Attention, ce livre est important !

Préface de l’édition brésilienne de Banque mondiale : Une histoire critique

14 février par Michael Lowy


Attention, ce livre est important ! L’auteur, Eric Toussaint, fondateur du Comité pour l’abolition de la dette illégitime Dette illégitime C’est une dette contractée par les autorités publiques afin de favoriser les intérêts d’une minorité privilégiée.

Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
(également connu sous le nom de Comité pour l’abolition de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du tiers monde - CADTM), enquête sur les activités de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
(BM) depuis sa création. Son travail est donc le fruit d’années de recherche, et se base principalement sur 15 000 pages de documents produits par la BM elle-même. Ce travail est scientifique, concret, précis, amplement documenté, et inspiré par un point de vue critique, clairement anticapitaliste. Au fil de ses pages, Éric Toussaint démasque les mensonges de la BM, et démystifie cette sinistre et puissante institution, en démontrant, preuves à l’appui, que son action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
est au service d’un seul objectif : la maximisation des profits des grandes entreprises capitalistes, en particulier des États-Unis. En dernière analyse, la BM est un instrument de domination mondiale de l’impérialisme américain, qui a nommé, depuis ses origines, tous les principaux dirigeants de l’institution.

La BM est un instrument de domination mondiale de l’impérialisme américain

L’un des aspects les plus tristement célèbres de la longue histoire de la BM est son soutien systématique à toutes les dictatures, des fascistes Franco et Salazar au général Al Sissi d’Égypte, en passant par la junte militaire brésilienne, Pinochet, Mobutu et tant d’autres. Par contre, elle a suspendu toute aide au Chili d’Allende, ou au Nicaragua du Front sandiniste dans les années 1980.

En utilisant le mécanisme de la dette, la BM impose notamment aux pays du Sud les mesures néolibérales classiques du consensus de Washington qui aggravent et approfondissent les inégalités sociales : privatisations, coupes budgétaires dans les services publics, réduction des impôts pour l’oligarchie, etc. C’est une stratégie franchement nécropolitique, responsable, entre autres, de la mort de 2,5 millions d’enfants par an, à l’échelle mondiale, du fait de la malnutrition.

Il s’agit également d’une politique écocide, qui subventionne massivement les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz), contribuant ainsi directement au changement climatique catastrophique. Lawrence Summers, économiste en chef de la Banque mondiale, a déclaré en 1991 que tenter d’imposer des limites à la croissance en raison des limites naturelles est une « erreur », ou plutôt une « stupidité », « purement démagogique ». Ces dernières années, le discours de la Banque mondiale est devenu beaucoup plus « vert », mais la pratique consistant à soutenir les intérêts fossiles du capital a continué comme avant.

La Banque mondiale est l’une de ces idoles de la mort qui exigent des sacrifices humains

Les théologiens latino-américains de la libération ont caractérisé ce type de politique comme une forme de religion perverse : l’idolâtrie du marché, du capital, de la dette extérieure, du profit. La Banque mondiale est l’une de ces idoles de la mort qui exigent des sacrifices humains, comme Baal dans l’Antiquité. Ou comme Mammon, l’idole de l’argent, la plus proche en esprit de la Banque mondiale... Marx a également utilisé des images similaires : dans son discours inaugural de la Première Internationale en octobre 1864, il a comparé le Capital à l’idole antique Moloch, qui exigeait des sacrifices d’enfants. Et dans le premier volume du Capital, il compare le travail des enfants dans les usines d’Angleterre au culte de la divinité hindoue Juggernaut : les victimes du sacrifice étaient jetées sous les roues gigantesques et lourdes qui portaient l’idole.

Peu de gouvernements du Sud, même de gauche, ont tenté de résister à la Banque mondiale : ce fut le cas, pendant une courte période, de l’Équateur de Rafael Correa, ainsi que du Venezuela d’Hugo Chaves, qui a essayé de créer la Banque du Sud. La plupart des gouvernements du Sud sont au service des classes dirigeantes locales, qui s’alignent sur les préceptes du consensus de Washington.

La Banque mondiale, comme le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, ne sont pas réformables. De nouvelles institutions sont nécessaires, inspirées par une logique internationaliste, en rupture avec le capitalisme. Éric Toussaint est un socialiste révolutionnaire, mais il indique des mesures immédiates, qui pourraient être prises dès maintenant : un audit de la dette, conduisant à l’annulation de sa partie illégitime ; un impôt de crise sur les plus riches ; la réduction radicale de la journée de travail, pour mettre fin au chômage ; l’augmentation des dépenses de santé et d’éducation ; la socialisation des banques, des entreprises pharmaceutiques et du secteur énergétique.

Des livres comme celui d’Éric Toussaint sont indispensables : ils constituent des armes précieuses pour combattre l’idéologie dominante, des outils précieux pour comprendre et transformer le monde.