Chroniques d’un eldorado Balkanique : L’hydroélectricité met le feu aux poudres !

6 septembre


Une lectrice franco-serbe de lundimatin nous a fait parvenir une longue enquête sur les projets de barrages hydroélectriques dans les Balkans. Le verni écologique, « propre » et renouvelable sert de justification à ces projets souvent disproportionnés par rapport aux besoins locaux et qui dérèglent ou polluent fatalement les milieux dans lesquels ils sont réalisés. Politiquement, la division, la corruption, voire le « chaos » qui règne dans certaines régions a permis à nombre d’entreprises (mais aussi d’États) de faire passer des projets plus ou moins facilement (sans concertations locales ou en s’appuyant sur des études falsifiées). Malgré tout, de nombreuses personnes s’opposent, localement, à l’aménagement des territoires, public comme privé : on trouvera ici une précieuse cartographie des luttes qui essaiment pour se réapproprier les terres, les eaux et la production de l’énergie.

La poudrière des Balkans n’a jamais aussi bien porté son nom lorsqu’on voit les amas de poussière et les fumées environnant les nombreux ’chantiers de développement’ cautionnés (voire financés) par les organisations internationales. Qu’il s’agisse des mines de charbon qui intoxiquent l’air, les carrières de granulats ou d’argiles fines (comme le Kaolin) qui provoquent des affaissements de terrain ou encore les centrales hydroélectriques qui éventrent les cours d’eau, un spectacle de guerre semble se reproduire chez ceux que l’on a trop longtemps considérés comme des ’barbares nationalistes’.

Sans revenir sur les intérêts géopolitiques ayant conduit à la disparition sanglante de la Yougoslavie (dénoncée par de nombreux analystes tels que Noam Chomsky), il n’est pas abusif d’affirmer que la théorie du chaos y a rencontré un franc succès. Prises individuellement et affaiblies, les anciennes républiques représentent un réel eldorado énergétique pour les spéculateurs de tous pays.

Le phénomène touche toute la région traversée par le Danube. Les habitants ne sont pas dupes et il sera très difficile d’attribuer cet accaparement à des forces occultes ou encore au voisin jadis responsable de tous les maux.

Malgré les tentatives politiciennes pour raviver les haines nationalistes, les populations pourraient bien refuser le tango des années 90 et se liguer contre ceux qui entretiennent le feu de l’exploitation. Comme partout dans le monde, les gens ont envie de vivre, de vivre dignement, comme ils l’entendent et ne plus être les pions d’un jeu dont on leur dicte les règles !

Et contrairement à ce que prétendent les défenseurs de la « fin de l’histoire », le 20e siècle – commencé avec les attentats de Sarajevo et achevé après le siège de la ville en 1995 – n’a pas sonné le glas de la « fin des idéologies ». La « démocratie à l’occidentale » n’a pas gagné la majeure partie du globe ; « la pacification » n’a pas endigué les inégalités et n’a pas balayé toutes les valeurs et principes politiques qui en appellent à d’autres modes de vie.

Ainsi, la conflictualité du 21e siècle pourrait bien se jouer sur la scène Balkanique où des ONG et autres organisations pacificatrices se targuent d’avoir rétabli la ’stabilité’ si chère aux investissements lucratifs.

Depuis quelques années, les Balkans occidentaux ont vu pululer les constructions de petites centrales hydroélectriques. Rapidement, les populations ont constaté les effets néfastes sur leur vie quotidienne : assèchement des cours d’eau, baisse de la population piscicole, affaissements de terrains liés aux travaux de creusement...C’est la course aux investissements faramineux et irrationnels vu le potentiel solaire de la région ainsi que les opportunités liés à la foresterie.

Et aujourd’hui, c’est une ONG internationale et une entreprise capitaliste de sport outdoor qui sont sur le devant de la scène et entendent structurer la lutte contre ce phénomène (River Watch, Patagonia...). Mais que proposent-ils face à la corruption généralisée et à l’exploitation d’une main d’oeuvre bon marché, que font-ils contre les autres pollutions liées aux mines de charbon et face à l’accaparement des terres ? Rien !

