Burkina Faso : Déclaration sur la situation nationale

23 septembre 2015 par ATTAC/CADTM Burkina Faso

Photo : Mikaël Doulson, octobre 2014

Déclaration sur la situation nationale

Au lendemain de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, qui a marqué le coup d’arrêt à la tyrannie et au pouvoir à vie de Blaise Compaoré, le Burkina Faso fait face à la relique la plus hideuse de ce pouvoir déchu : le Régiment de sécurité présidentielle (RSP). En effet le RSP, avec à sa tête le fantasque Gal. Diendéré, a décidé contre toute attente d’interrompre le processus démocratique ce 16 septembre 2015, à moins d’un mois d’élections démocratiques. Sous des prétextes fallacieux, le RSP souhaite réinstaller l’ordre ancien que le peuple a largement rejeté il y a presque un an.

Cette aventure illégale et illégitime du RSP a fait de nombreux morts et blessés, et a occasionné des destructions de biens publics et privés. C’est le lieu pour ATTAC-CADTM BF d’exprimer sa solidarité et sa compassion aux blessés et aux familles éplorées. La tentative de médiation de la CEDEAO, appréciable en soi, s’est révélée une tentative de mise sous tutelle de Burkina Faso par la négation de ses fondements républicains et démocratiques. La CEDEAO, au lieu de condamner le coup d’état énergiquement comme l’Union Africaine, semblaient le légitimer en négociant avec les putschistes.

Cette épisode tragique de notre histoire politique, rencontre désapprobations et oppositions de toutes les composantes du corps social, à l’exception des quelques renégats réactionnaires. Partout sur le territoire national, la résistance s’est constituée pour faire échouer ce coup d’Etat d’une autre époque et les logiques qui le sous tendent. Par cette résistance, le peuple burkinabè démontre que son besoin de liberté, paix, démocratie et progrès est inextinguible. Cela prouve en outre, si besoin en était, la forte résilience du peuple face aux forces réactionnaires, mues par des intérêts égoïstes, sectaires, et partisans.
ATTAC-CADTM BF, association éprise de paix, de justice, de démocratie est préoccupée par la situation sociopolitique actuelle au Burkina Faso. Elle condamne fermement la prise de pouvoir par la force des armes.

ATTAC-CADTM BF exprime sa désapprobation face aux actes de terreur, de tuerie et de destructions de biens du RSP. Le RSP a scellé son sort par ce saut dans l’inconnu qui le discrédite véritablement, définitivement et achève de convaincre sur l’impérieuse nécessité de sa dissolution ou de la redéfinition de ses missions. Il est malheureux de constater que ce corps que l’on qualifie de corps d’élite, mais dont on n’a pas connaissance des hauts faits d’arme, ne s’illustre pas autrement que par des actes répréhensibles, désolants pour la population.
ATTAC-CADTM BF exige la réinstallation des organes de la transition. Elle réclame en outre l’ouverture de discussions politiques entre les forces sociales, afin de conjurer les signes de fracture sociale au Burkina Faso et renforcer l’ancrage démocratique.

ATTAC-CADTM BF interpelle la communauté sous régionale et internationale à œuvrer pour la paix et la stabilité au Burkina Faso dans le respect des intérêts du peuple burkinabè et de sa souveraineté.

Peuple intègre du Burkina Faso, vaillant combattant de la liberté, ensemble debout un autre monde plus démocratique est possible.

Pour ATTAC/CADTM Burkina
Le président Pr Pierre Nakoulima
Ouagadougou, le 22 septembre 2015