En revanche, l’agro-écologie, prend en compte les dynamiques locales, la biodiversité, la vente des produits en circuits court, la non-importation d’intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. et fédère les producteurs locaux, etc. Ce sont quelques-uns des éléments majeurs à mettre en place pour viser une souveraineté alimentaire respectueuse de la terre et capable de nourrir l’ensemble des êtres vivants de la planète.

Pour toute personne voulant approfondir le sujet, plusieurs chapitres du livre d’Olivier Bonfond Il faut tuer TINA, qui sera envoyé avec l’AVP le 20 février 2017, évoquent les alternatives à mettre en place au système agricole et alimentaire industriel. Le prochain numéro de l’AVP qui sortira en avril 2017 sera lui consacré aux dettes privées, et tout un chapitre traitera de l’endettement paysan. Nicolas Sersiron du CADTM France répond également à cette problématique dans son ouvrage Dette et extractivisme.

Retour d’expérience de Nicolas Sersiron (CADTM France) à propos de la vente directe

"Ci dessous la petite histoire que j’ai vécu il y a 40 ans.

Moi-même j’ai pu gagner ma vie comme agriculteur-éleveur uniquement parce que je commercialisais moi-même ma production. Si je vendais mes fromages au « coquetier », j’aurais eu beaucoup de mal à m’en sortir. Cet homme passait avec son camion, un tube Citroën dans les vallées de montagne de la Drôme. Il vendait et achetait un peu tout.

Pourquoi ? (Chiffres approximatifs car c’était dans les années 70). Le coquetier m’achetait mes « picodons » environ 1 franc français (FF), indépendamment qu’ils soient frais ou affinés.

Admettons que mes coûts - que je n’ai jamais calculés précisément en raison de la complexité et de l’absence de salaire versé - aient été de 90 centimes par fromage, j’aurais gagné avec mes 350 fromages par jour en période de pleine production : 350 x 0,1 FF = 35 FF par jour, soit 1000 FF par mois, comme bénéfice/salaire.

En les mettant dans ma voiture à 4h du matin le samedi et en les emportant pour les vendre sur le marché de Gap à 2h de route, j’ai multiplié mon/notre bénéfice, ma femme et moi, de façon extraordinaire.

Nous les vendions 2,5 FF pièce. Le coût supplémentaire était négligeable en regard du bénéfice. L’essence et le temps passé en une journée pour une personne nous revenait maximum à 0,5 FF par fromage vendu et encore sans doute moins. Nous en vendions plus ou moins un millier dans la matinée, parfois vers 10h nous n’avions plus rien.

Le bénéfice était alors de 2,5 - 1 = 1,5 FF par picodon soit 15 fois le bénéfice que le coquetier m’offrait en passant avec son camion devant la ferme. Je ramenais souvent 2500 FF en billet et monnaie chaque samedi de Gap. Le reste de la production était vendu sur place au même prix qu’à Gap.

Le chiffre d’affaire total (CA) par mois en pleine production était d’environ :
- CA : 350 fromages x 30 jours x 2,5 FF = 26250 FF
- Frais : 350 x 30 x 0,95 = 9975 FF
- Bénéfice mensuel = 26250 - 9975 = 16275 FF à comparer au 1000 FF, dans le cas de la vente au « coquetier ».

Bénéfice multiplié par 16 en faisant de la vente directe"



