Compte-rendu de l’atelier « Face au capitalisme et au patriarcat : quelles luttes et stratégies des femmes ? »

3 janvier par Noëmie Cravatte

Les thématiques débattues durant cet atelier permirent d’analyser comment le capitalisme dans sa phase actuelle pousse l’oppression des femmes à son paroxysme, pourquoi on assiste dans le monde entier à une nouvelle chasse aux sorcières, quels sont les obstacles les plus prégnants au respect des droits fondamentaux des femmes en Asie du Sud avec un focus sur les dérives des micro-crédits et pourquoi est-il possible d’affirmer que l’illégitimité de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique est encore plus criante lorsqu’on est une femme. Le Comité « Vlà la facture » présenta son action Action
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Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pour réaliser un premier audit féministe quelque peu expérimental de la dette. Quelles stratégies développer face aux enjeux actuels et comment contrer la récupération par le capitalisme du travail domestique gratuit des femmes ... Ces questions ont structuré les débats de ce vaste et intense moment de réflexions féministes.

Intervenantes : Silvia Federici (militante féministe, écrivaine et professeure émérite de sciences sociales à l’Université Hofstra à New York), Bushra Khaliq (Women in Struggle for Empowerment/CADTM Pakistan), Marcela de la Peña Valdivia (Comité V’là la Facture), Christine Vanden Daelen (CADTM Belgique).

Silvia Federici : le capitalisme, en alliance « sacrée » avec le patriarcat, renforce spécifiquement l’exploitation des femmes.

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Silvia Federici

Dans l’histoire du capitalisme, la place des femmes est spécifique : exclues des capitaux, elles assument la reproduction de la force de travail. Ce travail domestique impayé des femmes permet à la classe capitaliste d’accumuler toujours plus de profits. Non seulement gratuit, ce travail est dévalué car invisible ; il est perçu comme un service naturel et traditionnel des femmes à la collectivité. Dans les années 80 et 90, c’est développé une nouvelle forme d’exploitation des femmes par l’État et la classe capitaliste : pour relancer l’économie mondiale, il fallait qu’elles s’investissement également massivement dans le travail salarié. Un nouveau régime patriarcal qui attend des femmes qu’elles conservent leur rôle dans le travail reproductif tout en s’engageant simultanément dans tous les cycles de production s’est ainsi mis en place. Si la gauche a souvent exclu la lutte féministe (accusée de diviser la classe ouvrière) de son projet politique, le capitalisme, lui, a très vite compris le pouvoir et le potentiel subversif de ce mouvement qui défie et refuse la division sexuelle du travail. Alors qu’il se fonde précisément sur la division des travailleur-se-s, il a tenté d’instrumentaliser le féminisme en faisant de l’exploitation des femmes dans toutes les sphères de la vie, le fer de lance de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale. Dans le processus d’accumulation capitaliste, la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
joue un rôle central. Outil renforçant l’exploitation des femmes, elle a des impacts spécifiques sur leurs conditions de vie et leurs droits. La migration massive des femmes partout dans le monde est l’un d’eux. Principalement du monde colonisé vers l’Occident, les femmes migrent pour subvenir aux besoins de leur famille, pour assurer leur survie et emploient à cette fin toutes les stratégies possibles. La marchandisation sans cesse croissante du corps des femmes (travail sexuel, mères porteuses,...) constitue une autre conséquence du système dette.

Silvia a ensuite proposé un examen des mécanismes qui propulsent actuellement dans le monde entier une nouvelle chasse aux sorcières aussi forte en intensité qu’en brutalité. En Afrique, en Inde, au Népal, ces trois dernières décennies, plus de 200 000 femmes ont été tuées car suspectées d’être des sorcières : cette forme de violence est liée au processus capitaliste d’accaparement des terres et à l’appauvrissement des populations. Sont le plus souvent ciblées, les vieilles femmes vivant seules et surtout ayant un accès à la terre et à son processus de production. Accusées d’être responsables de tous les malheurs de la société, ces femmes sont chassées de leur terre ainsi libérée pour les nouvelles générations (qui généralement les revendent pour s’acheter par exemple un taxi ou un autre moyen de subsistance), pour les grandes entreprises extractivistes ou encore pour le commerce de drogues comme en Amérique latine.

