Centre fermé 127bis : arrêtés pour avoir manifesté leur solidarité

2 mai 2011 par CNCD


Hier après-midi, soixante demandeurs d’asile déboutés par la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suède, ont embarqué contre leur gré dans un Airbus belge pour un retour forcé vers la République démocratique du Congo. Frontex, l’Agence européenne pour la gestion de la coopération aux frontières extérieures, a chapeauté l’organisation de cette opération de retour conjoint au départ de Melsbroek. Par le biais de ce type d’opération, plusieurs Etats membres renvoient vers un même Etat tiers des personnes originaires de celui-ci. Cette démarche s’inscrit dans la stigmatisation croissante des immigrés depuis que l’Union européenne est victime d’une crise économique et sociale dont les racines sont pourtant clairement financières.

C’est dans ce cadre qu’une trentaine d’activistes s’est enchaînée aux barrières du centre 127 bis de Steenokkerzeel, d’où ont été emmenées les personnes expulsées vers la RDC. Par cette action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
, ils exprimaient leur désaccord avec cette pratique indigne des renvois conjoints. Quelques heures plus tard, une bonne partie d’entre eux s’est retrouvée au commissariat de police, arrêtée par les forces de l’ordre. L’arrestation administrative des manifestants pose question quant au respect du droit à la liberté de manifestation. Le fait que la presse ait été tenue à l’écart du lieu de l’intervention ne fait que raviver ses préoccupations.

La Ligue des droits de l’Homme et le CNCD-11.11.11 rappellent l’interdiction absolue des expulsions collectives d’étrangers, prévue à l’article 4 du Protocole 4 à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Si le gouvernement belge se défend en soutenant qu’il s’agit, non pas d’expulsion collective, mais de mise en œuvre collective de décisions prises sur base individuelle, l’actualité récente nous montre à quel point la frontière entre les deux est ténue. La manière dont les Etats européens tentent de se débarrasser des quelques milliers d’étrangers fuyant la Libye et la Tunisie débarqués à Lampedusa depuis le début du printemps en constitue une preuve édifiante. C’est en outre une illustration inquiétante de la manière avec laquelle l’Union européenne gère de façon sécuritaire l’extraordinaire élan de liberté et de dignité qui s’exprime à ses portes dans les pays arabes.

Dans ce contexte, la LDH et le CNCD-11.11.11 ne peuvent que trouver légitime la démonstration de colère pacifique des manifestants et particulièrement attentifs à ce que la liberté de manifestation soit respectée à l’avenir. Il est inacceptable, dans le contexte de la crise financière internationale, de continuer à promouvoir une mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
fondée sur la liberté de circulation des capitaux spéculatifs et qui restreint sans cesse davantage la liberté de circulation des êtres humains.

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