Athènes : Consciences affûtées et discours enflammés contre la dette et l’austérité !

8 mai 2011 par Stéphanie Jacquemont


C’est dans un amphithéâtre bondé de l’université de droit d’Athènes et dans une atmosphère électrique que s’est ouverte ce vendredi 6 mai la conférence « Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et austérité : du Sud global à l’Europe » [1]. Plus de 400 personnes se sont pressées pour entendre les discours, souvent très radicaux, des invité-e-s venues de Grèce et d’autres pays d’Europe et du monde. En prenant en compte la rotation des présences dans la salle, environ 600 personnes ont participé à la première partie de cette conférence de 3 jours.

Le soin d’ouvrir les débats avait été confié la députée indépendante Sofia Sakorafa, qui s’est notamment illustrée par son refus de voter les mesures d’austérité -ce qui lui a valu son exclusion du PASOK (parti socialiste au gouvernement)- et par son appel à un audit de la dette grecque.

Pour le premier panel, centré sur la question de la crise en Grèce, se sont succédé à la tribune différentes personnalités grecques (Leonidas Vatikiotis, Nadia Valavani, Christos Papatheodorou, Notis Maria), qui ont mis en lumière les causes et les conséquences dramatiques de la crise de la dette grecque. En cause : les politiques européennes néolibérales en faveur du capital et la soumission du politique aux « saigneurs » de la finance. Le caractère illégitime voire odieux de la dette grecque, contractée pour l’achat d’armement à l’Allemagne et la France ou dans le cadre du plan « d’aide » de l’UE et du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, a été vivement dénoncé.
Le mémorandum signé avec le FMI et la Commission européenne vise simplement à faire payer, parfois de leur vie (le nombre de suicides est en augmentation), les citoyen-ne- grecs/grecques pour sauver la mise de banquiers cupides et sans scrupules. Aujourd’hui, en Grèce et ailleurs en Europe, la dette est le terrain privilégié de la lutte entre capital et travail. Il est grand temps que la majorité contre laquelle cette guerre est menée s’unisse et reprenne l’offensive, en refusant de payer cette dette.

Le deuxième panel de la soirée a permis aux participant-e-s grecs/grecques de constater que la crise de la dette n’est pas une tragédie uniquement grecque... Andy Storey, de Action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
from Ireland (AFRI) l’a souligné : si les origines de la crise de la dette dans l’ex « tigre celtique » sont un peu différentes, les réponses apportées par le gouvernement sont malheureusement similaires, et le changement de majorité à l’issue des dernières élections n’y change rien. En Pologne, c’est encore un autre scénario puisque le problème de la dette y est, selon Darius Zalega, une sorte de mélange entre celui qu’ont connu les pays du Sud dans les années 1980 et celui que traversent aujourd’hui les pays du Nord. Mais là encore, ce sont des solutions néolibérales que le gouvernement propose alors même que ce sont elles (privatisations, libéralisations) qui sont à l’origine de l’explosion de la dette. Ainsi si les contextes diffèrent, la logique à l’œuvre est la même dans l’ensemble de l’UE. Le député allemand de Die Linke Andrej Hunko a d’ailleurs émis le souhait que de tels rassemblements se tiennent dans chaque pays d’Europe, et que la riposte se construise à l’échelle européenne, que les solidarités brisent les stratégies de division utilisées par les élites et éloignent la menace bien réelle que représente l’extrême droite.

La parole a ensuite été donnée à la salle. Le débat, animé et passionné, a montré l’intensité du choc vécu dans le pays. Il y a une grande colère, ainsi qu’un grand besoin de comprendre, de libérer la parole et d’agir. De ressentir et d’exprimer sa solidarité également, pour faire un front commun pour une Europe sociale.

Contre la dette et l’austérité, « nous sommes tou-te-s des Grecs/Grecques ! »

La conférence s’est poursuivie le samedi 7 mai avec une participation aussi soutenue que la veille : au moins 600 participants.



Cette conférence est coorganisée par l’Initiative grecque pour un audit sur la dette, Eurodad, le CADTM, Bretton Woods Project UK, Research Money and Finance, Debt and Development Coalition Ireland, Afri d’Irlande, Jubilee Debt Campaign UK, l’Observatorio de la Deuda en la Globalización d’Espagne