CADTM devient... le réseau mondial CADTM “Comité pour l’Abolition des Dettes illégiTiMes” !

2 mai par CADTM international

Suite à l’interdiction des autorités marocaines, l’assemblée mondiale du réseau CADTM (AMR CADTM) s’est finalement tenue du 26 au 30 avril à Tunis dans un climat de solidarité et de résistance. Les quelques 50 délégué-e-s venu-e-s de 29 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe, ont pu mettre à profit leurs énergies afin d’analyser les évolutions du système dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et de rechercher les meilleures stratégies pour en finir avec cet outil de domination.

L’élargissement du réseau à trois nouvelles organisations, la reconduction de son secrétariat partagé entre le Maroc et la Belgique et surtout l’adoption d’un nouveau libellé au nom de l’organisation représentent quelques uns des grands temps forts de cette assemblée. Au-delà des prises de position politiques et organisationnelles, cette AMR CADTM a une fois de plus été l’occasion de tisser ou de consolider des liens essentiels entre des militants et des militantes de terrain de différentes générations et d’horizons divers. La rencontre avec certains des camarades tunisiens que la dictature de Ben Ali nous interdisait de connaître, le partage de chants de luttes et les récits et témoignages de luttes concrètes sont autant de moments essentiels à la constitution d’un réseau solidaire et militant.

Voici les grands éléments de cette assemblée mondiale qui retiennent l’attention des délégués présents :

Au Nord, c’est toujours sous le prétexte des dettes publiques que les classes dominantes imposent l’austérité et cherchent à détruire de façon méthodique toutes les conquêtes sociales des travailleurs. Parallèlement à cela, une nouvelle crise de la dette a commencé à toucher les pays du sud. Tandis que la chute des prix des matières premières met déjà en difficulté une série de pays, des événements tel que la remontée du taux directeur de la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. des États-Unis ou l’éclatement d’une nouvelle crise financière, pourraient remettre en cause la capacité de financement de la dette de certains pays déjà fragilisés. Au Nord comme au Sud, les outils de l’architecture financière et commerciale internationale que sont le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
et l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
poursuivent en toute impunité leur action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de courroie de transmission du système dette.

Au vu de ce contexte et à la lumière de l’expérience grecque, le réseau CADTM réaffirme sa conviction : une rupture avec le capitalisme et la mise en place de réelles alternatives nécessitent de s’attaquer à la question de l’illégitimité des dettes publiques comme privées. Dans ce but, tous les membres présents s’engagent à poursuivre le combat et à redoubler d’efforts pour mettre en place ou renforcer des comités d’audits citoyens de la dette dans les pays dans lesquels ils mènent leurs actions.

  • Au vu du travail qu’il réalise depuis 25 ans et en cohérence avec l’évolution du contexte et des luttes, le CADTM décide de modifier le libellé de son nom. En libellant son acronyme CADTM, par « Comité pour l’abolition des dettes illégitimes ».
    • Le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes intègre le fait que le « système dette » soumet tant les peuples du Sud que ceux du Nord.
    • Le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes affirme sa volonté de soutenir et participer à toutes les luttes contre les dettes privées illégitimes. Car des étudiants new-yorkais surendettés, aux victimes marocaines du microcrédit abusif, en passant par les paysans indiens victimes des usuriers et par les familles espagnoles abusées par des crédits hypothécaires illégitimes, tous et toutes subissent cet instrument du capitalisme, qui vient ajouter à l’appauvrissement collectif, la misère individuelle.
  • Le CADTM se félicite que son réseau sorte renforcé de cette assemblée mondiale et souhaite la bienvenue aux trois organisations d’Italie, du Luxembourg et du Gabon qui nous ont rejoint dans le combat.
  • L’assemblée mondiale du réseau exprime sa pleine confiance à la capacité du CADTM Belgique et d’ATTAC-CADTM Maroc, d’assumer ensemble le secrétariat international. Après deux ans de fonctionnement, le réseau réaffirme la pertinence politique et organisationnelle d’une telle formule, et reconduit donc ce secrétariat international partagé (SIP).
  • Enfin, en tant que réseau mondial CADTM, nous revendiquons notre engagement anticapitaliste, féministe, internationaliste et tenons à rappeler que dans le combat contre toutes les formes d’oppression, nous plaçons au cœur de l’action l’éducation populaire, la mobilisation, la désobéissance civile et l’auto-organisation des luttes.


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