Pour répondre à la crise économique, à la violence contre les femmes et impulser un changement radical de société, il faut selon Silvia une nouvelle politique : cet enjeu est fondamental pour tous les types de mouvements sociaux. Il s’agit d’abattre le capitalisme et de transformer les formes de production. Il faut appliquer un réel changement qui mette nos vies en commun. Nous devons construire de nouvelles formes de vie autogérées et de nouvelles formes de solidarité. C’est primordial. Face à la pénurie, les femmes ont toujours été de l’avant, elles ont toujours été actives pour trouver des alternatives, en refusant l’isolement. Elles ont par exemple créé des cantines populaires, des jardins et des parcs communautaires... Ces initiatives ont un rôle très important : les femmes prennent une nouvelle place au sein des communautés et inventent des nouveaux modes de production collectifs.

Bushra Khaliq : mondialisation, extrémismes religieux et droits des femmes en Asie du Sud

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Bushra Khaliq

La situation des femmes dans cette région est complexe. Elles y subissent un patriarcat très fort, systématique et même constitutionnalisé. Il se manifeste notamment par l’analphabétisation et les violences contre les femmes. Alors que plus de 80 % des femmes subissent des violences domestiques, elles sont majoritairement marquées du sceau de l’impunité. La réaction de l’État et du système judiciaire face à ce fléau est complètement inadéquate. Leur immobilisme en vient à encourager les agresseurs et à limiter de façon structurelle la présence et la visibilité des femmes dans l’espace public. Face aux mouvements massifs exigeant la criminalisation des violences faites aux femmes et aux filles, les résistances les plus extrêmes sont venues des milieux religieux. Ils se sont opposés systématiquement à toute mesure ou initiative promouvant l’égalité des genres.
Si dans certains pays d’Asie du Sud, de plus en plus de femmes accèdent à des postes importants, cette évolution n’est malheureusement pas synonyme d’un ébranlement des vieilles structures, d’une émancipation de la majorité des femmes. Si certaines femmes ont accès aux parlements, les défis dans leur vie quotidienne restent immenses.

Bushra a ensuite montré comment la crise de la dette impacte les femmes dans cette région du monde. Et particulièrement, comment les micro-crédits, loin de les aider à sortir de la pauvreté constituent plutôt un outil qui les empêche d’en sortir. L’exploitation économique des femmes repose à bien des égards sur le succès du micro-crédit. Dans certaines régions, 50 % des femmes ont été « bénéficiaires » de ce type de crédit. Ils n’ont aucunement participé à leur émancipation, que du contraire. Lorsque des femmes éprouvent quelques difficultés à rembourser ces crédits, les modes d’action Action
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Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
des créanciers sont très brutaux : enlèvement par la police, prison, accaparement de leurs biens (maisons, objets divers…). Souvent elles se retrouvent piégées dans le cercle vicieux de la dette, devant emprunter pour rembourser le (s) prêt(s) précédent(s).

Deux questions ont structuré les débats suivant les interventions de Silvia et de Bushra :

Quels liens entre l’accaparement des terres, ou le manque d’accès à la terre, et la situation des femmes ?

Silvia a rappelé que, partout dans le monde, la lutte anti-coloniale réclamait la répartition des terres. Celle-ci n’a pas eu lieu, la privatisation partout s’est imposée. Cela a eu un impact énorme sur les femmes : les hommes étant les propriétaires et les détenteurs des capitaux, les femmes se sont vue exclues de l’accès à la terre et aux moyens de subsistance qu’elle recèle. Ainsi, si le patriarcat n’est pas né avec le capitalisme, le capitalisme a intensifié le patriarcat : dans le régime communautaire au moyen-Age, les femmes avait accès à la terre. Dès lors, même si les hommes avaient plus de pouvoir, les femmes n’étaient pas dépendantes économiquement.

Silvia en a profité pour souligner que le fondamentalisme islamique n’est pas le seul à porter préjudice aux femmes. La chasse aux sorcières en Afrique et en Amérique latine est souvent fomentée par des évangéliques payés par la droite américaine. Le fondamentalisme chrétien est ouvertement capitaliste, il porte le message suivant : « Jésus veut que tu sois riche, si tu ne l’es pas, c’est qu’il y a quelque chose de mauvais en toi ou dans ta communauté ». La religion est une arme du capitalisme : elle fait partie intégrante de ses institutions et a pour rôle majeur de cacher, de masquer l’exploitation.

Quel avenir pour le mouvement féministe qui semble plus combatif aujourd’hui que dans les décennies récentes ?

