Compte rendu CADTM du Séminaire des Mouvements Sociaux / Dakar / 5-7 novembre 2010. Rapport narratif et bilan synthétique

4 décembre 2010 par Olivier Bonfond , Mimoun Rahmani , Vanessa Jarlot


I ) Rapport narratif

II) Bilan synthétique

1.Contexte du séminaire

2.Bilan logistique du séminaire

3.Bilan politique du séminaire

I ) Rapport narratif

Après Bruxelles en septembre 2006 et São Paulo en janvier 2010, Dakar a abrité le 3e séminaire des mouvements sociaux du 5 au 7 novembre 2010. Une centaine de délégué(e)s représentant une cinquantaine d’organisations venant du monde entier ont pris part à ce séminaire. A noter : la présence de Samir Amin de l’Egypte, de PK Murthy de l’Inde, de Gus Massiah de France et bien d’autres militants de l’Europe, des Etats Unis, de l’Amérique du Sud, de l’Asie et de l’Afrique, avec une forte participation des mouvements sociaux sénégalais (syndicats, banlieues, femmes, agriculteurs, migration, …).

Après un mot de bienvenue du directeur de l’EBAD où la rencontre a eu lieu, et le rappel par Mamadou Diop Castro (CADTM Sénégal) des enjeux et objectifs du séminaire, le séminaire a débuté par un rappel historique de la dynamique du Forum social mondial (FSM). Josie Riffaud de la confédération paysanne (Via Campesina), est revenue sur les événements qui ont précédé le FSM dès le début des années 1990. Elle a soulevé au passage les problèmes qui ont marqué les FSM, en particulier celui de Nairobi en 2007 en termes de marchandisation et de militarisation qui ont été tant critiqué par les mouvements sociaux.

Olivier Bonfond du CADTM est, quant à lui, revenu sur l’historique et les perspectives du processus de l’Assemblée des mouvements sociaux (AMS). Il rappelle que l’AMS, telle que définit par le premier séminaire des mouvements sociaux, est « une coalition de différents mouvements ayant des objectifs régionaux et nationaux spécifiques mais qui, ensemble, veulent lutter à l’échelle mondiale contre le capitalisme dans sa phase néolibérale, impérialiste et militaire, contre le racisme et contre le patriarcat. Il se veut un espace ouvert à tous ceux et toutes celles qui luttent, dans leur diversité. » L’AMS est de ce point de vue un processus et non un événement, elle a pour objectif de renforcer la lutte contre la globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
capitaliste. [http://www.cadtm.org/Historique-et-perspectives-du]

Ces deux premières présentations on été suivi d’un débat qui a posé, entre autres questionnements, la nécessité de définir ce qu’est un mouvement social et ce que sont les luttes sociales. Ce questionnement est revenu à plus d’une fois et a été l’objet de débats au sein des groupes de travail. Une réflexion là-dessus sous forme d’analyse écrite s’avère importante et utile. Un point de départ pourrait être de définir ce qu’un mouvement social n’est pas.

Dans un deuxième temps, le séminaire s’est concentré sur l’analyse de la conjoncture internationale en tentant de répondre à deux questions :

1 : comment évolue la crise globale et l’offensive capitaliste ?
2 : comment évolue la réponse des mouvements sociaux face à cette offensive ?

L’analyse de la conjoncture internationale a mis en évidence que la reprise de la croissance à l’échelle internationale suite à la crise mondiale reste fragile et est accompagnée d’une précarisation sociale qui risque de replonger le monde dans une nouvelle crise à court terme. Face à cette offensive capitaliste des résistances existent mais celles-ci ne sont pas à la hauteur des attaques. Malgré certains discours, l’Afrique est durement touchée. L’impérialisme et la domination sous ses multiples formes persistent

Mimoun Rahmani d’ATTAC/CADTM Maroc complète par les spécificités de l’Afrique du Nord où, du point de vue politique, les régimes en place sont autoritaires avec des présidents à vie et des constitutions taillées sur mesure, ainsi que des élections le plus souvent truquées et falsifiées. A noter également l’existence de pratique d’esclavagisme en Mauritanie.

