Bulle immobilière en Colombie : logement, salaires et dette

4 juillet 2019 par John Freddy Gómez , Camila Andrea Galindo


Ces dernières années nous avons montré, tant de manière empirique par l’observation que par l’étude de la valorisation au sein du secteur immobilier en Colombie, une augmentation soutenue dans les grandes villes et leurs périphéries des prix des logements et des terres. Combiné à la violence qui empreigne notre histoire, cela a renforcé la concentration de la population dans les grandes villes.

Bien que les salaires en Colombie n’aient pas augmenté mais ont plutôt reculé par rapport aux besoins essentiels, les prix des logements continuent à augmenter. Il s’agit d’une contradiction incontournable, qui nous amène à vérifier le rôle des institutions financières à la fois dans l’effet levier au sein du secteur immobilier ainsi que dans le maintien de la demande.

Ce processus de financiarisation du circuit a produit une bulle spéculative sur les prix du logement en Colombie, imposant des coûts et des obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
financières de plus en plus importants pour l’accès à un logement décent et correct. Cette bulle spéculative détermine une tendance claire à la faiblesse de l’économie colombienne, ainsi que l’impossibilité de paiement par le peuple colombien de ces crédits structurellement intenables.

Causes, conséquences et perspectives de la bulle immobilière en Colombie

A cause de la violence qui a marqué l’histoire du pays, qui s’est concentrée dans les zones rurales en raison du contrôle de la terre et du territoire comme source de contrôle économique et aussi d’hégémonie politique aux niveaux local et national, la Colombie a connu un taux élevé de concentration de la population dans les grandes villes et leurs périphéries respectives.

« L’affirmation selon laquelle ‘l’appropriation, l’usage et la possession de la terre ont été le moteur de l’origine et de la persistance du conflit armé’ ouvre une voie pour explorer ces dimensions qui en font une condition de la viabilité de la nation et conduisent à des moments fondateurs du conflit. Dans la formation sociale de la Colombie, les groupes de pouvoir ont généré différentes modalités d’appropriation des ressources et de contrôle de sa population, séparant les communautés de leurs terres et territoires traditionnels et limitant l’accès à ceux-ci par des procédures qui ont combiné l’exercice systématique de la violence avec des politiques d’appropriation et de distribution des terres publiques » (Comisión Histórica del conflicto y sus victimas, 2015, p. 356 et 357)

Ce processus a fait de la Colombie, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés -UNHCR-, le pays ayant connu le plus grand déplacement forcé interne au monde, ce qui concerne 7,7 millions de personnes, en dépassant la Syrie (Redacción el Tiempo, 2018). Selon le dernier recensement national que le Département administratif national des statistiques -DANE- a réalisé en 2018, la Colombie compte 45,5 millions de Colombiens, ce qui signifie qu’environ 17% de la population a été déplacée de force, un taux totalement déchirant.

Ce taux de déplacement forcé a entraîné la concentration de la population colombienne, où environ 77,8 % des personnes vivent dans les chefs-lieux urbains, 18,1 % dans les zones rurales et 4,1 % dans des chefs-lieux ruraux. Cela montre qu’un peu plus de 37 millions de Colombiens vivent dans des villes et chef-lieu ruraux, soit 81,9% du total des 45,5 millions d’habitants du pays. (DANE, 2018)
Historiquement, une grande partie de la population colombienne, à partir des années 1990, a été exposée à l’augmentation des prix des logements en raison : a) de la déréglementation du système financier en Colombie, b) des politiques publiques en faveur du système financier et immobilier, et c) du besoin inhérent de la société d’accéder au logement.

À la fin des années 1990, dans la lignée des « tigres asiatiques » et de la crise financière en Russie, la Colombie a connu une crise majeure due au ralentissement des marchés des capitaux et au faible accès du pays aux devises internationales. Afin de protéger ses devises et de les attirer, la Colombie a augmenté les taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
, provoquant une augmentation exponentielle des prêts hypothécaires immobiliers. (ANIF, 2011) Alors qu’en parallèle, depuis les années 90, ce marché connaît un symptôme de bulle spéculative dérivée de l’effet de levier Effet de levier L’effet de levier désigne l’effet sur la rentabilité des capitaux propres d’une entité (entreprise, banque, etc.) qu’aura son recours à l’endettement (elle augmentera lorsque le coût de l’endettement sera inférieur à l’augmentation des bénéfices obtenus grâce à lui, et inversement). Le ratio de levier calcule le rapport entre les fonds propres d’une telle entité et le volume de ses dettes. Les banques ont progressivement augmenté cet effet de levier avec la libéralisation financière, c’est-à-dire que pour 1000 euros de capital le nombre d’euros qu’elles ont pu emprunter a considérablement augmenté. artificiel de la demande, comme on peut le voir dans l’extrait et le graphique suivants.