C’est pourquoi et afin que les Balkans ne restent pas un territoire folklorique à road trips et autres festivals pour jeunes occidentaux en quête de rupture, d’authenticité ou de folie balkanique la « ZAD partout » doit s’exporter : soyons mobiles et solidaires ! Décuplons nos forces, réfléchissons à des moyens communs de lutte !


Exposé de la situation

Selon l’étude de l’ONG Balkan rivers [1] de 2017, près de 2700 centrales hydroélectriques pourraient être construites ces prochaines années sur les cours d’eau des pays des Balkans, dont le tiers dans des espaces protégés. Sur l’ensemble, plus de 1000 sont déjà en fonction et les nouveaux projets se développent à une vitesse impressionnante : on est ainsi passé de 60 en 2015 à 188 en 2017. De la Slovénie à la Grèce, certains parlent de réel « tsunami de barrages » [2] et certains pays sont plus concernés que d’autres : l’Albanie (81 projets en construction), la Serbie (30), la Macédoine (22) et la Bosnie Herzégovine (19).

Comme l’indique l’étude, le futur point chaud du problème sera en Serbie où ce sont quelques 826 centrales qui sont en projet [3] ! Ces investissements sont particulièrement irrationnels au vue des dizaines de milliers d’hectares de terres non cultivées en Serbie, sur lesquelles pourraient être développées des espèces ligneuses et buissonnantes utiles, telles que les saules Salix Viminalis dont les tiges d’osier sont utilisées pour la vannerie (comme le rappelle Dr Ratko Ristić, Doyen de la faculté de foresterie de Belgrade dans Politika, 2017).

C’est donc une véritable catastrophe écologique, alors que les écosystèmes aquatiques de la région sont parmi les plus riches d’Europe. Hormis la pauvreté et l’instabilité qui facilitent la ’stratégie du chaos’, cette situation s’explique également par des études de faisabilité baclées ou falsifiées (dénoncées par l’ONG Bankwatch) et une recrudescence de petites centrales (fournissant moins de 10 KW) ne nécessitant pas d’étude du tout (elles représentent 90 % des projets en contruction) [4] !

Carte des barrages existants (noir), en projet (rouge) et en cours de réalisation (jaune) dans les Balkans, en 2017.

Dirigeants politiques et entrepreneurs essaient de taire les méfaits de ces centrales pourtant dévastatrices sur le plan écologique et social en mettant en avant leur énergie « propre » car renouvelable.

« La nature et les espèces détruites ne sont pas renouvelables. Quand une rivière est bétonnée, la qualité de l’eau baisse, le niveau des eaux souterraines en aval du barrage chute alors que la côte, elle, est menacée par l’érosion en raison de la diminution de l’apport en sédiments. (...) De plus, l’hydroélectricité est vulnérable aux périodes de sécheresse, qui sont de plus en plus fréquentes. » [5]

Grâce à leur géographie montagneuse et à une moindre industrialisation (comparée à l’Europe occidentale), les Balkans possèdent une nature sauvage dessinée par des rivières impressionnantes : 69 espèces de poissons autochtones y vivent dont le saumon du Danube, en phase de disparition. Et récemment, en Albanie a été découvert une espèce de plécoptères et d’un poisson encore inconnus de la science.

Parallèlement, des experts en énergie observent que les projets de construction sont beaucoup trop importants par rapport aux capacités d’exportation énergétique dans la région [6]. Si tous les plans aboutissent d’ici 2024, la région aura un surplus de 56 % qui s’exportera très difficilement puisque beaucoup de pays de l’UE ont eux aussi un surplus.

Néanmoins, il ne s’agit pas de céder à la tentation démagogique du green waching : l’énergie est une question primordiale dans la région (qui dépend du pétrole et du gaz russe) et les centrales ont une place à tenir si elles respectent les impératifs essentiels à la vie (Slavica Stuparušić dans Politika, 2017). Mais au lieu de se focaliser sur les opportunités d’exportation vers l’UE, les pays non membres de l’UE devraient développer les ressources pour leurs propres besoins et arrêter de détruire les cours d’eau qui alimentent les habitants pour les cultures agricoles, la pêche et la consommation quotidienne (sans parler des affaissements de terrain provoqués par les bulldozers, pour lesquels la majorité des locaux ne peuvent pas être dédommagés ; ceux-ci n’ayant pas les moyens financiers de ’légaliser’ les terrains sur lesquels ils vivent depuis des générations – le droit coutumier fondé sur la tradition orale ayant souvent organisé les répartitions de terrain entre familles) !

