Bravo Bamako - Le forum social mondial 2007 de Nairobi est bien parti

15 février 2006 par PK Murthy

Après quatre forums à Porto Alegre au Brésil, berceau de ce nouveau ralliement des forces alter mondialistes, et le forum 2004 de Mumbaï en Inde, qui a enrichi et apporté de nouvelles dimensions au concept du forum, l’idée même de faire éclater celui de 2006 en un forum social mondial polycentrique qui se tiendrait aux mêmes dates dans ces trois continents - en Afrique à Bamako, en Amérique du sud à Caracas et en Asie à Karachi, (reporté en mars 2006 à cause du tremblement de terre) - était un projet ambitieux et plein de défis.

L’Amérique du sud est connue comme un continent turbulent et volcanique où souffle un
vent « anti-américain » (anti-US) et anti-impérialiste. Cela s’exprime actuellement avec des
changements de régimes politiques comme au Brésil, au Vénézuéla, en Argentine, et plus
récemment en Bolivie et au Chili. Le forum, de Porto Alegre à Caracas, est presque une
continuité naturelle de ce mouvement pour « un autre monde » et constitue en quelque
sorte l’ex-pression de l’affirmation qu’un autre monde est possible.

En revanche, l’Inde est un continent d’un milliard d’habitants. De ce fait, le forum avait dès
son début, tout pour l’animer et le transformer en un forum du peuple. En effet, il a été le
point de convergence de divers courants, grands et petits mouvements sociaux, des
syndicats ouvriers et paysans, des organisations de Dalits, d’Adivasis, de femmes, de
jeunes, d’étudiants etc... et aussi de courants politiques très, voire même, trop
hétérogènes.
Une participation massive de délégués venus de tous les autres continents, a permis à ce
forum de trouver un caractère vraim ! ent mondial et populaire. Le forum s’est trouvé investi
pleinement par ceux qui, et à qui, il appartenait.

L’Afrique, représentant aussi un continent, a une histoire de colonisation complexe et
difficile. Il s’agit d’un continent riche par sa diversité culturelle et sociale, possédant
d’immenses ressources naturelles mais qui apparaît aujourd’hui comme l’épicentre de
guerres, de misère et de grandes famines, artificiellement créées et perpétuées par les
mêmes puissances de l’époque coloniale. Elle est l’image réelle de ce que nous offrent les
politiques de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néo-libérale imposée par le trio de la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, du
Fonds Monétaire International FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et de l’Organisation Mondiale du Commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
, et les
multinationales qui sont fortement appuyées dans leurs décisions par les grandes
puissances économiques, dont les Etats-Unis et l’Europe unie.

Alors que ces mêmes politiques néo-libérales ont dévasté tous les continents, en
permettant aux riches de s’enrichir davantage et aux classes laborieuses, d’être poussées
dans la spirale de la misère infernale, une inquiétude s’est fait ressentir à propos du
manque de dynamisme de forces sociales capables de contrecarrer cette attaque sur le
continent africain.

Le rassemblement à Bamako de délégués venus de l’ensemble des pays du continent
africain, du Maghreb à l’Afrique du sud, et de l’ouest francophone à l’est anglophone était
constitué de représentants de syndicats ouvriers, d’association de paysans, d’ONG, et aussi
de différents acteurs des mouvements sociaux maliens.

Alors que l’Afrique n’était représentée que par une centaine de personnes à Porto Alegre, et
environ 600 personnes à Mumbai, ici, à Bamako près de 15000 Africains venus des quatre
coins de l’Afrique étaient là pour dire NON à cette mondialisation impérialiste et pour
exprimer ce désir de construire un autre monde « un monde nouveau ».

Bamako a pu participé de ce fait au dynamisme altermondialiste et cette rencontre a surtout
déclenché un mécanisme engageant certainement de plus en plus de mouvements sociaux
du continent dans ce combat.

De nouveaux thèmes comme les questions de dettes, d’immigration, des paysans, de l’eau
et de la santé (suite aux déclarations de la rencontre de l’OMC à Hongkong), sont venus
enrichir cette prise de conscience et affirmer la nécessité de relever ce défi. Cette assertion
à Bamako, de ne plus se soumettre à cette mondialisation néo-libérale, est le départ certain
vers une grande victoire. Le forum social mondial 2006 polycentrique de Bamako s’est
révélé être un vrai succès.

Le Forum Social Mondial 2007 à Nairobi qui sera pour la premiére fois un Forum
Unicentrique en Afrique, verra converger de nouveaux dynamiques comme nous l’avons
témoigné à Mumbai en 2004. Les enjeux et les défis bien que plus grandes et plus énormes, Nairobi s’est déja insufflé de cet élan de Bamako et Nairobi est bien parti.