Le contexte international des indignations mondiales (1/5)

Brève rétrospective des mouvements qui ont précédé le printemps arabe, les Indigné-ées et Occupy Wall Street

30 décembre 2011 par Eric Toussaint


Au cours de l’année 2011, le mouvement social et politique rebelle a refait irruption dans les rues et sur les places publiques aux quatre coins de la planète. Il a pris une nouvelle forme et de nouvelles appellations : le printemps arabe, les indignés, le mouvement Occupy Wall Street (OWS)… Les principales régions concernées sont l’Afrique du Nordet le Moyen Orient (y compris Israël), l’Europe et l’Amérique du Nord. Certes, tous les pays de ces régions n’ont pas été touchés par cette vague de mobilisations et les nouvelles formes d’organisation, mais tout le monde en a entendu parler. Dans les pays où il n’a pas pris une forme massive, des minorités agissantes essaient de lui faire prendre racine avec des résultats divers [1]. Dans l’hémisphère sud de la planète, en 2011, seul le Chili a vécu un mouvement proche de celui des Indignés [2].

Afin de résumer à grands traits l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de ce qu’on a appelé le mouvement altermondialiste sur le plan international au cours des deux dernières décennies, on peut distinguer différentes phases en liaison avec l’évolution de la situation mondiale.

Entre 1999 et 2005, face à un approfondissement de l’offensive néolibérale dans les pays du Nord, ont lieu de grandes mobilisations contre l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
(Seattle aux Etats-Unis en novembre 1999), contre la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. (Washington en avril 2000, Prague en septembre 2000, Gênes en juillet 2001). C’est dans ce cadre que naît le Forum social mondial en janvier 2001 à Porto Alegre. Dans les années qui suivent, on assiste à un processus d’extension vers plusieurs continents (Amérique latine, Europe, Afrique, Asie du Sud, Amérique du Nord). Se créent de nouveaux réseaux internationaux : Jubilé Sud (sur la problématique de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
), ATTAC (contre la dictature des marchés), la Marche mondiale des femmes, Notre monde n’est pas à vendre... Se renforcent aussi des réseaux plus anciens (nés dans la première moitié des années 1990) : Via Campesina, CADTM (réseau Nord/Sud qui se focalise au départ sur la dette, la Banque mondiale et le FMI)… Le mouvement altermondialiste (ou antiglobalisation) prend forme pendant cette phase, essentiellement dans le cadre du Forum social mondial.

Les jalons vers la création du mouvement altermondialiste

Bien sûr, les mobilisations des années 1999-2000 ont été préparées par d’autres actions parmi lesquelles :

-la mobilisation contre le G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. à Paris en juillet 1989 à l’occasion du bicentenaire de la révolution française au cours de laquelle a été adopté l’Appel de la Bastille pour l’annulation de la dette du tiers monde (texte fondateur du CADTM) ;

-la rébellion (néo) zapatiste qui a fait irruption le 1er janvier 1994 et a eu un impact international très important pendant plusieurs années notamment lors de la rencontre internationale au Chiapas de 1996 intitulée de manière surréaliste « Rencontre intergalactique en défense de l’humanité » (à laquelle de plusieurs mouvements internationaux dont le CADTM ont participé).

C’est aussi en 1994 qu’eut lieu le 50e anniversaire de la fondation de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). L’événement fut commémoré par un énorme rassemblement de contestation à Madrid. Cette manifestation a inspiré plus tard les Français qui, dans la mobilisation contre le G-7 à Lyon en 1996, ont mis en place les collectifs « Les autres voix de la planète ». L’initiative espagnole réunissait des ONG, le CADTM Belgique et des mouvements comme « la plateforme 0,7 % » où des jeunes luttaient pour que leur pays consacre 0,7 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
à l’aide publique au développement, et aussi des syndicats, des mouvements féministes, des mouvements écologistes (Ecologistas en Accion). Déjà, à l’occasion de ce contre-sommet, s’alliaient toute une série de mouvements qui, plus tard, allaient se retrouver à Seattle en 1999, puis à Porto Alegre en 2001, etc. En 1997, à Amsterdam, lors d’un contre sommet face à l’Union européenne, les marches européennes contre le chômage jouent un rôle de catalyseur.

Voir CADTM Les manifestes du possible, Syllepse-CADTM, Paris-Liège, 2004

Après 20 ans de domination néolibérale en Amérique du Sud, dans plusieurs pays, les luttes sont massives et plusieurs sont couronnées de succès : guerre de l’eau en Bolivie en 2000, soulèvement indien en Equateur qui renverse un président néolibéral (2000), rébellion qui renverse le président néolibéral argentin (fin 2001) et ouvre une crise prérévolutionnaire en décembre 2001 qui se poursuit en 2002, soulèvement populaire au Venezuela en avril 2002 pour le retour de Hugo Chavez à la présidence après son renversement par un putsch (11-13 avril 2002), guerre du gaz en Bolivie en 2003 avec renversement du président néolibéral pro-Washington, renversement du président néolibéral pro-américain en Equateur en 2005… Dans la foulée de ces mobilisations, des gouvernements qui rompent partiellement avec le néolibéralisme et s’opposent à la domination des Etats-Unis entament des réformes politiques et réinstaurent en partie le contrôle public sur les ressources naturelles (Venezuela à partir de 1999, Bolivie en 2006, Equateur en 2007) [3].