Il existe une opacité autour des sources de financement [7] lorsque les projets sont financés par des banques locales ou lorsque les banques européennes de développement et d’investissement passent par des banques commerciales Banques commerciales
Banque commerciale
Banque commerciale ou banque de dépôt : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.
 : elles refusent tout simplement d’indiquer les projets concernés par ces prêts. Cela favorise le clientélisme - notamment au Monténégro et en Serbie où les concessionnaires sont des proches du gouvernement - ainsi que les rapports de corruption par lesquels les politiques locaux ferment les yeux sur la législation environnementale et immobilière ou n’informent pas les habitants des travaux à venir (dans certains cas, le nom de l’entreprise n’est même pas mentionné sur le lieu des travaux) [8].

Loin d’être l’apanage des dirigeants des Balkans, l’UE ne fait pas mieux car elle finance des barrages en zones protégées : « En 2015, nous avons constaté que la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) avait financé 21 projets dans des zones protégées ou valorisées au niveau international », affirme Igor Vejnovic de l’ONG Bankwatch-CEE.


La lutte s’organise peu à peu

Malgré les problèmes politiques et sociaux qui frappent les pays de la région, les mobilisations s’amplifient. La lutte des populations locales pour défendre leurs rivières a même fait reculer plusieurs barrages. En Bosnie sur la rivière de la Fojnička, les habitants (avec le soutien de l’association locale Eko udrugi “Gotuša”) ont occupé le chantier pendant près de 325 jours et ont ainsi obtenu l’arrêt des constructions, le non-renouvellement de la concession et l’accès public aux informations techniques.

À Tirana en Albanie, le tribunal administratif a donné raison aux militants et interrompu les travaux de l’un des plus importants barrages prévus sur la Vjosa. Également, la BERD s’est retirée du projet sur la Ombla, en Croatie et a suspendu le versement des 65 millions d’euros promis pour les gros barrages du parc Mavrovo en Macédoine, habritant ’le lynx des Balkans’ (après que les médias aient dénoncé cette mascarade !). Néanmoins, la mascarade continue pour les Macédoniens puisque les projets se sont reconvertis en une mulitplication de petits barrages !

D’après les médias (notamment serbes et sur Al Jazeera Balkans), c’est en Bosnie Herzégovine que la lutte semble la plus importante et la plus organisée [http://rijekebih.org] ce qui occasionne des violences policières [9]. À Vitez, sur la rivière de Kruščica, les habitants - majoritairement des femmes - ont bloqué les travaux pendant 3 mois jusqu’à ce que les forces spéciales les délogent à coup de matraque, de pieds et des arrestations musclées suivies de séjours à l’hôpital et d’amendes salées. Pour les aider, le centre local pour l’environnement a lancé un appel international de soutien aux femmes de Kruščica [10] qui continuent l’occupation 24 heures sur 24 depuis déjà 200 jours !

Étonnamment, la lutte s’organise aussi par le biais de l’entreprise californienne Patagonia qui a réalisé un film intitulé « Save the blue heart of Europe ». Défendant un activisme écologique, elle développe des outils de militantisme ’par le bas’ (tools for grass roots communities [11]). Celle-ci est reconnue comme leader de la tendance du ’capitalisme responsable’ : elle emploie 1300 personnes, fait 267 millions de dollars de chiffre d’affaires (chiffres 2006, dans Le Courrier International) et ses produits hors de prix n’utilisent que du coton bio. Dans le cadre de son action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pour les rivières des Balkans, des séminaires sont organisés autour d’un activisme pacifique et regroupe des personnes utilisant gaiement Mac et autres iPhone, symbole d’une Californie capitaliste ’cool’ qui réussit ! Entendons nous, cela ne l’empêche pas d’utiliser une main d’œuvre bon marché (ses usines se trouvent au Sri Lanka en en Chine, sauf une qui est domiciliée à Los Angeles !). * Bande annonce du film : https://blueheart.patagonia.com/intl/fr/