(cf. combats pour le droit à l’avortement en Espagne et en Pologne, arrêt du travail des femmes pour exiger l’égalité salariale en Islande repris en France et on l’espère dans d’autres payas européens, …). L’élection de D. Trump à la présidence des Etats-Unis, ouvertement misogyne, demande une réaction, mais laquelle ?

Silvia relève que, contrairement a ce qu’il a été parfois dit, la majorité des femmes blanches n’a pas voté pour D. Trump. Toutefois, il semble que la misogynie soit efficace. En effet, elle l’a jusqu’à présent toujours été : elle permet de « discipliner » les hommes en leur « donnant » une personne (en l’occurrence une femme) sur qui ils peuvent exercer leur domination, ce qui leur fait accepter l’exploitation dont ils sont victimes. L’élection de Trump a donné lieu à de grandes réunions et manifestations féministes aux Etats-Unis. Cependant « l’alternative Clinton » aurait été également un désastre : elle a appuyé toutes les guerres, toutes les coupes des subsides de l’État, les lois de plus en plus répressives...

Plus généralement, le mouvement féministe au niveau mondial est très vivant. Ainsi, en Argentine, en octobre, plus de 70 000 femmes se sont réunies pendant une semaine pour répondre collectivement à cette question : « Que faire » ?. Elles ont lancé une grève contre les violences faites aux femmes et en préparent une autre en 2017 globale cette fois-ci portant sur toutes les thématiques dont nous avons parlé (dette, violence, extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. , expropriation) qui se renforcent l’une l’autres .

Bushra rappelle que la politique des États-Unis dans la région de l’Asie du Sud est caractérisée par une ingérence et une militarisation croissante. Les États-Unis utilisent le fondamentalisme religieux toujours plus violent pour s’accaparer des ressources de ces régions, le tissu social est systématiquement mis à mal. Dans ce contexte de régime de guerre permanente qui relance une vision agressive de la masculinité, les violences contre les femmes deviennent une arme de guerre à part entière.


Christine Vanden Daelen : La dette n’est pas neutre du point de vue du genre.

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Christine Vanden Daelen

Christine s’est ainsi intéressée à la situation européenne et a montré à quel point la dette est un obstacle colossal à l’égalité hommes-femmes. En effet, les mesures macro-économiques qui lui sont associées sont sexuées. Partout, elles imposent les pires régressions sociales aux populations les plus fragilisées, les plus pauvres, et donc majoritairement aux femmes (les femmes composent 70% de la population considérée comme pauvre). Elles leur font payer les effets d’une crise profonde dont ils et elles ne sont en rien responsables. Au nom de l’austérité, on assiste à des privatisations, des libéralisations, des coupes dans la sécurité sociale… qui attaquent les droits des femmes, accentuent leur pauvreté et sapent les acquis féministes. Ainsi, lutter pour l’émancipation des femmes implique nécessairement de lutter contre la dette.
La dette a des impacts spécifiques sur les femmes :

Elle détruit leur emploi rémunéré : partout le chômage des femmes augmente. Cet impact sexuellement différencié de la crise sur l’emploi est révélateur de la prégnance d’une segmentation professionnelle qui confine les femmes dans des ghettos d’emplois féminins souvent précaires. Le chômage moyen des femmes est de 9,7 % en Europe. Dans les pays les plus touchés par la dette, la situation est encore plus critique. Ainsi, en Grèce le taux de chômage des jeunes femmes atteint 55,9 %. Par ailleurs, les taux de chômage ne prennent pas en compte les temps partiels (qui sont à 80 % occupés par des femmes).
La dette diminue les revenus des femmes : le système dette détruit le fonctionnariat or deux tiers des emplois publics sont occupés par des femmes. Dans les pays où il y avait une différence d’accès à la retraite entre les sexes, l’âge de la pension pour les femmes est constamment retardé. Les retraitées européennes deviennent l’un des groupes les plus exposés au risque de pauvreté. De plus, l’écart salarial, qui est de 22 % en moyenne en Belgique, augmente partout en Europe.