Coté économique, les gouvernements appliquent à la lettre les recommandations des IFIs (dégradation des services publics, poursuite du processus de privatisation, cherté de la vie, endettement…). La Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
est derrière chaque politique.
Sur le plan social, face à un mouvement syndical affaibli et divisé, se développent de nouvelles actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
collectives, le plus souvent spontanées, des populations et, parfois, conduites et/ou encadrées par les mouvements sociaux. Ces mêmes mouvements sont systématiquement réprimés et criminalisés. Face à ces attaques, le renforcement de la solidarité internationale s’avère plus que jamais important et nécessaire.
Ana Maria Prestes (OCLAE Brésil) relate la situation en Amérique du Sud et met l’accent sur les tentatives de déstabilisation politique, avec le coup d’état au Honduras ou la tentative du coup d’état en Equateur. Elle met également en évidence le processus de militarisation de toute la région avec en particulier une intensification des bases militaires américaines (exemple de la Colombie). Elle pense tout de même que le Brésil peut jouer un rôle important pour mesurer la température politique dans toute la région (en faisant allusion aux dernières élections ayant conduit Dilma Roussef à la présidence), et qu’une intégration Sud Sud s’impose.
Pk Murthy (Forum Mondial des Alternatives - Inde) traite de la situation en Asie et s’attarde à son tour sur les effets de la domination impérialiste à tous les niveaux, en particulier sur le plan social marqué par plus de pauvreté et de précarisation ainsi que des catastrophes naturelles qui n’en finissent pas à cause justement du modèle capitaliste productiviste.
Confirmations de Michael Guerrero (Grassroot Global Justice – USA) qui précise qu’avec l’élection de Barak Obama, considérée comme une victoire du peuple, le projet impérialiste se poursuit et de nouvelles bases militaires sont implantées partout dans le monde.

Quant à la situation dans le vieux continent, souligne Claude Quemar du CADTM France, elle est marquée sur le plan économique par une augmentation de plus en plus importante de l’endettement, essentiellement causé par le sauvetage des banques et les cadeaux faits aux riches ces deux dernières décennies. L’UE invite les Etats à prioriser le sauvetage des banques et à renforcer les politiques d’austérité.
En somme, les analyses des différents intervenants sur la conjoncture mondiale montrent que les populations vivent, bien qu’à des rythmes et intensités différents les mêmes problèmes et la même domination du capital. Les résistances aux politiques antisociales existent mais ces résistances ne sont pas à la hauteur et il va falloir s’organiser mieux. Comme disait Claude Quemar il y a des contradictions internes de classes que ce soit au Nord ou au Sud. D’où l’importance du FSM à Dakar et d’où la nécessité de la coordination et l’articulation des mouvements sociaux. Point qui a été justement abordé dans le cadre des groupes de travail.

Il ressort de ces premiers débats en ateliers que les mouvements sociaux restent divisés et donc faibles, et qu’il va falloir unifier les luttes avec une perspective révolutionnaire sur des bases anticapitalistes. D’où, comme première étape, la nécessité de partager les expériences, de visibiliser les mouvements, d’articuler et d’ordonner les luttes locales et de les renforcer à travers des coordinations nationales, continentales et enfin mondiales.
Le problème d’identité a été soulevé et il s’avère utile d’avoir une charte (plate forme) des mouvements sociaux au niveau mondial ou africain. S’impose également l’idée d’un slogan unifiant toutes les luttes « contre la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
capitaliste ». Pour cela le FSM doit être un catalyseur de luttes, un espace de construction d’un mouvement social fort et unifié. Il est aussi impératif de consolider la solidarité internationale pour protéger les militants qui luttent.

Un débat a eu lieu par la suite en plénière sur les avancées de la préparation du FSM de Dakar, et les participants n’ont pas caché leurs inquiétudes en particulier par rapport à la logistique et aux frais d’inscription :
- Les problèmes des visas et des tracasseries douanières pour le passage des caravanes transitant les différentes frontières entre pays africains ;
- Les frais très chers des visas dans des pays en Afrique (71 Euros au Burkina Fasso) et les prix élevés des billets d’avions.