Sources utilisées pour la réalisation de la vidéo
 :
- « Nous étions plus de 2.5 milliards d’humains en 1950, presque 3.7 milliards en 1970, 6.1 milliards en 2000. Nous allons dépasser les 7.5 milliards en 2017. Et en 2050 ? Plus de 9.7 milliards d’hommes et de femmes peupleront la planète » : https://is.gd/vkM0DL
- « La production mondiale agricole actuelle pourrait permettre de nourrir 12 milliards de personnes » : https://is.gd/pTaefF + https://is.gd/BHa35C + https://is.gd/L6jtsn
- « En 2014, plus d’un tiers des céréales produites dans le monde étaient destinées à nourrir... nos élevages » : https://is.gd/pTaefF
- « D’après la FAO, 1.6 milliards de tonnes de nourriture seraient perdues chaque année » : https://is.gd/AZggxx
- « En Grande-Bretagne par exemple, 30% des légumes ne sont tout simplement pas récoltés car ils ne correspondent pas aux « standards » du marché » : https://is.gd/2LIjoK
- « En 1940, une calorie d’énergie fossile permettait de produire 2,3 calories de nourriture. En 2014, il faut dépenser plus de 7 calories d’énergie pour produire une calorie de nourriture » : https://is.gd/2LIjoK + https://is.gd/HJe3f4
- "En France, le niveau d’endettement des agriculteurs est passé de 57 900 euros en 1980 à 159 700 euros en 2010. 175% d’augmentation ! : https://is.gd/XHXy7R
- « En 2013, en Europe, les exploitations supérieures à 100 hectares représentaient à peine 3 % de l’ensemble des fermes et pourtant elles s’étendaient sur la moitié des terres agricoles européennes » : https://is.gd/Eqijfx + https://is.gd/LF4SZ3
- « Du coup, les agriculteurs disparaissent. En France, entre 1955 et 2010, leur nombre est passé de 2 millions à 500.000. Une simple division par 4 » : https://is.gd/lgIw7L + https://is.gd/NSYzdf
- « Et ceux qui restent se sont appauvris. Entre 1960 et 2004, le volume de production agricole a doublé mais le revenu net réel des entreprises agricoles a diminué de 56% » : https://is.gd/NSYzdf
- « En 2003 l’Europe adopte une directive sur les agro-carburants (…). Objectif, 2% d’utilisation en 2005 et 5.75% en 2010 » : https://is.gd/AJbY3V + https://is.gd/DvvnX6 « Selon la commission Européenne, entre 2003 et 2008, 6.6 millions d’hectares de terres arables ont été cultivées pour alimenter... nos moteurs » : https://is.gd/111XYK + https://is.gd/JsvQ7m
- « Entre 2000 et 2006, les importations européennes d’huile de palme ont doublé » : https://is.gd/111XYK
- « Ces agro-carburants ont aussi joué un rôle important dans la crise alimentaire mondiale de 2008. D’après une étude de la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, entre 2002 et 2008, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 140%.75% de cette hausse serait imputable aux agro-carburants » : https://is.gd/5Wx1dj + https://is.gd/YvP5R0
- « Aujourd’hui, la terre est un objet de spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
. En Roumanie par exemple, entre 2002 et 2015, la valeur de l’hectare a été multipliée par 25 » : https://is.gd/lCdIaq + https://is.gd/yBd9gb
- « De quoi attiser les appétits. 7 à 8 % des terres arables du pays - l’équivalent de 12 000 fermes françaises - seraient déjà aux mains d’investisseurs étrangers » : https://is.gd/hmJEut + https://is.gd/rctE9P
- « Depuis 2011, la banque hollandaise Rabobank a acquis 21.000 hectares de terres agricoles en Pologne et en Roumanie. Elle espère bien les revendre d’ici 10 ou 15 ans en multipliant son prix par trois » : https://is.gd/yBd9gb + https://is.gd/rctE9P
- « En 50 ans, notre agriculture est devenue une machine mondialisée. Et qu’importe les 15% d’émission de CO2 dont le secteur est responsable ou les 10 millions de tonnes de phosphore en plus chaque année dans les océans » : https://is.gd/pTaefF
- « Entre 1900 et 2000, la FAO estime que 75% de la diversité des cultures mondiales a été perdue » : https://is.gd/YOwd9Y
- « Désormais, si rien ne bouge, la productivité agricole pourrait baisser de 2% en moyenne tous les 10 ans » : https://is.gd/pTaefF
- « Mais les choses changent. Une « Déclaration des droits des paysannes et des paysans » est actuellement en négociation à l’ONU » : https://is.gd/eD84SJ + https://is.gd/zvSiVS + https://is.gd/YymLUk

Bonus :
- « Le productivisme agricole » : https://is.gd/msbbnO
- « The global Land grab » : https://is.gd/Wz2Bi5
- Terre de liens : https://is.gd/aGwVx6
- Via Campesina : https://is.gd/KCGR45
- « Terres à vendre » : https://is.gd/qPt0dE


Source : #DataGueule

Auteur.e

Datagueule

est une émission de télévision et une websérie. Elle propose des vidéos d’animation traitant de l’actualité sur un mode ludique et condensé dans un but didactique. Chaque épisode hebdomadaire tente de révéler et décrypter les mécanismes de la société et leurs aspects méconnus.


Auteur.e

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme » Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Il donne régulièrement des conférences sur la dette.


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