« En ce sens, on souligne que la croissance des années 1990 a été associée à une augmentation de l’endettement des ménages (prêts au logement et à la consommation), des entrepreneurs (investissements dans l’innovation ou la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
) et de l’État (financement du déficit fiscal), ce qui aurait généré une sorte de prospérité par le biais de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 » (Estrada, 2006, p. 267).

Prix du logement en Colombie (moyenne 1989-2010=100) Extrait de (ANIF, 2011, pág. 7)

Comme le montre le graphique précédent, les prix des logements en Colombie ont augmenté de façon exponentielle depuis les années 1990 avec le projet d’ouverture économique [1]. Cette politique économique a conduit à une financiarisation accrue de l’économie et à la déréglementation du système, produisant une bulle spéculative dans le secteur immobilier, qui ne répondait pas à la demande réelle dérivée des revenus des Colombiens, mais plutôt à l’effet de levier incontrôlé du système financier.

Cette bulle a éclaté à la fin des années 1990, marquée par la crise économique internationale, laissant place à une contraction du système financier et à une augmentation des taux d’intérêt dans le pays, ce qui a conduit à la dépossession de centaines de milliers de logements par les institutions financières et à la réalisation de capitaux spéculatifs, par le biais à la fois de la dépossession directe des institutions financières du peuple colombien, ainsi que des politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
mises en œuvre en Colombie, qui ont eu un impact sur les dépenses sociales, tout en profitant au grand capital et clairement au système financier tant au niveau national qu’international.

Ce premier cycle et l’éclatement de la bulle spéculative immobilière à la fin des années 1990 ont eu des conséquences différentes que ce soit au niveau individuel ou pour le peuple colombien dans son ensemble [2]. Mais rapidement à partir de 2001, avec la mise en œuvre de politiques d’ajustement structurel et la réduction des taux d’intérêt - de 45 % en octobre 1999 à une moyenne de 5 % ces dernières années - et la réduction de la réserve légale de 27 % en 1995 à 6 % en 2000 (Ocampo, 2015) - il y a une augmentation soutenue des prix des logements de 70% de la valeur réelle à près de 150% de sa valeur réelle, c’est-à-dire une spéculation de 50% au-dessus de la valeur réelle des logements pour l’année 2010, causée par l’effet de levier artificiel de la demande de logements et de leur construction.

« (...) la politique appliquée par la Réserve fédérale après l’effondrement retentissant des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
des entreprises technologiques aux États-Unis à partir de mars de l’année 2000, et qui a été baptisée « crise point-com ». Peu après le krach boursier, la banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. a considérablement et radicalement augmenté les émissions monétaires afin d’assurer la reprise des marchés des capitaux et de l’économie américaine dans son ensemble. Jamais auparavant une politique aussi expansive n’avait été mise en œuvre. À partir de janvier 2001, la banque centrale a réduit le taux d’intérêt de 6,5 % à 1,7 % à la mi-2002, puis à seulement 1 % en 2003 et 2004
 » (Marichal, 2010, p. 280).

Cette dynamique nationale s’est superposée à la politique des États-Unis après la crise des « dot com », comme on peut le voir dans l’extrait précédent, provoquant une augmentation soutenue des prix des logements sans tenir compte de la dépréciation Dépréciation Dans un régime de taux de changes flottants, une dépréciation consiste en une diminution de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies due à une contraction de la demande par les marchés de cette monnaie nationale. des salaires réels, ce qui a à nouveau conduit à une bulle spéculative dans le secteur du logement dans le pays. Dans le graphique suivant, nous pouvons observer comment les prix réels des logements en Colombie entre 2001 et 2016 ont connu une augmentation continue.

Precios reales de la vivienda en Colombia (Promedio 1989-2017=100)
Extraído de (Clavijo, Vera & Beltran, 2018)

En Colombie, les prix des logements répondent à l’effet de levier des entités financières, où le solde du portefeuille de logements est passé d’environ 30 milliards de pesos à plus de 65 milliards de pesos en 2017, montrant une croissance de 134% en seulement 7 ans, tel qu’on peut observer dans le graphique suivant. Cela rend compte de la bulle spéculative des prix des logements où il y a un prix spéculatif d’au moins 50% au-dessus de la valeur réelle des logements en Colombie. Bien que cette augmentation de 50 % des prix des logements soit relative et que l’on puisse constater que dans le cas de Bogota, elle est supérieure à 100 % comme le montre l’extrait suivant :

« Une croissance du 100% de la valeur de certains immeubles dans certains secteurs de Bogotá a fait sonner les alarmes
crecimiento de más del 100% en el valor de los predios en algunos sectores de Bogotá prendió las alarmas
 ».