Les membres du comité d’organisation sénégalais présents ont tout de même rassuré les participants en précisant qu’il y aura des facilités au niveau du Sénégal, et les frais d’inscription seront très abordables (entre 200 (0,25€) et 350 francs CFA pour les sénégalais et 3500 (5€) pour les africains) voire même gratuits pour les étudiants et les paysans ; voir le détail des frais d’inscription ici : http://fsm2011.org/fr/frais-de-participation-0. Pour l’hébergement, la priorité est donnée aux centres d’accueil avec possibilité de négocier des réductions au niveau des hôtels.
Le séminaire attaque par la suite la préparation de l’AMS du FSM de Dakar dans le cadre des groupes de travail en 3 ateliers. Les conclusions de ces travaux peuvent être résumées ainsi :
- L’AMS est définit comme étant un espace de luttes et de constructions d’actions en commun. Elle a pour objectifs de faire converger les luttes et de les rendre plus visibles, et de définir un agenda commun de mobilisations et d’actions ;
- Partant des expériences précédentes, en particulier celles de Nairobi et de Belém, l’AMS de Dakar devra être une assemblée populaire et massive ;
- Pour cela il faudra identifier les luttes locales, nationales et régionales pour les visibiliser, et les mouvements sociaux devront s’approprier le processus du FSM ;
- Définir les thématiques clés et réaliser un travail avant le FSM pour bien préparer l’AMS
- Travailler dans le sens de l’articulation entre le FSM et l’AMS qui n’est pas encore tout à fait clair ;
- Renforcer les dynamiques des quartiers et des banlieues ;
- Vulgariser l’AMS pour la distinguer du FSM.
- Penser à un slogan unificateur ;
- Encourager l’utilisation des langues locales ;
- Mettre en place un groupe de facilitation dont le rôle consiste à préparer activement l’AMS de Dakar ;
- Rédiger une charte (ou plate forme) des mouvements sociaux africains ; qui retrace les orientations sur ce que font les mouvements sociaux et ce qu’ils veulent ;
- Rester vigilant par rapport à l’Assemblée des Assemblées : ne pas casser la dynamique de l’AMS. L’AMS est prioritaire et devrait être la dernière activité du FSM.

Enfin des décisions importantes ont été prises, en particulier la mise en place d’un groupe de facilitation des mouvements sociaux, de donner une place adéquate à l’AMS au FSM, et programmer l’AMS à la fin des activités du FSM de Dakar après les assemblées thématiques.
Une déclaration finale a été également adoptée [http://www.cadtm.org/Rapport-du-Seminaire-des].
Un agenda d’actions a été discuté pour 2011 mais celui-ci devra être complété en février à Dakar lors de l’AMS que tout le monde s’est accordé à dire qu’elle devra être populaire et massive.

II) Bilan synthétique

1.Contexte du séminaire

La réalisation de ce séminaire est la concrétisation de plusieurs décisions :
- Janvier 2010 - São Paulo : deuxième séminaire mondial des mouvements sociaux
- Mai 2010 – Dakar : Réunion de préparation du séminaire

Rajoutons également que ce séminaire s’est inscrit dans une série de rencontres visant la préparation du FSM Dakar 2011 :
- Du 5 au 7 novembre : séminaire des mouvements sociaux
- Le 8 novembre : Conseil Africain
- Le 9 novembre : séminaire international sur les enjeux du Forum Social Mondial 2011
- Le 10 et 11 novembre : Conseil International du FSM

2.Bilan logistique du séminaire

Un interprétariat militant bénévole et d’une qualité irréprochable  : la présence militante et bénévole d’une équipe de 7 membres du réseau Babels a permis de traduire l’entièreté des interventions en trois langues (anglais, français, espagnol).

Un lieu gratuit mais pas idéal  : Le séminaire s’est déroulé dans les locaux de l’EBAD (Ecole des bibliothécaires, archivistes et documentaliste) au sein de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Un amphithéâtre a été mis gratuitement à disposition par l’Université. Cependant, le fait que le séminaire se soit tenu dans un amphithéâtre n’a pas facilité l’horizontalité et le dynamisme des échanges.

Une restauration de qualité et à proximité  : les déjeuners des trois jours de séminaire ont été assurés par le service de restauration de l’UCAD, ce qui nous a permis de rester dans l’enceinte de l’Université lors de la pause déjeuner et ainsi de renforcer les échanges entre les participants.