Même s’il est compréhensible que les militants fassent appel à cette boîte capitaliste aux moyens astronomiques, il serait plus sérieux que les combats soient replacés dans un contexte général d’exploitation humaine et ne soient pas dépolitisés ! Les problèmes d’accaparement des ressources dans les Balkans - comme ailleurs - ne se limitent pas aux rivières et aux espaces utilisables par les accros de sports outdoor !

Alors que les ONG semblent se focaliser sur la Bosnie, la mobilisation commence à prendre de l’ampleur en Serbie et cela sans aide internationale. L’exemple le plus probant de cette lutte se trouve dans le parc national de Stara Planina (’la vieille montagne’) à l’Est de la Serbie, où les mesures légales de protection n’ont pas empêché les engins de commencer les travaux. Aux portes de l’Union Européenne, dans cette région frontalière avec la Bulgarie, culmine le sommet le plus haut de Serbie (Midžor 2169m d’altitude).

Comme le montrent les photos, les eaux rouges de la rivière Temska s’écoulent en cascades interminables sur des dizaines de kilomètres, faisant du paysage un décor parfait pour film de science fiction.

Parti d’une mobilisation sous forme de prière collective pour défendre leur rivière [12], le mouvement prend aujourd’hui de l’ampleur : un groupe facebook de 35 000 membres appelle à une manifestation le 2 septembre au centre de Pirot, la municipalité de rattachement. Les habitants refusent de devenir des « réfugiés écologiques ». Loin des clichés nationalistes, ils s’inspirent de la lutte menée en Bosnie Herzégovine et la citent en exemples sur leur page facebook)

Dans la vallée de Temska, le conflit dure depuis 15 ans lorsqu’en 2004, le ministère de l’écologie et de l’exploitation minière décide d’alimenter le barrage de Pirot avec les chutes d’eau de la vallée, pour augmenter les profits de l’entreprise publique EPS (la même qui gère les mines de charbon de Kolubara). Néanmoins, le tribunal administratif a fait stopper les travaux du tunnel qu’EPS avait commencé sans autorisation de la mairie ni consultation de la population (ci-dessus les habitants réunis autour des autorités locales). Ici, la majorité des gens vit de l’agriculture et a besoin de cette eau pour l’exploitation agricole et la pêche. Loin d’être des pécors sans culture (seljaci en serbe), comme voudraient le faire croire les hommes politiques, ils veulent un ’tourisme respectueux’ de leur vie et un ’développement autogéré afin de transmettre ce patrimoine naturel aux générations à venir’ (selon leurs mots).

Vidéo d’une manifestation : http://balkans.aljazeera.net/video/borba-za-spas-rijeke-temske

Ce projet d’alimentation du barrage de Pirot n’en est qu’un parmi d’autres dans la Stara Planina et quelle que soit l’origine des investisseurs (publics ou privés), les gens se battent pour défendre leurs rivières. Exemple à Babušnica où les 200 familles ont signé une pétition contre les travaux de creusement d’une microcentrale ayant commencé à détruire l’unique route, construite de leurs propres mains [13]. Pour ce qui est de la reconstruction de la route, hommes politiques et entrepreneurs privés se renvoient la balle, un accord étant soi-disant prévu dans ce sens.

D’Est en Ouest, c’est le même combat, la même rengaine, comme le montre le cas de Zlatibor à l’Ouest du pays, partie très touristique, en plein développement autour du ski et où l’on se vente d’avoir le plus long téléphérique du monde (sources Blic, Politika, Srpki telegraf...). Ici, en octobre 2017, s’est tenue une manifestation organisée par un collectif d’habitants (’VoLim ne dam’ signifie ’Jaime, je ne donne pas’) a réuni plus de 1000 personnes contre un projet financé par le beau-frère du président actuel Aleksandar Vučić (ancien ministre de l’information de Milosević) [14].

