Appel de Niono (Mali) pour un front mondial contre la dette

4 novembre 2011 par Le Forum des Peuples

Nous, citoyennes et citoyens africain-e-s, organisations militant pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, organisations non gouvernementales, organisations syndicales et autres mouvements sociaux, réunis à Niono au Mali pour la 10e édition du Forum des peuples de 2011 :

Considérant que :

- la dette est un problème qui touche l’ensemble des peuples du monde du Sud au Nord, d’Ouest en Est ;

- le mécanisme de la dette est un outil d’appropriation des richesses au service d’une élite capitaliste ;

- sous le prétexte du remboursement de la dette, les banques privées et les Institutions financières régionales et internationales, par l’intermédiaire des gouvernements complices, imposent des politiques néolibérales qui violent les droits des peuples et de la Nature ;

- les « gestionnaires autoproclamés » des dettes, comme le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , le G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). , les Banques régionales, sont illégitimes et antidémocratiques et que les réponses aux crises (financière, économique, sociale, migratoire et écologique) apportées par ceux-ci et les gouvernements en place ont été largement insuffisantes au vu de la gravité de la situation ;

- la grande majorité des créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). sont illégitimes et odieuses ;

- le mécanisme de la dette encourage le pillage des ressources naturelles, la destruction de la Nature et la violation des souverainetés populaires ;

- les droits des peuples et de la Nature sont supérieurs aux intérêts de quelques créanciers ;

- les peuples du Sud ont acquis une expérience de lutte pour l’annulation de la dette et que la solidarité internationale doit triompher face aux dictats des créanciers.

Rappelant, qu’il y a près de 25 ans à Addis-Abeba, Thomas Sankara appelait déjà à la création d’un front uni contre la dette.

Nous appelons aujourd’hui à la création d’un front mondial contre la dette pour que cesse immédiatement l’hémorragie économique qui étend et aggrave la pauvreté et les inégalités dans le monde. Les peuples unis doivent s’opposer aux créanciers et refuser ensemble de payer les dettes,

Nous exigeons :

- l’abolition du FMI, de la Banque mondiale, et des Banques régionales et leur remplacement par des institutions garantes de la démocratie mondiale au service des droits humains fondamentaux et des droits de la Nature ;

- l’ouverture des livres de compte de chaque pays afin que les peuples puissent mener des audits en vue de la répudiation immédiate et sans condition des dettes illégitimes et odieuses ;

- le sauvetage des banques soit financé sur leurs bénéfices et sur le patrimoine de leurs actionnaires et que celles-ci soient nationalisées pour devenir des institutions au service des citoyen-ne-s ;

- des réparations de la part des Institutions financières, des banques privées et des responsables politiques qui ont mis en place des plans d’austérité ou d’ajustements structurels, détruisant des millions de vies et se rendant créanciers d’une dette de sang et d’une dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
vis-à-vis des peuples.

Nous appelons, dans tous les pays du monde, à la mise en place d’audits sous contrôle citoyen pour que la lumière soit faite sur les créances illégitimes et odieuses en vue de leur répudiation.

Nous appelons à ce que le prochain dialogue Nord-Sud sur la dette se tienne en octobre 2012 au Burkina Faso à l’occasion de la commémoration du 25e anniversaire de la mort de Thomas Sankara.

Enfin, nous appelons les citoyen-ne-s et les mouvements sociaux du monde entier à soutenir – par tous les moyens humains, médiatiques, juridiques, populaires et financiers possibles – la création de ce front mondial contre la dette,

Fait à Niono le 2 novembre 2011,

Premiers signataires : CADTM -Afrique, Attac/CADTM Togo, FNDP Côte d’ivoire, CADD Bénin, RNDD Niger, CADTM Lubumbashi, CAD Mali, CADTM Belgique