Un budget limité ayant valeur d’exemple  : L’organisation de ce séminaire a été un défi à plusieurs niveaux, dont au niveau financier. Vu les ressources limitées du processus AMS, la proposition faite par le comité facilitateur a été que chaque organisation/mouvement/réseau participant finance ses billets d’avion. Afin de financer les frais de logement, d’alimentation, d’interprétariat, de secrétariat, mais aussi la présence d’organisations qui n’ont pas suffisamment de ressources pour s’autofinancer mais dont leur participation au processus est importante, un fond de solidarité a été mis en place. Le montant total des différentes contributions des organisations s’est élevé à environ 7000 euros (dont 5000 euros du CADTM Belgique). Il faut souligner ici que l’énorme effort réalisé par le comité facilitateur pour comprimer au maximum les coûts, notamment via un engagement militant important à tous les niveaux. Ce sont par exemple des jeunes universitaires qui ont pris en charge les pauses café. Au final, malgré des ressources très limitées, le séminaire n’a connu qu’un léger déficit. Ce budget a réellement valeur d’exemple. Il prouve qu’il est possible d’organiser avec succès et très peu de moyen, un séminaire de qualité qui rassemble une centaine de personnes pendant 3 jours.


 
 

3.Bilan politique du séminaire

Pour rappel, ce séminaire s’était fixé les objectifs suivants :

1.Avancer sur une analyse et des alternatives communes
2.Avancer sur un agenda de mobilisation pour 2010 et 2011
3.Préparer le FSM DAKAR
4.Préparer l’AMS du FSM Dakar
5.Renforcer la coordination africaine des mouvements sociaux
6.Préparer le Conseil International du FSM

Globalement, on peut dire que les débats ont été positifs et constructifs et que ce séminaire a atteint la plupart de ses objectifs.

Il faut cependant remarque que plusieurs facteurs ont rendu plus difficile la réalisation de l’ensemble des objectifs fixés initialement, pour mettre une place plus importante aux échanges et à la définition du processus FSM et AMS :
- Certains mouvements sociaux connaissaient assez peu les tenants et aboutissants du processus FSM et AMS.
- Il y a un « roulement » assez important pendant les trois jours. Il a donc fallu reprendre à plusieurs reprises des éléments qui avaient déjà fait l’objet d’exposés et débats.
- Plusieurs mouvements sociaux sénégalais semblaient se rencontrer pour la première fois. Ces deux éléments nous ont obligés à adapter quelque peu le programme.

En ce qui concerne la participation et la représentativité

115 délégués provenant de 21 pays et représentant un peu moins d’une centaine de mouvements sociaux ont pris part au séminaire. Le problème de représentativité de certaines régions du monde s’est fait ressentir pour les régions Asie, Océanie, Europe de l’Est et Moyen-Orient.

Au niveau sénégalais, une quarantaine de mouvements sociaux étaient représentés, avec les principaux syndicats sénégalais et de nombreuses d’organisation « de base » (banlieues, femmes, agriculteurs, migration, …)

En ce qui concerne la réalisation de l’objectif 1 : Avancer sur une analyse et des alternatives communes

Suite aux différentes introductions sur le contexte international et les spécificités continentales (Afrique, Maghreb, Amérique latine, Asie, Europe, USA), les débats ont mis en évidence plusieurs points importants :
- la reprise de la croissance à l’échelle internationale reste fragile et s’accompagne d’une précarisation sociale qui risque de replonger le monde dans une nouvelle crise à court terme.
- Contrairement à certains discours, l’Afrique est durement touchée et l’impérialisme et la domination sous ses multiples formes persistent.
- Face à cette offensive capitaliste, des résistances existent mais celles-ci ne sont pas à la hauteur des attaques.
- pour plus d’infos, lire le rapport narratif ci-dessus

A noter également un impact médiatique important avec une forte présence de journalistes et de médias sénégalais. Plusieurs interventions TV, radios, ainsi que des articles sur les enjeux du séminaire repris dans la presse écrite et la presse en ligne.