Les enfants tiennent des banderoles ’stop à la mafia’

Dans un pays où la classe politique est autant marquée par des affaires de corruption, nombre d’activistes refusent toute appartenance politique et mettent en avant leur auto-organisation. C’est le cas des trois personnes ayant tenu le micro pendant cette journée (une étudiante en art dramatique Gala Šalipur, un jeune juriste Mladen Stiković – tous deux en second plan ci-dessous ; ainsi qu’un psychologue Saša Bjelić -au premier plan).

Comme d’habitude, l’histoire semble se répéter : une procédure légale non respectée, une détérioration de l’environnement local (baisse des cours d’eau, augmentation/stagnation du brouillard de pollution aggravant les cas de maladies respiratoires, influence des topoclimats sur la pollution de l’air, etc.) et des dirigeants malveillants. Les activistes locaux dénoncent le jeu des « puissants », des « cowboys » du capitalisme (selon leurs mots) qui prétendent des retombées locales alors que la ville n’aura aucun bénéfice de cette centrale puisque le site de Potpeć les fournit déjà suffisamment. Hormis les manifestations, des procédures légales auprès du tribunal administratif sont en cours, pour contester la véracité des documents que l’État a fourni aux investisseurs.

À Zlatibor comme ailleurs, la révolte a besoin de moyens (affiches et toute autre logistique pour l’organisation d’événements, soutiens financiers pour payer les amendes, les jours non travaillés...). C’est pourquoi des collectes de dons doivent être mises en place lors de concerts et autres rassemblements festifs sans oublier que notre présence sera éventuellement nécessaire pour bloquer l’accès des bulldozers et autres pelleteuses aux chantiers de construction ou tout simplement pour échanger sur les techniques d’actions directes et de blocage. N’oublions pas que l’histoire de la Yougoslavie est marquée par la répression des forces dissidentes (aussi bien sous Tito que sous Milosević, pour n’évoquer que la Serbie) et que cela laisse des traces dans les esprits des populations. Il y a un besoin urgent de redonner confiance en l’action collective et de soutenir ceux dont la peur conduit à la paralysie.

On ne peut pas abandonner des territoires et des peuples entiers, aux mains d’un capitalisme avide de ressources énergétiques surtout lorsqu’ils sont à nos portes et que nos entreprises sont responsables du chaos ! Sans revenir sur le rôle de la communauté internationale dans l’explosion de la Yougoslavie ni sur la diabolisation du peuple serbe (partagée quasi unanimement par les milieux de gauche à l’époque), il faut tout de même rappeler un fait lourd de conséquences. Les bombardements de l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
contre la Serbie en 1999 (78 jours de l’opération “Ange de la charité”) et l’utilisation d’uranium appauvri (pénalement condamnable par la Convention de Genève) a contribué à faire du pays le champion d’Europe du taux de mortalité par cancer [15] ! Cette situation a été aggravée par la mauvaise gestion du problème par les autorités serbes de l’époque.

Sans chercher à désigner un coupable unique et loin de tout manichéisme, on assiste plutôt à un macabre partenariat entre les dirigeants des deux pays (pour ne parler que des français et des serbes). Dans le cas de l’industrie du charbon notamment, autorités locales et entreprises étrangères marchent main dans la main pour développer un sale business, digne des romans de Zola.

Car c’est bien EDF à travers sa filiale italienne Edison (détenue à 99%) qui a soutenu l’aggrandissement de la mine de charbon de Kolubara en Serbie – mine qui fournit la moitié de l’électricité du pays (source image, article de Libération, 2013) [16]. C’est d’ailleurs une fierté française, comme le montre l’article posté sur le site de l’Ambassade de France en Serbie : https://rs.ambafrance.org/Mission-Energie

Réel fléau pour toute la région des Balkans, ce minerais responsable des fumées épaisses qui dessinent les paysages et surtout des taux de mortalité accrus oblige aussi les habitants à fuir leurs villages parfois détruits par l’activité d’extraction. Mais ne vous y trompez pas lorsque vous lisez les rapports sur le sujet, la novlangue utilisée par EDF ne dit pas « charbon », mais « thermique fossile hors gaz ». Et oui, le charbon a mauvaise presse alors tandis qu’ EDF ferme ses centrales à charbon en France (dix centrales arrêtées depuis 2013), elle « fume chez les autres » [17].

