Aide publique au développement (APD)


Du même auteur
Alain Saumon
10 juin 2003 par Alain Saumon
Dès 1978, le Japon a mis en place un programme d’aide financière (Japanese Grant Aid for Debt Relief, JGADR) pour venir en aide aux pays asiatiques très endettés et en difficultés pour régler leurs factures pétrolières. Cette aide a été étendue aux pays pauvres africains à partir de 1990. La procédure mise en œuvre impliquait que le pays bénéficiaire devait ouvrir un compte dans une banque japonaise dans laquelle le gouvernement japonais déposait, en Yen, l’allègement attribué. Cet argent ne pouvait ensuite être utilisé que pour l’achat de marchandises japonaises. L’Ouganda, par exemple, a ainsi acquis du matériel radio et des véhicules pour sa police, des équipements électriques etc. Est-il utile de dire que ces opérations se sont faites dans la plus grande opacité ? L’association Japan Network on Debt and Poverty vient de récupérer quelques tableaux descriptifs des achats et de nous les faire parvenir.
Un an après le sommet de Cologne, en juin 2000, le gouvernement japonais a annoncé qu’il s’engageait dans la voie d’une « annulation totale » de la dette due au titre de l’aide publique au développement (APD) des pays pauvres très endettés (PPTE). Annoncer ne veut pas dire réaliser : il faut attendre le 10 décembre 2002, soit trois ans et demi après Cologne, pour que le ministre des affaires étrangères Yoriko Kawaguchi promette une série de réformes de l’APD japonaise parmi lesquelles il est prévu que le gouvernement abandonnera le JGADR et le remplacera par des annulations en bonne et due forme au sein de la Japan Bank for International Cooperation.
On ne peut que féliciter M. Kawaguchi pour ce grand bond en avant en trois ans et demi. Pouvons-nous espérer que d’ici dix ans les montants allégés serviront à soulager les souffrances du peuple et non pas à équiper la police ? Les généraux du Myanmar, un des plus gros débiteurs du Japon, profiteront-ils directement de l’aubaine ? Nous n’aurions évidemment pas l’outrecuidance de demander que ces « annulations » soient étendues à d’autres pays que les PPTE et encore moins qu’elles ne soient pas assorties de conditionnalités. Business is business. Quand on est membre du G8 on se doit de faire comme les copains !