En ce qui concerne la réalisation de l’objectif 2 : Avancer sur un agenda de mobilisation pour 2010 et 2011

Un agenda des mobilisations pour 2010/2011 a été discuté mais il devra être complété dans les semaines et mois à venir. Il a également été souligné qu’il ne faut pas confondre agenda d’évènements et agenda de luttes. Cependant, plusieurs moments importants où il s’agira de coordonner nos forces ont déjà été mis en avant. Il s’agit notamment de :

- Du 25 Novembre au 9 Décembre 2010 : COP 16 Cancun
- Février 2011 : FSM Dakar
- 50e anniversaire de la mort de Patrice Lumumba
- 55e anniversaire de la conférence de Bandoeng
- 25e anniversaire Thomas Sankara
- COP 17 : South Africa / Durban

L’idée est d’arriver à Dakar avec un calendrier de mobilisations le plus complet possible. Pour cela, le groupe de facilitation de l’AMS Dakar va contacter les différents mouvements sociaux pour leur demander leurs agendas et leurs priorités en termes de lutte et de mobilisations. Ensuite, il centralisera le tout dans un agenda commun.

En ce qui concerne les objectifs 3 et 4 : préparation du FSM de Dakar et de l’AMS de Dakar

Ce séminaire a été un moment important pour la préparation concrète de la mobilisation pour le prochain FSM qui se tiendra à Dakar du 6 au 11 février 2011. Malgré les nombreux efforts fournis par les différentes commissions pour préparer le FSM, il apparaît qu’il reste un travail important à faire en terme de mobilisation des populations et des organisations locales. Pour que le FSM (et donc aussi l’AMS de Dakar) soit réellement populaire, utile aux sénégalais, et avec une incidence sur les luttes locales et régionales, les mouvements sociaux de base doivent nécessairement s’approprier le processus FSM et AMS. L’AMS compte jouer un rôle actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans ce cadre, notamment en organisant plusieurs réunions larges entre les mouvements sociaux sénégalais mais aussi en organisant des activités d’appropriation dans les banlieues et les quartiers populaires. A noter également que ce travail devrait également se réaliser à travers l’organisation d’activités culturelle, en étroite collaboration avec le mouvement hip hop sénégalais (réalisation d’un CD AMS, organisation de concerts avec interventions politiques,…)

Pour garantir la réalisation d’une bonne AMS, il est nécessaire de la préparer avant le FSM et pendant le FSM (ex : se réunir les soirs pendant FSM). Afin de concrétiser cela, un groupe de facilitation a été créé. Il aura pour rôle principal de faciliter la préparation de l’AMS de Dakar 2011.

Il est également important de prendre en considération les forces et les faiblesses des assemblées des éditions précédentes :

FSM Nairobi : mauvais Forum mais très bonne AMS.
FSM Belém : Bon Forum mais AMS en demi teinte malgré une bonne déclaration politique et un agenda commun mondial basé sur 4 grandes dates de luttes

En ce qui concerne l’objectif 5 : Renforcer la coordination africaine des mouvements sociaux en la liant avec la dynamique mondiale de l’AMS

Comme cela a été rappelé tout au long du séminaire, l’AMS n’est pas un évènement mais bien un processus. Dans ce sens, si réussir une bonne assemblée est fondamental, il faudra également veiller à ce que, au sortir du FSM, le processus de coordination des mouvements sociaux africains et mondiaux se structure et se renforce dans le temps.

Dans le cadre de la décentralisation du processus AMS (décision prise lors du séminaire de São Paulo en janvier 2010), La création d’une coordination africaine des mouvements sociaux est nécessaire. Le groupe de facilitation pour l’assemblée 2011 devrait constituer la base de cette coordination. Il faut également réfléchir à comment intégrer un ou plusieurs mouvements sociaux africains dans le groupe de facilitation mondiale de l’AMS.

La nécessité de communiquer mieux et davantage afin de partager et diffuser sur le processus AMS. L’un des défis majeur que nous devons relever est l’implication des mouvements sociaux de tous les pays du monde pour le processus dans le long terme. Pour cela, il est nécessaire d’avancer vers le développement de la liste mondiale de diffusion (« social-movements »). Des initiatives seront prises dans ce sens dans les semaines qui viennent.

L’AMS doit prendre à cœur de donner du sens à la lutte commune. Il est primordial que ceux qui souffrent soient suffisamment représentés et entendus dans le processus AMS.

L’importance de l’implication de la jeunesse dans le processus. Les mouvements sociaux ont vu l’émergence d’une jeunesse politisée, dynamique et volontaire dans le militantisme, notamment à travers les questions climatiques. Cette jeunesse militante existe mais n’est pas assez présente et impliquée dans le processus AMS.