Évolution du solde du portefeuille du logement entre 2011 et 2017
Extraído de (ASOBANCARIA, 208, pág. 33)

L’augmentation du portefeuille de logements, qui est passé de 28,8 milliards de pesos en 2011 à 65,3 milliards en 2017, montre une augmentation de 134% entre ces 7 années, tandis que l’augmentation du salaire minimum est passée de 535.600 pesos en 2011 à 781 242 pesos en 2018, soit une augmentation d’environ 46%, autrement dit, dans la même période de 2011 à 2018, le portefeuille de logements a augmenté environ 3 fois plus que le salaire des Colombiens.

Nous soulignons, bien sûr, que cette augmentation des salaires s’est vue réduite en raison de la situation économique et tout au plus il y a un maintien du pouvoir d’achat de l’année précédente, formant un taux de surexploitation du travail où « [...] en 2019, le nouveau panier de consommation familiale de base publié par le DANE en janvier dernier, coûte à un ménage moyen - composé de quatre personnes - 3.488.577 pesos par mois. Le ménage requiert un salaire minimum légal de 4,2 pour l’acquisition de tous les biens et services nécessaires et vitaux » (Sarmiento, 2019, p. 11)

Un ménage moyen en Colombie est composé de 3 à 4 personnes, dont le revenu ne dépasse pas un million de pesos. Cette dynamique socio-économique n’est durable qu’en raison du taux élevé de financiarisation de l’économie, tant sur le marché du logement que dans le cas des prêts à la consommation, qui permettent à court terme l’accès à des besoins de base non satisfaits pour la reproduction de la force de travail, manifestant la caractéristique par excellence des pays périphériques, la surexploitation.

L’augmentation aveugle des prêts au logement en Colombie ne reflète pas la réalité de l’économie colombienne et encore moins la durabilité de ces prêts. Mais cette dynamique n’est peut pas être perpétuelle et conduit à de graves crises économiques déterminées par des bulles spéculatives, ce qui dans le cas étudié montre l’augmentation irréaliste des prix des logements en Colombie, du fait de la forte financiarisation de ce marché et entraîne des conséquences telles que :

« Il est évident que le prix des actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
hypothécaires a augmenté et que, par conséquent, le pouvoir d’achat des ménages a diminué. Alors qu’en 2005, 366 salaires minimums mensuels légaux étaient exigés pour l’achat de 100 mètres carrés de logement, aux prix moyens de l’époque (équivalent à 30 ans de travail), fin 2013, 504 salaires minimums mensuels légaux étaient exigés, et maintenant 42 ans de travail sont nécessaires (...) ces valeurs sont déjà proches des prix préoccupants des zones exclusives du Leblon à Rio de Janeiro (où le mètre carré atteint 9500 dollars US) et ne sont pas loin de ceux de Manhattan (12 200 dollars US)
 » (Redacción Dinero, 2014).

Si la demande et l’offre de crédit ont diminué depuis 2016 à la suite du ralentissement économique mondial et de l’effondrement des prix des matières premières, compte tenu du scénario d’augmentation des taux d’intérêt aux États-Unis à partir de 2014, le ralentissement n’a pas été aussi profond en raison notamment de l’hésitation de la hausse soutenue du taux d’intérêt américain résultant de la confrontation économique des États-Unis avec la Chine.

Bien que les prêts au logement ne montrent pas une détérioration profonde en Colombie, en partie due à l’achat et au rachat de portefeuilles en souffrance entre différentes institutions [3]. Cette bulle spéculative est une entrave pour l’accès au logement décent de la part de la population colombienne et a provoqué de vastes processus de pillage de fractions de plus en plus importantes des salaires. Elle réduit encore plus une rémunération minimale qui ne garantit pas les besoins minimums et qui jette le peuple colombien entre les mains des institutions financières, qui maintiennent en Colombie des taux d’intérêt élevés et des frais de gestion élevés et irréguliers, entre autres charges totalement excessives.