Sous la pression populaire, le gouvernement argentin, qui n’a pas une origine de gauche, applique des mesures hétérodoxes qui tranchent avec le cours suivi par le gouvernement du PT au Brésil ou du Front ample en Uruguay qui eux prolongent la politique de leur prédécesseurs néolibéraux en y ajoutant une dose importante d’« assistancialisme » qui améliore la situation des couches les plus pauvres et consolide leur base électorale. La zone de libre commerce pour les Amériques voulue par Washington est abandonnée en 2005 grâce à l’opposition d’une majorité de gouvernements d’Amérique du Sud et la mobilisation sociale.

Entre temps, le 11 septembre 2001 débouche sur une nouvelle offensive belliqueuse des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan qui dégage une très forte odeur de pétrole et de renforcement de son avantage militaire. Cette offensive va également de pair avec une restriction des libertés démocratiques notamment aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Le prétexte tout trouvé est la lutte contre le terrorisme. Face à ce durcissement impérial, le mouvement altermondialiste réussit la plus grande marche antiguerre de l’histoire (12 à 13 millions de manifestants défilent aux quatre coins de la planète en février 2003) mais ne parvient pas à empêcher l’invasion de l’Irak un mois plus tard. Le déclin du Forum social mondial commence en 2005. En cause, la persistance du refus de son conseil international de faire évoluer un forum de rencontre et d’échange vers un moyen démocratique et ouvert de rassemblement pour l’action. A cela s’ajoute l’institutionnalisation du processus, dominé par des ONG et des leaders de mouvements sociaux qui s’alignent sur des gouvernements sociaux libéraux (le gouvernement Lula au Brésil et Prodi en Italie, notamment).

A partir de 2004, à l’échelle internationale, il n’y plus de grandes mobilisations contre le FMI, la Banque mondiale, le G8, l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
, l’OMC, contre les guerres impérialistes. Le mouvement altermondialiste est manifestement en perte de vitesse même si les éditions du Forum social mondial peuvent connaître un succès comme en 2009 à Belém (Brésil) et, dans une moindre mesure, à Dakar en février 2011.

En 2005, par l’adoption antidémocratique du traité constitutionnel, les classes dominantes européennes et les gouvernements en place renforcent l’orientation capitaliste néolibérale de l’intégration européenne dans le cadre de l’UE et de la zone euro qui s’étend progressivement à 17 pays. Les pays capitalistes les plus industrialisés ainsi que la Chine et les pays exportateurs de matières premières ont une santé qui semble bonne. Les classes dominantes poursuivent leur offensive en terme de précarisation du travail, mais la consommation est soutenue notamment par les achats à crédit et la bulle immobilière qui produisent une fausse impression de richesse et de bien-être dans plusieurs pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne, Irlande, Grèce, plusieurs pays de l’Europe centrale membres de l’Union européenne). Par ailleurs, les effets perceptibles du changement climatique en cours commencent à provoquer une prise de conscience critique à propos du capitalisme productiviste.



Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, président du CADTM Belgique, membre du Conseil international du Forum social mondial depuis sa création et du Conseil scientifique d’ATTAC France. A dirigé avec Damien Millet le livre collectif La Dette ou la Vie, Aden-CADTM, 2011. A participé au livre d’ATTAC : Le piège de la dette publique. Comment s’en sortir, édition Les liens qui libèrent, Paris, 2011.

Notes

[1En Afrique au sud du Sahara, ont eu lieu des mobilisations étudiantes au Burkina Faso en mars – avril 2011, au Togo en mai - juin 2011 et au Sénégal un mouvement intitulé Y’en a marre contre l’autoritarisme du président A. Wade en juin 2011. Elles se référaient explicitement au printemps arabe en cours. Au Sénégal, le Forum Social Mondial réuni en février 2011, dix ans après sa création, a connu un succès important sous le signe du soulèvement en cours en Tunisie et en Egypte (voir Olivier Bonfond FSM-Dakar-2011-Succes-populaire-et ).

[3Voir Franck Gaudichaud (sous la direction de), Le volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine, Textuel, Paris, 2008, et pour l’évolution en 2008-2009, Eric Toussaint Venezuela, Equateur et Bolivie : la roue de l’histoire en marche novembre 2009

cadtm.org
Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

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