Répondre aux « Questions qui piquent sur la dette et l’austérité »

Comment éviter de se ré-endetter après une annulation ?

Question 8

20 mai par CADTM Belgique , Jérémie Cravatte

CC - Josef Grunig

Au CADTM, on sait trop bien ce que c’est d’être flippéE, voire découragéE, par toutes ces questions sur lesquelles on sèche. Du coup, inspiréEs par nos meilleurEs piqueurs et piqueuses (notre famille, nos potes, le pizzaiolo d’en face, les gens que l’on rencontre en animation), le CADTM Liège a organisé plusieurs sessions d’élaborations collectives d’éléments de réponse à ces piques (qu’elles soient d’ordre technique ou plus « politique »).

Ce travail a engendré une brochure que vous pouvez retrouver en entier ici.

Comment éviter de se ré-endetter après une annulation ?

Tout d’abord, posons-nous la question : est-ce vraiment un problème de s’endetter si cela ne profite pas à une minorité privilégiée et que la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
n’est pas utilisée comme un outil de domination ? Il n’y a pas de raison de ne jamais vouloir s’endetter, au contraire, cela peut servir l’investissement (dans la transition écologique par exemple) si cela se fait sans condition (il faut éviter le recours au FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, à la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, aux banques privées etc.), sans usure, taux d’intérêts variables, etc. On peut aussi essayer de mettre en place de réelles « intégrations régionales » où les régions (communes, provinces, pays...) s’aident et se financent mutuellement (pas comme la banque des BRICS, par exemple, mais plutôt sur le modèle de la Banque du Sud qui n’a malheureusement toujours pas vu le jour).

Ensuite, il existe de nombreuses autres pistes pour éviter de s’endetter énormément :

- On peut augmenter les recettes en modifiant l’imposition actuelle et faire en sorte que les ménages les plus riches et les plus grandes entreprises paient davantage d’impôts.

- On peut diminuer – voire supprimer – les dépenses inutiles ou néfastes (comme la corruption, les grands projets inutiles et imposés, la publicité ou encore l’armement).

- On peut aussi modifier son économie pour, notamment, diminuer le besoin d’importations. Il s’agit bien entendu d’une question très différente en fonction du pays/de l’économie dans laquelle on se trouve.

Pour éviter de retomber dans le piège du surendettement, on peut aussi :

- Interdire la socialisation de dettes d’entreprises privées (comme l’Équateur l’a inscrit dans sa Constitution).

- Plafonner le service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. (c’est-à-dire le remboursement annuel des intérêts et du capital) à une partie maximale du budget annuel ou des exportations annuelles. Par exemple, il avait été décidé après la seconde guerre mondiale que les remboursements de l’Allemagne ne pourraient dépasser 5% de ses revenus d’exportation.

Enfin, il faudrait un audit citoyen permanent, une sorte de contrôle populaire des comptes publics et de leur utilisation.

En définitive, la dette ne peut pas être pensée en dehors du modèle économique et politique en place. Elle est actuellement utilisée comme outil de domination et en fait partie. Pour sortir du « système dette » (et de toute dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
, publique comme privée) il faut supprimer ce qui la produit : le profit, c’est-à-dire l’accaparement par dépossession, inhérent au système de production et de financement capitaliste.


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Auteur.e

Jérémie Cravatte

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