Dans ce contexte trouble pour l’économie colombienne, il existe une intention de maintenir et d’approfondir cette financiarisation du marché immobilier après le ralentissement du secteur, par l’expansion du financement de 70% à 90%, en rendant dynamique la bulle spéculative et en élargissant celle existant dans le secteur immobilier, comme le montre l’extrait suivant :

« Le ministre du logement, Jonathan Malagon, a annoncé ce vendredi un nouveau paquet de six mesures pour la réactivation du secteur qui poursuivent le double objectif de consolider le segment des logements d’intérêt social, les VIS et de réactiver le segment des logements non-VIS (...) qu’à cette fin un décret sera publié pour faciliter l’accès au logement par l’augmentation du financement à 90% de sa valeur qui est une mesure qui dynamisera le marché hypothécaire » (Caracol Radio, 2019)

On commence à apercevoir une nouvelle crise de la dette privée, du logement et de la consommation, ainsi que de la dette publique [4], qui profitera aux secteurs économiques et financiers nationaux et internationaux, en imposant, comme contre eux, les plus grandes difficultés au peuple colombien et en augmentant la dynamique de surexploitation du travail, d’oppression et de dépossession dans le pays. C’est une crise annoncée qui doit être étudiée, diffusée et comprise afin de générer des processus d’endiguement et de justice sociale, où le 1% qui a bénéficié et structuré ce type d’économie sera responsable des conséquences et non 99% du peuple colombien.

Le léviathan colombien et son rôle dans la crise

Il y a des acteurs qui conservent leur pertinence, tant dans la crise de la fin des années 90 que dans la bulle de spéculation immobilière que nous connaissons actuellement. C’est le cas de Sarmiento Angulo qui a amassé sa fortune en partie grâce à la construction de logements et à l’entrée dans le système financier dans les années 1960 et 1970, afin d’avoir le contrôle total du circuit immobilier, en profitant de la déréglementation de l’économie, de l’ouverture économique, de l’ajustement structurel qui a suivi et de la dépossession institutionnelle et structurelle du peuple colombien, comme on peut le voir dans l’extrait suivant.

« En novembre 1998, et afin de sauver le secteur bancaire et d’aider les banques hypothécaires défaillantes, le gouvernement a décrété l’état d’urgence économique. Parmi les mesures adoptées : la taxe bancaire de deux pour mille a été créée, en vigueur jusqu’en décembre 1999. Des ressources qui étaient destinées à sauver la banque". Puis il a été étendu et élargi, aujourd’hui il est de 4 pour mille et le temporaire est devenu définitif, bien que la crise et son destin aient été surmontés » (González, 2018)

Cette grande puissance économique basée sur la dépossession du peuple colombien fait partie de sa relation directe avec le pouvoir gouvernemental et de son financement continu des différentes candidatures présidentielles, afin de concevoir des politiques qui leur conviennent, comme l’affirme Sarmiento Angulo lui-même dans une interview au magazine Semana, où il déclare son rôle dans l’élaboration des lois et en opposition directe aux projets d’importance nationale, comme on peut le voir dans l’extrait suivant :

« Pendant son temps libre, il s’adresse également aux présidents - il dit que depuis Virgilio Barco jusqu’à présent tout le monde a été son ami -, il participe à la rédaction des lois - il est fier que beaucoup d’entre elles contiennent des articles écrits par lui - et ces dernières années il a fait entendre sa voix critique sur les questions essentielles du pays » (Semana, 2009)

Sarmiento Angulo se positionne comme le léviathan colombien, en créant les normes, la violence symbolique qui prend forme dans la violence structurelle, qui détermine en partie l’habitus du peuple colombien et le modèle à partir de son hégémonie. Une hégémonie favorisée grâce à son contrôle et à son influence dans les médias de masse et finalement soutenue par la violence physique de l’État capturée par cet individu.

Grâce à cette relation et à la domination qu’il a exercée sur différents gouvernements au cours des dernières décennies en Colombie, il a réussi à transférer des ressources publiques à différents secteurs de sa propriété par le biais d’associations publiques-privées, à contrôler une grande partie des ressources des retraites des Colombiens, à obtenir de grandes concessions et à contrôler les projets immobiliers dans tout le pays, entre autres projets qui lui profitent directement pour son monopole.

Il a été exposé dans différents cas de corruption, où il s’est fait remarquer grâce à son pouvoir dans l’État colombien et son avocat principal Néstor Humberto Martínez, ancien procureur général de la nation, également issu de ses médias et l’influence sur l’ensemble de ceux-ci, cache sa relation directe, devant le peuple colombien, dans les cas de corruption et de politiques antisociales conçues de sa propre main.

Sarmiento Angulo a bénéficié des crises et des ajustements qui en ont suivi depuis les années 1970. Ainsi, il a mobilisé son pouvoir pour exercer un contrôle sur l’État colombien, a conçu des politiques en faveur du contrôle des pensions, afin d’accumuler et de louer ces sommes dans ses entreprises et en particulier dans le secteur immobilier, recréant la bulle spéculative décrite auparavant.

