Compte rendu de la première journée de formation interne du réseau CADTM – Partie 2/2

31 mars 2015 par Chiara Filoni

La matinée du 24 mars s’est conclue avec une discussion sur la situation politique en Inde et au Pakistan. Comme nous l’ont témoigné les deux représentants du CADTM Asie, le chantage de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et les politiques néolibérales imposées par les créanciers et leurs gouvernements complices sont criants dans ces deux pays.

Le Pakistan : le fardeau de la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
et des politiques dictées par le créanciers

Le Pakistan est dans la liste des pays les plus endettés parmi les 27 économies dites « émergentes ». La taille de l’économie pakistanaise est d’environ 234 milliards d’euros (26 trillion de roupies), tandis qu’environ 72 milliards d’euros (8 trillion de roupies) sont réservés au remboursement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, c’est-à-dire plus de 30% de son PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
annuel.
Le pourcentage de la dette sur le PIB est de 63% et le rapport entre revenus annuels et payement de la dette atteint 47%, ce qui laisse seulement un peu plus de la moitié du budget de l’État pour d’autres dépenses.

Le pourcentage de la dette sur le PIB est de 63% et le rapport entre revenus annuels et payement de la dette atteint 47%, ce qui laisse seulement un peu plus de la moitié du budget de l’État pour d’autres dépenses.

Depuis l’année 2007, la dette pakistanaise n’a pas cessé d’augmenter ainsi que les prêts depuis l’étranger. Au début de 2007, chaque pakistanais.e possédait environ 337 euros de dette (37.170 roupies), tandis que ce montant est passé à plus de 825 euros en octobre 2012 (90.772 roupies).

En septembre 2013, le Fond monétaire international a octroyé le dernier prêt de « sauvetage » grâce à son organisme de prêt Extended Fund Facilitiy. En échange de ce prêt (6 milliards d’euros) le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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demande des strictes mesures d’austérité qui sont en train de dévaster les conditions de vie de travailleur..se.s qui vivaient déjà dans des conditions de privation (58% de la population vit dans l’insécurité alimentaire).

Parmi les mesures fiscales recommandées, nous retrouvons : l’augmentation de la taxation, l’élimination de subsides tarifaires et la privatisation d’entreprises du secteur public. Des coupes dans les dépenses sont aussi prévues dans le but de faire passer le déficit fiscale de 8.8 % du PIB à 6,3%. La cible immédiate de ces coupes dans les subsides concerne l’électricité. Le gouvernement a en effet convenu l’augmentation des prix de l’électricité pour l’usage domestique et la « rationalisation » (c’est-à-dire une taxation supplémentaire) pour les prix du gaz. En ce qui concerne les privatisations, le gouvernement sélectionnera 30 entreprises publiques à privatiser qui vont s’ajouter aux 35 autres déjà choisies. Le résultat de cette décision provoquera le licenciement d’1,2 millions de personnes. L’augmentation de la taxation sera progressive : le gouvernement a décidé d’élever le niveau de la taxation de 9,7 % à 15% pour 2018.

Parmi ces mesures, nous retrouvons également la dévaluation Dévaluation Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. de la roupie pakistanaise qui sera figée à une moyenne de 110 roupies par dollar états-uniens (aujourd’hui 1 dollar équivaut à environ 101-102 roupies). In fine, ce programme signé par le gouvernement pakistanais et le FMI, a imposé au Pakistan de s’approvisionner en devises étrangères durant l’année 2013-2014, ce qui a impliqué un accord avec un consortium de 4 banques domestiques et internationales pour emprunter 625 millions en devise américaine. L’accord provoquera une augmentation importante de la dette du pays tandis que les banques continueront à bénéficier de ces types d’accords.

Mais quel est l’impact social et économique de cet endettement ?

