Banque de l’ombre et titrisation, le cynisme des financiers pour les pays pauvres !

23 octobre par Nicolas Sersiron


Image d’illustration (CC - Flickr - Hernán Piñera)

Voir la BM (Banque mondiale) et le FMI (Fonds monétaire international) favoriser le « shadow banking » [1] et la titrisation [2] - responsables majeurs de la grande crise de 2007-2008 - pour financer le truc invraisemblable qu’on appelle les ODD (Objectifs du développement durable) est insupportable.

Une fois de plus, il faut le redire, les pays dits « développés » ne sont devenus riches et industrialisés que parce qu’ils ont pillé les ressources naturelles, humaines et financières des pays dits en « développement », cela depuis des siècles et plus particulièrement depuis un demi-siècle, justement depuis que le Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’Etats créanciers (20) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2016, c’est le directeur du Trésor français, Bruno BEZARD, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 80 pays en développement. Les membres du Club de Paris détiennent près de 30% du stock de la dette du Tiers Monde.
Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité. Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.
Site web :
 [3] existe. Depuis que la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
, la corruption et les assassinats des leaders nationalistes ont remplacé les armées coloniales d’occupation. Il fallait amplifier le vol des richesses des pays nouvellement indépendants, pour faire advenir la société de conso-gaspillage et ainsi développer les profits de ses capitaines.

Une fois de plus, il faut le redire, les pays dits « développés » ne sont devenus riches et industrialisés que parce qu’ils ont pillé les ressources naturelles, humaines et financières des pays dits en « développement »

Pour que les pays en « développement » rattrapent les pays « développés » il faudrait qu’ils réussissent, à leur tour, à piller les pays industrialisés et d’autres pays en développement, ce que la Chine réussi très bien à faire, malheureusement pour la planète. Le réflexe protectionniste de Trump peut être analysé comme un acte anti-pillage. La compétitivité et le libre-échangisme, prônés en permanence par l’ultralibéralisme, montrent là leurs limites. La liberté n’est bonne que si elle profite au plus fort. Ce n’est pas avec le « shadow banking Shadow banking La banque de l’ombre ou la banque parallèle : Les activités financières du shadow banking sont principalement réalisées pour le compte des grandes banques par des sociétés financières créées par elles. Ces sociétés financières (SPV, money market funds…) ne reçoivent pas de dépôts ce qui leur permet de ne pas être soumises à la réglementation et à la régulation bancaires. Elles sont donc utilisées par les grandes banques afin d’échapper aux réglementations nationales ou internationales, notamment à celles du comité de Bâle sur les fonds propres et les ratios prudentiels. Le shadow banking est le complément ou le corollaire de la banque universelle.  » et la titrisation Titrisation Technique financière qui permet à une banque de transformer en titres négociables des actifs illiquides, c’est-à-dire qui ne sont pas (ou pas facilement) vendables. Initialement, cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs prêts à la clientèle. Les prêts sont cédés à un véhicule juridique qui émet en contrepartie des titres (généralement des obligations) placés sur les marchés financiers. Avec la titrisation, les risques afférents à ces crédits sont transférés des banques aux acheteurs. Cette pratique s’étend aujourd’hui à d’autres types d’actifs et d’acteurs (portefeuilles d’assurances, immobilier, créances commerciales).

(extrait de Adda, p. 101, t. 1, 1996, p. 101-102)
Cette notion décrit la prépondérance nouvelle des émissions de titres (obligations internationales classiques émises pour le compte d’un emprunteur étranger sur la place financière et dans la monnaie du pays prêteur, euro-obligations libellées dans une monnaie différente de celle de la place où elles sont émises, actions internationales) dans l’activité des marchés. A quoi s’ajoute la transformation d’anciennes créances bancaires en titres négociables, technique qui a permis aux banques d’accélérer leur désengagement à l’égard des pays en voie de développement après l’irruption de la crise de la dette.
La caractéristique principale de cette logique de titrisation est la diffusion du risque qu’elle permet. Diffusion numérique tout d’abord, puisque le risque de défaut des emprunteurs cesse d’être concentré sur un petit nombre de banques transnationales en relation étroites les unes avec les autres. Diffusion qualitative ensuite, puisque chacune des composantes du risque afférent à un titre particulier peut donner lieu à la création d’instruments spécifiques de protection négociables sur un marché : contrats à terme pour se prémunir du risque de change, contrats de taux d’intérêt pour faire face au risque de variation des taux, marchés d’option négociables, etc. Cette prolifération des instruments financiers et des marchés dérivés donne aux marchés internationaux l’allure d’une foire aux risques, selon l’expression de Charles Goldfinger.
, qui rapporteront des profits essentiellement aux grands détenteurs de capitaux, associés aux bourgeoisies complices du Sud, que les pays en « développement » pourront aller vers une société égalitaire, apportant une vie digne à leurs citoyens, respectueuse de l’environnement et de notre futur à tous. Futur que les pays en développement n’ont pas compromis : l’Afrique, avec près du quart de la population mondiale, a émis moins de 5 % des gaz à effet de serre. Alors que les grands actionnaires européens puis étasuniens, les autres ensuite, poussent à grands feux la planète de tous dans une dynamique d’effondrement.

