Arrêtez tout…la Banque mondiale sort son « Mémo »

5 juillet par Salaheddine Lemaizi

L’élite économique marocaine a été absorbée mentalement durant des semaines par la sortie du nouveau mémorandum de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
. Ce document intitulé : « Le Maroc à l’horizon 2040 : Investir dans le capital immatériel pour accélérer l’émergence économique », a été rendu public le 15 mai. Ce nouveau rapport politique a monopolisé une grande partie des débats économiques et médiatiques ce dernier mois, à tel point que la discussion autour du Projet de loi de finances 2017 (présenté tardivement après la formation du nouveau gouvernement) est passé en dernier plan

Les représentants des classes dominantes composés de capitalistes, politiques, experts économiques, patrons de médias n’ont qu’un seul mot : « Le Mémo ». Via leurs tribunes médiatiques et leurs conférences, ils veulent nous faire croire que ce rapport présente des mesures « nouvelles » ou « historiques ». Pourtant, le contenu de ce rapport reprend l’essentiel du diagnostic de la BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
depuis deux décennies, ainsi que les mêmes solutions-problèmes de cette institution en vigueur depuis trois décennies. Ce mémorandum reprend d’anciennes recettes. Les réactions médiatiques et les réponses politiques qui l’ont suivi, me pousse en tant qu’altermondialiste opposé à cette institution et ses politiques à présenter les cinq remarques suivantes.

1. Une opération de com’

Le quotidien marocain L’Economiste a publié dans son édition du 21 avril un résumé du « Mémo ». Ce que ce journal a qualifié de « scoop » n’est en réalité qu’une opération de communication. Ce média porte-parole des patrons, a joué le rôle de chargé de relations publiques dans cette mission. D’ailleurs, ce groupe de presse a été le partenaire exclusif lors de la présentation officielle du rapport le 15 mai dernier. On va me rétorquer que ces détails importent peu, or le diable est dans les détails. Pour comprendre ce rapport, il me semble essentiel de saisir le making off dont il a fait l’objet visant à construire une opinion publique encore plus acquise aux thèses de la Banque mondiale.

2. Les ​« ​Fatwas​ »​ de la Banque mondiale

Une des plus graves maladies des régimes autoritaires est l’amnésie. La BM et l’élite libérale dirigeante au Maroc veulent réécrire l’histoire en utilisant le même scénario. L’Etat a échoué économiquement et socialement. Les diverses politiques publiques mises en œuvres par les gouvernants depuis l’Indépendance en 1956, n’ont pas atteint leurs objectifs. Et pourtant la BM se présente une énième fois comme le conseiller critique du « Prince » pour lancer « des réformes ». En 1964, la BM avait présenté son premier Mémo, conseillant le Maroc d’opter pour l’agriculture d’exportation et un modèle économique libéral. Trois décennies après, fait de moult crises économiques et un ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. socialement douloureux , la BM était de retour en 1995 pour distiller ces recettes dangereuses. Trente ans passées à payer une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
coloniale odieuse n’auraient pas suffi. En 1995, le roi Hassan II s’adressait au parlement pour les avertir que le Maroc serait au bord de la crise cardiaque. Un diagnostic basé uniquement sur le Mémo décennal de la BM. 

Depuis cette période, les Marocains subissent les affres de remèdes faits de la trinité : « Privatisation-Libéralisation-Austérité ». Au passage, les Syndicats ont enterré toute ambition de lutte contre le Capital se contentant d’un dialogue social défensif. Après tant de sacrifices du peuple marocain, la Banque mondiale et les dominants viennent nous faire la leçon sur les réformes à (re)faire pour l’école, les services publics, le modèle économique, l’export, etc.

Ce discours est une nouvelle preuve du mépris réservé à notre peuple et à notre intelligence collective. Qui a conseillé les gouvernements précédents dans les secteurs économiques et sociaux ? Qui a financé d’importants projets, sans un retour social ? Qui a été le conseiller du chef de l’Etat dans divers thèmes au point que le concept de « Capital immatériel » popularisé par la BM devient une solution magique à tous nos problèmes ? Par respect à vous-mêmes, changez le nom du conseiller, ou changez le scénario ou le marketing de ce mauvais remake.

​3​ Un silence gênant de la « société civile »

Alors que « Mémo » est devenu l’alpha et l’oméga dans les discussions des dominants, nous remarquons un silence gêné de la « société civile » et des « syndicats ». Ni de communiqués, Ni d’analyses, un mutisme qui renvoie en premier à ce vide idéologique que vit un secteur associatif, devenu prestataire de services. Ce silence indique que d’une certaine manière ces institutions se conforment aux préconisations de la Banque mondiale. L’utilité de lectures critiques de ce rapport qui se veut la feuille de route du Maroc pour les trente prochaines années est pressante |1|. A suivre.


Notes

|1| Retrouvez une première lecture critique avec N. Akesbi dans cette interview reprise par notre site.​

Auteur.e

Salaheddine Lemaizi

Secrétaire général d’ATTAC CADTM Maroc et Comité des études et de plaidoyer du CADTM Afrique.