La dette démantèle l’État social, la protection sociale. Ces coupes affectent particulièrement les femmes dans la mesure où, parce qu’elles assument encore majoritairement le rôle de responsables principales de la famille et sont plus précaires financièrement, elles sont plus dépendantes des allocations sociales que les hommes. Par ailleurs, les politiques d’égalité hommes-femmes sont désormais présentées comme un luxe réservé uniquement aux périodes de croissance économique. Notons aussi que le déclin des services publics oblige les femmes à réduire, voire à supprimer, leur temps de travail rémunéré et ainsi à perdre leur autonomie financière.
Face à ces attaques contre l’État social, les femmes - via une augmentation de leur travail non rémunéré et invisible - doivent prendre en charge les tâches de soin et d’éducation délaissées par la fonction publique. Deux domaines sont particulièrement concernés : la santé et l’éducation. En tant que travailleuses majoritaires dans ces deux secteurs (deux tiers des effectifs de l’éducation, de la santé et des services sociaux sont féminins en Europe), elles sont les premières touchées par les pertes massives d’emplois et leurs conditions de travail se dégradent.

Notons enfin que l’austérité démantèle le droit du travail et les droits syndicaux : le travail flexible et précaire des femmes devient partout la norme plutôt que l’exception. On assiste à l’introduction dans le secteur formel de pratiques habituellement liées au secteur informel et qualifiées de « modèle féminin » susceptibles d’augmenter la compétitivité des entreprises. Les travailleuses européennes ont en outre à faire face à une augmentation des procédures illégales à leur égard, en particulier lorsqu’elles sont enceintes ou après un congé de maternité.

Tous ces mécanismes entraînent une usure généralisée des femmes. Or, alors qu’elles en supportent les pires conséquences, les femmes n’ont à payer aucune dette de quelque nature soit-elle. Ce sont elles les véritables créancières tant au niveau national qu’international. Elles sont titulaires d’une énorme dette sociale. Sans leur travail gratuit de production, de reproduction et de soins aux personnes, nos sociétés péricliteraient tout simplement. Il n’est dès lors nullement un euphémisme de déclarer que l’illégitimité de la dette publique est encore plus criante lorsqu’on est une femme !

Marcela de la Peña Valdivia : le Comité d’action « Vlà la facture ! », outil de mobilisation et d’éducation populaire pour un audit féministe de la dette

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Marcela de la Peña Valdivia

Cette expérience féministe a démarré en 2013 en réponse à l’austérité. Elle est portée par plusieurs collectifs et associations : le CADTM, le Monde selon les femmes, Vie féminine, Elles s’en mêlent, La Marche mondiale des femmes, la commission femmes de la CSC Bruxelles.

L’outil « V’la la facture » a toutes les apparences d’un formulaire d’impôt. Il entend pointer l’impact spécifique de l’austérité sur les femmes, sur leurs droits et démonter en quoi la dette est illégitime.

Les revendications du collectif sont : l’arrêt immédiat des plans d’austérité, l’annulation de la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
, une fiscalité socialement juste. « Vlà la facture » entend à la fois visibiliser le travail gratuit et dévalorisé des femmes et remettre en cause la sécurité sociale telle qu’elle existe et qui repose sur le travail rémunéré, c’est-à-dire selon la division sexuelle du travail, sur le travail des hommes.

Le formulaire se présente sous la forme d’une facture et porte sur quatre thématiques :
- L’impact de l’austérité sur les soins aux autres
- L’impact de l’austérité sur les revenus
- L’augmentation ou non du seuil de pauvreté 
- Le calcul du montant que l’État aura économisé sur le dos des femmes en un an.

Le collectif a réalisé une estimation en valeur marchande du temps consacré par les femmes aux soins aux autres. Il s’agit de calculer l’apport des femmes : le collectif ne demande pas que les femmes soient payées mais que l’État investisse dans les services publics. L’objectif est aussi, de manière plus large, de donner la parole aux femmes les plus précarisées. Femmes dont on parle parfois mais que l’on entend rarement.

Pour télécharger la facture : http://www.cadtm.org/V-la-la-facture-des-politiques

Silvia est intervenue pour souligner qu’à ses yeux, au-delà de la stratégie qui consiste à exiger des services publics, le mouvement féministe devrait réclamer un salaire pour le travail ménager.
Le débat avec la salle qui s’en est suivi et portait sur les stratégies féministes a permis à Silvia de préciser ce point : le féminisme se doit d’être radical, c’est-à-dire qu’il doit aller à la racine : le travail non payé. Dans le libéralisme, le travail non payé est naturalisé. Or, ce travail gratuit s’étend. Les féministes doivent construire une grande mobilisation qui problématise le travail de reproduction, qui en change l’image sociale et réclame la richesse qui a été accumulée via sa gratuité.

Christine conclu l’atelier en insistant sur le fait que division sexuelle du travail et invisibilisation du travail reproductif devraient être d’avantage investis par les féminismes actuels.

Relecture Christine Vanden Daelen