Chili. Après plus de 6 mois de mobilisation de la jeunesse et face au retour du « pinochetisme », la solidarité internationale doit s’unifier pour s’intensifier !

24 novembre 2011 par France Amérique latine


Un mouvement social pour l’éducation fait trembler depuis maintenant plus de 6 mois le modèle néolibéral chilien. Un héritage empoisonné, géré -et parfois même perfectionné- durant les vingt dernières années, suite à la transition démocratique. Jusqu’au coup d’État de 1973, l’éducation publique de ce pays du Cône sud était connue pour sa qualité et gratuité. Désormais moins de 25 % du système éducatif est financé par l’État. Le reste est assumé par les familles : 70 % des étudiants doivent s’endetter et 65 % d’entre eux interrompent leurs études pour des raisons financières ou migrent vers l’Argentine. Et c’est la même logique que l’on retrouve dans tous les champs sociaux : santé, retraites, transports, médias, etc.

La rébellion de la jeunesse étudiante et lycéenne dévoile aussi le vrai visage de cette « nouvelle droite », incarnée par l’actuel président Sebastián Piñera. . Depuis des mois, l’exécutif a répondu par la répression aux légitimes revendications de gratuité, qualité, fin de la logique du profit et retour de l’État dans le système éducatif. Les actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
violentes de la part des carabiniers sont permanentes. On compte des centaines de blessés, des milliers d’arrestations et même le décès de Manuel Gutiérrez (14 ans) assassiné par la police, à balle réelle. L’esprit du « pinochetisme » s’affiche d’ailleurs encore toutes voiles dehors. En septembre dernier, le maire de Santiago, Pablo Zalaquett avait même suggéré l’intervention des forces armées pour empêcher les manifestations le jour de la commémoration du coup d’État... Et Cristián Labbé, maire de Providencia (Santiago) et ancien membre de la police politique du régime militaire (DINA), qui avait annoncé qu’il fermerait les lycées occupés, continue dans la surenchère : il vient de rendre un hommage officiel à l’ex général de brigade Miguel Krasnoff, qui purge actuellement une peine de 100 ans de prison pour atteinte aux droits humains, séquestration et assassinats de citoyens durant la dictature. L’une des proches conseillères du président Piñera a d’ailleurs souhaité « les meilleurs souhaits de réussite » à Labbé, en vue de ce sinistre hommage, avant d’être désavoué par sa hiérarchie, face au scandale suscité !

France Amérique Latine réitère tout son soutien aux luttes du mouvement étudiant et lycéen chilien, une mobilisation qui rencontre un large appui au sein de la population. Nous appelons à continuer rassemblements, informations et pétitions en France, et en Europe, afin de manifester activement notre solidarité en faveur de ce mouvement qui réclame une éducation publique, gratuite et de qualité, mais aussi l’assemblée constituante qui pourrait mettre -enfin !- un terme à celle établie sous Pinochet en 1980. Le gouvernement doit cesser immédiatement sa politique répressive contre les mouvements sociaux et mettre en place de véritables réformes structurelles, qui prennent pour axe les revendications démocratiques de la jeunesse. D’autre part, fidèles à notre engagement pour la justice, la vérité et contre l’impunité, nous dénonçons aux cotés des familles de victimes, des organisations sociales et de défense des droits de l’homme, l’hommage qui vient d’être rendu à l’un des nombreux criminels de la dictature, reconnu comme tel par la justice. Plus globalement, nous appelons à la plus grande vigilance sur les velléités de certains secteurs de la droite politique chilienne, alliés du gouvernement en place, qui cherchent -une fois de plus- à faire pression pour légitimer le terrorisme d’État et les meurtres du régime militaire, annonçant ainsi ouvertement de nouveaux objectifs en termes d’impunité, mais aussi de répression des luttes du peuple chilien.


Paris, le 23 novembre 2011




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