Malgré les enjeux économiques, les habitants sont conscients des risques et des militants écologistes se battent pour changer la situation. Dans toute la région des cris s’élèvent comme au Monténégro à Pljevlja (proche de la frontière avec la Serbie) où Milorad Mitrović (ONG Breznica) a déjà été poursuivi 107 fois pour ses actions d’occupation et autres [18].

Au Monténégro comme ailleurs dans les Balkans, ne laissons pas les territoires aux mains d’un capitalisme dévastateur et d’un tourisme de masse puant ! Donnons- nous les moyens de leur venir en aide comme certains savent le faire, parcourant en camion ou en stop leurs routes et partageant leur sens de l’humour, leur musique, leur nourriture et leur fameuse Rakija.

Loin de moi les jugements hâtifs mais n’utilisons pas ces chemins et les gens qui y habitent pour nos rites de passage. Ne soyons pas les clichés de nous-mêmes...



Source : Lundi matin

Notes

[1’Les rivières des Balkans au risque des barrages : alertez les poissons !’, in Courrier des Balkans, Correspondance particulière par Nikola Radić, samedi 30 juin 2018 https://www.courrierdesbalkans.fr/Balkans-des-especes-rares-de-poissons-en-voie-de-disparition

[6’Velika rasprodaja rijeka Balkana’, 2. januar ’16, Discussion : Marina Kelava, Pippa Gallop (de Bankwatch) http://kontra-punkt.info/magazin/velika-rasprodaja-rijeka-balkana

[7Europske banke financiraju uništavanje prirode preko malih hidroelektrana, 20.12.2017, sur http://www.h-alter.org/vijesti/europske-banke-financiraju-male-hidroelektrane-koje-prijete-ekoloski-vrijednim-podrucjima-na-balkanu (sources Bankwatch i EuroNatur)

[8’Velika rasprodaja rijeka Balkana’, 2. januar ’16, Discussion : Marina Kelava, Pippa Gallop (de Bankwatch) http://kontra-punkt.info/magazin/velika-rasprodaja-rijeka-balkana

[9TRI MESECA VODE BORBU Meštani Kruščice protive se gradnji mini hidrocentrala, https://www.blic.rs/vesti/republika-srpska/tri-meseca-vode-borbu-mestani-kruscice-protive-se-gradnji-mini-hidrocentrala/b07cv8g
reportage sur Aljazeera Balkans, 30.10.2017 (sur youtube :https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=cAc4sK1ALas)

DRAMA KOD VITEZA Intervenisali specijalci, iz N1, 24.08.2017 (http://ba.n1info.com/a181081/Vijesti/Vijesti/Drama-kod-Viteza-Intervenisali-specijalci.html)

[12’Ekološki zločin Vučićevog ministarstva na Staroj Planini ! Molitva za spas Toplodolske reke’, Posted on 10/07/2017, Author Redakcija Jutarnji GLASnik.

[13Meštani sela Rakita brane lokalni put i reku od investitora, |09.09.2017, Gordana Bjeletic http://rs.n1info.com/a316794/Vesti/Vesti/Mestani-sela-Rakita-brane-lokalni-put-i-reku-od-investitora.html

[14Veliki protest protv hidrocentrale, Pribojci poručili : Ne damo Lim, 15.10.2017.

https://www.blic.rs/vesti/srbija/veliki-protest-pritv-hidrocentrale-pribojci-porucili-ne-damo-lim/2w12s99

[15Serbie : les conséquences des bombardements à l’uranium appauvri , Décembre 2006

http://www.sortirdunucleaire.org/Serbie-les-consequences-des

Traduction : Perso Aligrudic - Paru dans le Journal Serbe DANAS (27 septembre 2006)

[16Kolubara, mine serbe sur du charbon ardent, Par Amandine Cailhol, Envoyée spéciale en Serbie — 30 décembre 2013 http://www.liberation.fr/terre/2013/12/30/kolubara-mine-serbe-sur-du-charbon-ardent_969808