C’est-à-dire qu’avec l’argent du peuple colombien, qui cotise mois après mois dans des fonds de pension Fonds de pension Fonds d’investissement, appelé aussi fonds de retraite, qui a pour vocation de gérer un régime de retraite par capitalisation. Un fonds de pension est alimenté par l’épargne des salariés d’une ou plusieurs entreprises, épargne souvent complétée par l’entreprise ; il a pour mission de verser des pensions aux salariés adhérents du fonds. Les fonds de pension gèrent des capitaux très importants, qui sont généralement investis sur les marchés boursiers et financiers. privés, l’argent transféré de l’État par le biais des PPP et les ressources provenant de l’oppression exercée par les institutions de crédit, le Sarmiento Angulo impose un circuit dans lequel il fait des profits aussi bien dans les moments d’expansion de la construction et du financement dans le circuit immobilier, que dans les moments de récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. et de crise. Tout ceci grâce à son expérience des crises des années 90 et à son hégémonie dans la politique et l’économie du pays.

Un circuit économique crée pour permettre la dépossession structurelle et institutionnalisée, profitant et générant des crises économiques tant dans le secteur privé à travers la bulle immobilière, que par son achat continu de la dette publique de l’État avec l’argent du peuple colombien, recréant ainsi une dette à caractère totalement odieux, insoutenable et illégale, avec Sarmiento Angulo positionné en tant que léviathan colombien.

Nous devons essayer de connaître les responsables des politiques économiques, tant les hommes d’affaires que leurs intérêts, les hommes politiques qui les soutiennent et les techniciens qui les appuient, afin d’éviter de répéter les processus des années 80 et 90 du XXe siècle en Colombie et de structurer une réponse qui configurera une société de justice sociale et qui aspirera à la dignité et à la paix, si désirées dans notre pays.

Conclusion

Il est nécessaire de mettre en évidence ces processus de pillage et d’oppression financière afin d’étendre une contre-offensive face à une crise économique imminente, qui ne sera pas seulement basée sur la dette privée mais sera également concomitante à une crise de la dette publique, provoquant un scénario totalement nébuleux, subissant par ailleurs la politique d’Iván Duque et de son parti, le Centre démocratique, soutenu par la fraction la plus arriérée du capitalisme dans le pays et dans la région. En ce sens, il est urgent de faire avancer les processus d’audit de la dette non seulement au niveau de l’État mais aussi en ce qui concerne les prêts privés à la consommation et les prêts hypothécaires, à travers l’analyse de la dette, de sa configuration en tant qu’outil de dépossession et du rôle du système financier, peut contribuer à la conscience sociale qui s’articule en mouvements et revendications pour démanteler ce pouvoir et gagner en souveraineté.

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Notes

[1L’ouverture de l’économie part de l’approfondissement du néolibéralisme dans le pays avec les mesures visant la flexibilisation et le dérèglement dans le cadre du travail, libéralisation et dérégulation économique, privatisation d’actifs publics, entre autres projets basés sur l’orthodoxie de l’économie néoclassique sous le gouvernement de César Gaviria.

[2Pour plus d’information consulter (Gómez & Galindo, La deuda pública en Colombia, 2014), (Giraldo, 2012) y (Estrada, 2004)

[3Cette dynamique d’achat et rachat de portefeuilles est la manifestation des dynamiques d’une spéculation exponentielle, stimulant une crise de la dette privée du pays.

[4Pour plus d’information : (Galindo & Gómez , 2016) et (Gómez & Galindo, 2018)

John Freddy Gómez

Politologue auprès de l’Université nationale de Colombie. Coordinateur du « Groupe d’étude Economie digne ». Membre du CADTM Colombie « En dette avec les Droits ». Chercheur en économie politique. Auteur d’articles d’opinion et d’analyse de la conjoncture. Expert sur les thématiques de financiarisation, mondialisation et dette comme outil de pillage en Colombie et en Amérique latine avec des travaux d’étude des cas de la Colombie, le Honduras, e Mexique et Puerto Rico.

Camila Andrea Galindo

Avocate et Magistère de droit administratif de l’Université nationale de Colombie. Coordinatrice du « Dignified Economy Study Group ». Membre du CADTM Colombie et de la Plateforme citoyenne pour l’Audit de la dette en Colombie « En dette avec les droits ». Chercheuse sur les questions relatives aux droits humains. Auteure d’articles d’opinion et d’analyses de conjoncture. Expert sur les thématiques de financiarisation, mondialisation et dette en tant qu’outil de dépossession en Colombie et en Amérique latine, avec des travaux d’étude de cas de la Colombie, du Mexique et de Porto Rico.

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