La dette au Pakistan constitue un véritable fardeau pour son budget public. Le Pakistan dépense respectivement 2% de son budget dans le secteur de l’éducation et 2,6% pour la santé (il s’agit du pourcentage le plus bas parmi tous les pays du Sud-est asiatique). 5,5 millions d’enfants n’ont pas accès à l’éducation. Des milliers d’enfants et de mères meurent chaque jour à cause du manque de structures sanitaires et médicales. Plus de 49,4% de la population vit sous le seuil de pauvreté tandis que, comme décrit ci-dessus, la quasi moité du budget de l’État est destiné au remboursement d’une dette pour laquelle la population n’a pas bénéficié.

Or, la dette contractée par les dictateurs pakistanais représente la majorité de la dette actuelle du pays.

Pendant des années, en effet, le Pakistan a été gouverné par des régimes dictatoriaux avec le soutien politique et financier des puissances occidentales. Or, la dette contractée par les dictateurs pakistanais représente la majorité de la dette actuelle du pays. Selon Abdul Khaliq, président du CADTM Pakistan, environ 50% de la dette pakistanaise est illégitime et détruit non seulement l’économie du pays mais aussi les droits sociaux et économiques de sa population.

L’Inde : la précarisation des conditions de vie dictée par les créanciers

Le FMI parle souvent du miracle de la croissance indienne, dont le taux s’élèverait autour de 7%. Toutefois, comme nous le précise Sushovan Dhar, membre du CADTM Inde, beaucoup de choses se cachent derrière ce prétendu miracle.

Tout d’abord, les bénéfices de cette expansion économique ne vont qu’à un secteur limité de la population, tandis que la grande partie est victime de cette croissance néolibérale.

les bénéfices de cette expansion économique ne vont qu’à un secteur limité de la population, tandis que la grande partie est victime de cette croissance néolibérale.

Le marché du travail est avant tout informel et se caractérise par une grande précarisation. 93,5% de la population active est employée dans le secteur informel et 5% des 6,5% restant sont des sous-traitant.e.s. Le salaire de ces sous-traitant.e.s n’atteint que 25% du salaire d’un travailleur.se avec un contrat régulier.

Un exemple emblématique est constitué par les plantations de thé, un secteur considéré en Inde comme « régularisé ». Ce secteur dit prévoit un salaire de 2 dollars par jour, sans congés payés et sans salaire si le travailleur se trouve dans l’impossibilité de se rendre au travail.

Le salaire minimum s’applique à un très grosse minorité de la population.

Il y a également une importante féminisation de la pauvreté et de la précarité. Même si l’égalité de salaire entre homme et femme est formellement établie par la loi, la différence de salaire reste énorme dans les faits et les emplois moins qualifiés sont destinés aux femmes.

La dette représente 22% du PIB. La balance commerciale Balance commerciale
Balance des biens et services
La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire). Si l’on tient compte également des opérations sur les services, comme les frais de transports, les commissions bancaires, les frais d’assurances, les achats et vente de brevets ou les versements de redevances, on obtient alors la balance des biens et services. Elle inclut aussi les dépenses des touristes, et les paiements de salaires, d’intérêt et de dividendes à des étrangers ou de la part d’étrangers.
du pays s’est dégradée suite à la chute du cours du pétrole, ce qui a impliqué, en Inde comme au Pakistan et dans beaucoup d’autres pays, l’application de mesures d’austérité. La protection sociale a diminué toujours plus alors que l’État continue à subventionner les secteurs les plus riches au nom de la protection des affaires.

Pour toutes ces raisons, le Pakistan et l’Inde devraient arrêter d’emprunter pour payer leur dette : une annulation de la dette injuste et non payable est tout à fait justifiée. Cet objectif pourra être atteint à travers un audit public des finances du pays qui permettra de détecter les dette odieuses et illégitimes. Une taxation juste et progressive est également nécessaire pour permettre de libérer des ressources supplémentaires au bénéfice des dépenses sociales et de la diminution du déficit budgétaire.


Auteur.e

Chiara Filoni

Permanente au CADTM Belgique