Communiqué sur la quatrième Ligne de précaution et de liquidité accordée par le FMI au Maroc

26 décembre 2018 par ATTAC/CADTM Maroc


Le 17 décembre, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international a approuvé un accord avec le Maroc au titre de la Ligne de précaution et de liquidité d’un montant de 2,7 milliards de dollars sur 24 mois [1]. Il s’agit du quatrième accord en six ans, le premier en août 2012 de 6,2 milliards de dollars, le deuxième de 5 milliards de dirhams en juillet 2014 et le troisième de 3,5 milliards en juillet 2016. Le Maroc n’a utilisé aucune de ces lignes qui ont occasionné des coûts estimés à 720 millions de dirhams.

La Ligne de précaution et de liquidité Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
montre la dépendance et la fragilité structurelles de l’économie marocaine

La Ligne de précaution et de liquidité a été mise en place par le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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en 2011 pour accroître la capacité de répondre aux besoins de liquidité en devises des pays membres vulnérables aux fluctuations de l’économie mondiale. En effet, le Maroc risque d’être confronté à une hausse du prix du pétrole qui représente une part importante de ses importations, à une baisse des prix de ses principales exportations sur les marchés internationaux et plus particulièrement européens (produits agricoles, de la pêche, et miniers comme les phosphates), à une baisse des transferts des Marocains résidant à l’étranger, des recettes touristiques ou des investissements directs étrangers, etc.

Une Ligne de précaution et de liquidité pour faciliter de nouveaux prêts sur le marché financier Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
international

Cette ligne constitue donc une réserve de devises qui peut être utilisée en cas de dégradation grave de la balance des paiements Balance des transactions courantes
Balance des paiements
La balance des transactions courantes d’un pays ajoute à la balance des biens et services la balance des transferts unilatéraux, concernant des biens ou services importés ou exportés sans rétribution apparente : dons, subventions, envois d’argent à l’étranger par des travailleurs immigrés, etc. Le solde, appelé solde des paiements courants, traduit la position financière d’un pays par rapport au reste du monde.

Un pays disposant d’un excédent de ses paiements courants est un pays prêteur vis-à-vis du reste du monde. Inversement, si la balance d’un pays est déficitaire, ce pays devra se tourner vers les prêteurs internationaux afin d’emprunter pour ses besoins de financement. La balance des opérations en capital, dont le solde est l’opposé du solde des paiements courants, vient boucler la balance des paiements, qui est donc, par définition, équilibrée.
. Elle augmente ainsi la confiance dans la stabilité de l’économie marocaine afin d’accueillir les investisseurs étrangers et les garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). de remboursement du pays, ce qui facilite sa sortie sur le marché financier international pour de nouveaux prêts. Le Maroc a commencé son émission sur le marché financier international en 2007, empruntant un demi-milliard d’euros, puis 1 milliard d’euros en 2010, 1,5 milliard de dollars en 2012, 750 millions de dollars en 2013 et 1 milliard d’euros en 2014. Il prévoit une nouvelle émission en 2019 autour d’un milliard d’euros ou de dollars. La ligne de précaution et de liquidité servira aussi à alléger les craintes des agences de notation Agences de notation Les agences de notation (Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch en tête) sont des agences privées qui évaluent la solvabilité et la crédibilité d’un émetteur d’obligations (État, entreprise). Jusqu’aux années 1970 elle étaient payées par les acheteurs potentiels d’obligations, depuis la libéralisation financière la situation s’est inversée : ce sont les émetteurs d’obligations qui rémunèrent les agences pour qu’elles les évaluent... Reconnaissons leur qualité de travail : c’est ainsi que Lehman Brothers se voyait attribuer la meilleure note juste avant de faire faillite. internationales face aux déséquilibres financiers majeurs dont souffre le budget du Maroc.

La ligne de précaution et de liquidité à la condition d’accélérer le rythme des réformes libérales

Le communiqué de presse du FMI énumère les conditions d’accès à cette ligne : accélération du rythme des réformes libérales dans les domaines de l’investissement, l’amélioration du climat des affaires, la fiscalité, le secteur financier, la flexibilité du taux de change, l’éducation et la flexibilité du travail. Le FMI exige l’accélération des réformes structurelles en cours pour approfondir l’ouverture et le « libre-échange », démanteler le système douanier, créer des zones franches, privatiser les établissements et les services publics, élargir les incitations fiscales au profit des multinationales et du grand capital local, démanteler le système de compensation, réduire ou geler les budgets des secteurs sociaux (éducation, santé et logement), généraliser les contrats à durée déterminée dans la fonction publique, etc.

Approfondir l’endettement public et faire supporter le remboursement aux couches populaires et aux salarié-e-s

Ces réformes libérales facilitent le transfert de richesse et de capitaux par les grands capitalistes étrangers et locaux aggravant le déficit budgétaire et donc le recours à l’endettement et les coûts élevés qu’il implique. À la fin 2017, la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique du Maroc s’élevait à environ 900 milliards de dirhams (environ 82 milliards d’euros), le service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. à 149 milliards de dirhams, alors que le budget de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ne s’élevait qu’à 54 milliards de dirhams, celui de la santé à 14 milliards de dirhams, et l’investissement public à 64 milliards de dirhams. Le coût de la dette est largement supérieur aux budgets sociaux et freine tout développement social et humain réel. Les couches populaires et les salarié-e-s supportent le fardeau de son remboursement à travers les politiques d’austérité, de pauvreté, de gel des salaires, de chômage, de marginalisation, etc. qui sont imposées par des institutions et un parlement qui ne représentent pas la volonté des populations. La dette publique, ATTAC CADTM Maroc l’a toujours souligné, n’est pas seulement un prêt qui doit être remboursé [2] . C’est un système d’oppression, d’asservissement de notre peuple et de pillage généralisé de ses richesses par le grand capital local et étranger. D’où notre revendication d’abolition de la dette publique intérieure et extérieure, ce qui signifie essentiellement recouvrer notre souveraineté populaire et alimentaire et la coupure avec les centres de décision étrangers : Institutions financières internationales, Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
et les puissances impérialistes.

Dans ce contexte, ATTAC CADTM Maroc :

- refuse la ligne de précaution et de liquidité qui hypothèque l’avenir du Maroc et de ses populations par les conditionnalités draconiennes du FMI ;
- condamne les politiques d’austérité et les réformes structurelles imposées aux couches populaires et aux salarié-e-s pour satisfaire les centres de décision étrangers ;
- réitère sa revendication de suspendre le remboursement de la dette publique jusqu’à ce qu’un audit citoyen de cette dette soit réalisé pour déterminer sa part odieuse et illégitime et procéder à sa répudiation ;
- lance un appel aux organisations militantes pour s’apposer à l’offensive actuelle menée contre les droits sociaux et économiques des classes populaires.

Secrétariat national

La version arabe du communiqué.



ATTAC/CADTM Maroc

membre du réseau CADTM, l’Association pour la Taxation des Transactions en Aide aux Citoyens au Maroc (ATTAC Maroc) a été créée en 2000. ATTAC Maroc est membre du réseau international du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) depuis 2006 (devenu Comité pour l’abolition des dettes illégitimes depuis juin 2016). Nous comptons 11 groupes locaux au Maroc. ATTAC veut être un réseau aidant à l’appropriation par les acteurs engagés dans l’activité sociale, associative, syndicale et plus largement militante des enjeux de la mondialisation sur les problématiques de résistance sociale et citoyenne.
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