Notons également qu’il a été souligné à plusieurs reprises que l’action des mouvements sociaux est éminemment politique. Il ya donc une nécessité d’approfondir le débat sur la relation qu’il faut construire entre les mouvements sociaux et les partis politiques qui sont porteurs d’alternatives radicales allant dans le sens de l’AMS, à savoir des alternatives féministes, anticapitalistes, antiracistes, socialistes, internationalistes.

Autre remarque importante : Il est fondamental de mieux préciser la nature et les objectifs de l’AMS. Mis à part les différentes déclarations des AMS précédentes, il n’existe pas vraiment de texte de référence commun qui pourrait permettre aux mouvements sociaux de se considérer comme « membre » du processus AMS.

Il n’existe pas non plus de site internet. La création d’un site ne semble pas être possible à court terme, même si celui-ci pourrait être un outil utile pour échanger et socialiser les expériences, et construire de façon collective les luttes à venir. Afin de pallier à cette lacune, une demande sera faite au CADTM pour qu’il crée sur son site un focus permanent « AMS » où on pourra trouver tous les documents de l’AMS (déclarations / rapports / …)

Il a été proposé à plusieurs reprises par les mouvements sociaux sénégalais l’importance de consolider la structure de l’AMS (groupe de facilitation continentale et groupe de facilitation mondiale) mais aussi d’avoir une plateforme ou un texte de référence mondial qui définit l’AMS et précise la notion de mouvement social. Bien que cette dernière notion soit difficile à définir, il semble intéressant de commencer par préciser une série de caractéristiques fondamentales des mouvements sociaux et dans le même temps, définir ce que les mouvements sociaux ne sont pas. Il est apparu clairement qu’avoir des valeurs et des points de convergence est important pour se sentir concerner et s’impliquer réellement dans un processus global de luttes.

Dans un premier temps et dans le cadre de la préparation de l’assemblée de Dakar, il serait intéressant que les mouvements sociaux sénégalais réfléchissent à l’élaboration d’une plate-forme sénégalaise et/ou africaine des mouvements sociaux.

En ce qui concerne l’objectif 6 : Préparer le Conseil International du FSM

Les mouvements sociaux présents ont mis en évidence deux points importants :

1 : la nécessité d’aborder régulièrement le processus AMS lors des Conseils internationaux du FSM, en particulier pour rappeler que L’AMS ne veut pas de place privilégiée par rapport à qui que ce soit, mais, en tant que processus transversal, il est nécessaire que l’on reconnaisse qu’elle est différente des assemblées thématiques ou encore de l’assemblée des assemblées. Rappelons-le, l’AMS veut construire un agenda commun de luttes et se positionner politiquement en donnant du contenu au slogan « un autre monde est possible », ce que le FSM ne peut pas faire en lien avec sa charte des principes.

2 : Afin de pouvoir se concentrer sur le travail politique et non logistique, et de réussir une assemblée dynamique, massive et populaire, l’espace qui sera dédié à l’AMS pour le FSM 2011 est un élément très important. Il a été décidé d’intervenir lors du CI pour rappeler et reconfirmer le consensus adopté lors du séminaire de juillet 2010, afin que l’AMS se tienne le 10 février après les assemblées thématiques. Ce point a été confirmé en CI mais il est nécessaire de rester vigilant quant aux décisions finales qui seront prises par le comité de pilotage. Notons également que plusieurs mouvements sociaux restent convaincus qu’il serait bien plus positif de supprimer l’assemblée des assemblées et de terminer le FSM avec l’assemblée des mouvements sociaux.



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Olivier Bonfond

est économiste et conseiller au CEPAG (Centre d’Éducation populaire André Genot). Militant altermondialiste, membre du CADTM, de la plateforme d’audit citoyen de la dette en Belgique (ACiDe) et de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.
Il est l’auteur du livre Et si on arrêtait de payer ? 10 questions / réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité (Aden, 2012) et Il faut tuer TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde (Le Cerisier, fev 2017).

Il est également coordinateur du site Bonnes nouvelles

Mimoun Rahmani

Secrétaire général adjoint d’ATTAC Maroc, est membre d’ATTAC/CADTM Maroc et représentant du Réseau CADTM international au CI du FSM.