Brésil : « Les banques sont responsables de la crise »

20 décembre 2019 par Maria Lucia Fattorelli


(CC - http://fundacionio.org/)

Maria Lucia Fattorelli, fondatrice de l’Audit citoyen de la dette publique critique le discours qui légitime la proposition de réforme de la sécurité sociale de Bolsonaro.

Le scénario de crise économique qui s’est étendu à l’ensemble du pays au cours des dernières années a été approfondi par la politique monétaire de la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. , fer de lance du processus, qui a provoqué le ralentissement économique et la croissance du taux de chômage à l’échelle nationale. C’est Maria Lucia Fattorelli qui en fait la lecture, elle est fonctionnaire du Secrétariat du Trésor public, fondatrice et coordinatrice de l’Audit citoyen de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
.

Dans un entretien pour l’hebdomadaire Brasil de Fato, elle a souligné l’inquiétude suscitée par la suprématie des banques accordée par différents gouvernements, a critiqué le discours officiel de la réforme de la sécurité sociale sur la défense et déclaré : « Ils veulent que notre peuple croie en l’ombre. Nous devons sortir de la grotte et voir nos potentialités. »

Quelques extraits de l’entretien donné à la journaliste Cristiane Sampaio

CS : Pourquoi le Brésil, qui est reconnu mondialement comme un pays très riche, est-il touché par la crise économique actuelle ? Quelle sorte d’idéologie économique nous a amené à ce processus ?

MLF : C’est au-dessus des idéologies connues, au-dessus de tout. C’est une avidité du marché financier Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
. Il est au-dessus des gouvernements, au-dessus des partis. Nous devons voir dans quelle phase de l’histoire nous vivons, celle du capitalisme financier. Le grand capital entre au Brésil d’une manière qui a dominé pendant des années les différents gouvernements sous lesquels nous avons vécu. Sous le gouvernement du PT, qui dirigeait la Banque centrale ? Meirelles [1], un banquier.

Ils veulent que notre peuple croie en l’ombre. Nous devons sortir de la grotte et voir nos potentialités

Donc, rien n’a changé. C’est au-dessus de l’idéologie et c’est un domaine, une puissance mondiale. Et, malheureusement, ici au Brésil, les forces politiques n’y prêtent pas suffisamment attention. Vous voyez, par exemple, le peu d’attention qui a été accordé à la demande d’un audit citoyen de la dette, qui est l’outil qui pourrait montrer, par exemple, ce scandale des compromis, parce que c’est là que réside la dette.

Cette vision restreinte, ce flou de vision par rapport à la finance fait en sorte que ce domaine financier atteint un point où maintenant (disent-ils) la dette justifie la contre-réforme de la sécurité sociale, justifie la privatisation de la Monnaie, d’Eletrobras, Petrobras, qu’ils veulent céder à Banco do Brasil et Caixa Econômica, créant ainsi un autre mécanisme, la titrisation Titrisation Technique financière qui permet à une banque de transformer en titres négociables des actifs illiquides, c’est-à-dire qui ne sont pas (ou pas facilement) vendables. Initialement, cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs prêts à la clientèle. Les prêts sont cédés à un véhicule juridique qui émet en contrepartie des titres (généralement des obligations) placés sur les marchés financiers. Avec la titrisation, les risques afférents à ces crédits sont transférés des banques aux acheteurs. Cette pratique s’étend aujourd’hui à d’autres types d’actifs et d’acteurs (portefeuilles d’assurances, immobilier, créances commerciales).

(extrait de Adda, p. 101, t. 1, 1996, p. 101-102)
Cette notion décrit la prépondérance nouvelle des émissions de titres (obligations internationales classiques émises pour le compte d’un emprunteur étranger sur la place financière et dans la monnaie du pays prêteur, euro-obligations libellées dans une monnaie différente de celle de la place où elles sont émises, actions internationales) dans l’activité des marchés. A quoi s’ajoute la transformation d’anciennes créances bancaires en titres négociables, technique qui a permis aux banques d’accélérer leur désengagement à l’égard des pays en voie de développement après l’irruption de la crise de la dette.
La caractéristique principale de cette logique de titrisation est la diffusion du risque qu’elle permet. Diffusion numérique tout d’abord, puisque le risque de défaut des emprunteurs cesse d’être concentré sur un petit nombre de banques transnationales en relation étroites les unes avec les autres. Diffusion qualitative ensuite, puisque chacune des composantes du risque afférent à un titre particulier peut donner lieu à la création d’instruments spécifiques de protection négociables sur un marché : contrats à terme pour se prémunir du risque de change, contrats de taux d’intérêt pour faire face au risque de variation des taux, marchés d’option négociables, etc. Cette prolifération des instruments financiers et des marchés dérivés donne aux marchés internationaux l’allure d’une foire aux risques, selon l’expression de Charles Goldfinger.
des crédits, où les banques prendront directement en charge le recouvrement des impôts, qui ne nourriront pas les budgets publics. Donc, soit la population se réveille, soit elle n’y parviendra pas. Nous perdons notre pays.


CS : L’économie brésilienne a débuté cette année 2019 sans souffle et certains acteurs maintiennent que l’effet de levier Effet de levier L’effet de levier désigne l’effet sur la rentabilité des capitaux propres d’une entité (entreprise, banque, etc.) qu’aura son recours à l’endettement (elle augmentera lorsque le coût de l’endettement sera inférieur à l’augmentation des bénéfices obtenus grâce à lui, et inversement). Le ratio de levier calcule le rapport entre les fonds propres d’une telle entité et le volume de ses dettes. Les banques ont progressivement augmenté cet effet de levier avec la libéralisation financière, c’est-à-dire que pour 1000 euros de capital le nombre d’euros qu’elles ont pu emprunter a considérablement augmenté. ne serait possible qu’avec la réforme de l’aide sociale. Quel est le piège dans ce discours ?

La réforme des retraites fera le contraire. Quand le gouvernement parle d’économiser 1 000 milliards de R$ - ce n’est d’ailleurs pas ce que les analystes ont dit, ils parlaient de 700 milliards de R$ -, quelle est cette économie ? C’est de l’argent qui n’arrivera plus entre les mains de la classe ouvrière par le biais des pensions et des prestations sociales. Que se passe-t-il lorsque la population a moins de ressources entre les mains ? Elle se retrouve sans les ressources nécessaires pour consommer ou acheter correctement de la nourriture et cela ne fait qu’augmenter les risques de maladies. C’est donc un coup de pied, et plus de 70 % des moyens financiers des municipalités brésiliennes proviennent de la sécurité sociale...


Traduit de l’espagnol par Antonio Mota et Eva Betavatzi, publié sur brasildefato le 7 mars 2019


Cet article est tiré du n° 77 de l’AVP (Les autres voix de la planète), « Dettes aux Suds » disponible à : https://www.cadtm.org/Dettes-aux-Suds




Notes

[1Henrique Meirelles, ancien ministre des Finances et actuel secrétaire aux finances de l’État de São Paulo

Maria Lucia Fattorelli

CADTM Brésil et coordinatrice nationale de l’audit citoyen de la dette du Brésil. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque. A participé aussi à l’audit de la dette de l’Équateur en 2008.

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