Si l’État chinois réussi à créer une économie industrialisée et développée c’est dans un système de compétition et d’exploitation féroce, insoutenable, destructeur du climat et de l’environnement. Il pille et pillera encore plus que nous l’avons fait, si c’est possible, son territoire (extraction hyper polluante des terres rares) et celui des pays en « développement » pour continuer sur une trajectoire hypothéquant gravement notre futur à tous. Cela en imitant et dépassant les occidentaux avec leurs armes, celles du capitalisme ultralibéral associées à celles de la dictature.

Quant à la durabilité, inscrite dans le titre même des fameux ODD, on peut en douter face à l’accélération du réchauffement climatique, au déclin massif de la biodiversité, aux désastres environnementaux en augmentation, à la faim sans fin et à la croissance des inégalités...

Si nous ne réussissons pas à brider la finance qui ravage le monde [...] tout ce que l’on pourra faire ou proposer ne sera au mieux qu’une danse pseudo chamanique autour de l’immense volcan attisé par le grand capital

Il faut refuser la novlangue avec ses oxymores à répétition, genre développement durable, croissance verte, etc., qui emmènent l’humanité directement dans le four des +5°C. Ce n’est pas en endettant les pays en « développement » avec de la titrisation et du « shadow banking » comme prétendent le faire la BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, que des solutions, aux urgences climatiques, environnementales et sociales de ces pays, seront trouvées. C’est plutôt en leur rendant ce que les détenteurs de capitaux et les consommateurs du Nord leur ont pris, en réparant les dégâts environnementaux et en reconstruisant une véritable égalité face aux défis climatiques actuels et à venir. Si nous ne réussissons pas à brider la finance qui ravage le monde, à la mettre au service de l’ensemble des terriens et d’un futur vivable, tout ce que l’on pourra faire ou proposer ne sera au mieux qu’une danse pseudo chamanique autour de l’immense volcan attisé par le grand capital.

Dans nos écrits et nos paroles, il serait important de remplacer le mot développement par celui de renouvellement. Un milliard de nos cellules se renouvelle chaque jour, une fois adulte, physiquement nous ne nous développons pas. De même la forêt se renouvelle, si elle se développait elle nous étoufferait. Elle est autonome et nous procure de grands bienfaits comme la régulation des pluies et du climat, l’oxygène, le captage du CO2, le maintien de la biodiversité et beaucoup plus encore. Ce que nous développons ce sont : des forêts artificielles, à la place des forêts naturelles que nous avons coupées, ne nous apportant aucun des bienfaits cités, l’agrandissement des trous de mines, le vidage des puits de pétrole et des poissons de la mer, la quantité de CO2 émise dans l’atmosphère, etc. Le « développement durable » sera notre tombe éternelle si nous ne sortons pas très rapidement de la croissance économique, de ses dettes et de ses désastres. Le renouvellement, permettant aux générations futures d’exister, est encore possible avec une décroissance matérielle très forte des populations et pays les plus riches, associée à une décroissance des inégalités à l’échelle planétaire.



Notes

[1Financements, prêts, titres produits dérivés, etc., échappant aux régulations étatiques ou/et internationales.

[2Pour une banque, cela consiste à se défaire des prêts les plus risqués après les avoir mélangés avec des prêts un peu moins risqués. Comment ? En vendant des morceaux de ces mélanges, dits actifs financiers, sur le marché et donc en se déchargeant des risques sur les acheteurs en cas de baisse du sous-jacent, comme ce fût le cas avec les prêts immobiliers en 2007, cause de la grande crise).

[3Association créée en 1953, sans statut juridique, des 21 pays préteurs aux pays dits en développement, se réunissant au ministère de l’économie à Paris. Le pays ayant des difficultés de remboursement se présente seul devant l’aréopage des financeurs. Il n’obtient jamais d’annulation de sa dette qui est le plus souvent illégitime voire odieuse. Que la population soit dans un état de pauvreté importante voire même une partie dans l’incapacité de se nourrir, n’y changera rien. Il pourra éventuellement obtenir des délais supplémentaires. Voir les sites officiel : www.clubdeparis.org/fr et alternatif : http://clubdeparis.fr/

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme »
Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD.
Il donne régulièrement des conférences sur la dette.