Constitution d’un réseau nord-africain pour la souveraineté agricole

7 juillet par Réseau nord-africain pour la souveraineté alimentaire

Des militant-e-s et des activistes d’organisations anticapitalistes nord-africaines se sont réunis à Tunis les 4 et 5 juillet 2017. Cette rencontre a abouti à la constitution du réseau nord-africain pour la souveraineté alimentaire comme cadre unifiant les luttes dans la région et s’engageant dans les mobilisations locales, continentales et mondiale.

Charte du réseau nord-africain pour la souveraineté alimentaire

La souveraineté alimentaire est le droit humain des peuples, individus et communautés pour définir leur système d’alimentation. Cela signifie travailler avec la nature et protéger ses ressources pour produire une nourriture saine, suffisante et compatible avec le patrimoine culturel, en accordant la priorité à la production locale et aux denrées alimentaires de base, en mettant en place des réformes agraires populaires, en garantissant un accès gratuit aux semences, en protégeant les produits nationaux et en impliquant les peuples dans l’élaboration de leurs politiques agricoles. La souveraineté alimentaire est également liée au droit à l’autodétermination des peuples aux niveaux politique, économique, social, culturel et environnemental. Elle est également liée à une rupture avec les centres impérialistes et les institutions financières et commerciales internationales, et la lutte contre les régimes et les gouvernements qui mettent en œuvre ces politiques en faveur du capital mondial et national.

La souveraineté nationale est incompatible avec le système agro-industriel responsable de la destruction des ressources naturelles et du chaos climatique mettant en danger la vie des millions de personnes.

Malheureusement, notre région –l’Afrique du Nord- subit depuis des décennies une perte soutenue de sa souveraineté alimentaire. Cette perte a commencé avec la colonisation. Elle a connu une continuation et un renforcement par les politiques néocoloniales, productivistes et extractivistes dites de développement.

Actuellement, la situation s’est empirée à cause des divers programmes d’ajustement néolibéraux et à cause des soumissions aux clauses des accords « de libre échange » avec l’Union européenne, les États-Unis ou autres, ainsi qu’aux conditionnalités de l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
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Notre région est sous le joug du capital financier international et la domination impérialiste qui génèrent la crise écologique, les changements climatiques et le pillage des ressources.

Pour faire face à cette situation et se passer de cette hégémonie, et conformément à ce préambule et à ce qui suit :

1- Le réseau nord-africain pour la souveraineté alimentaire, en tant que cadre unifiant les luttes, englobe toutes les associations, les organisations populaires, syndicats et mouvements sociaux de tendances anti-capitalistes et anti-extractivistes refusant toutes les politiques écocides, racistes, patriarcales, de Hogra (déni), et toutes formes de ségrégations.

2- Le réseau est une structure horizontale, gérée démocratiquement, ouverte aux organisations et mouvements actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans la région de l’Afrique du Nord respectant cette charte.

3- Le réseau milite pour la mise en œuvre de la souveraineté alimentaire, la justice environnementale et climatique. Il lutte pour l’instauration d’un nouveau système qui met fin à l’exploitation de l’être humain et à la destruction de la nature, tout en satisfaisant, dans un cadre participatif et démocratique, les besoins des peuples en harmonie avec la nature et conformément au « buen vivir ».

4- Pour atteindre ces objectifs, le réseau mettra en œuvre toute action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
militante possible : études critiques, campagnes, actes militants et réseautage, avec les mouvements qui luttent pour les mêmes objectifs ainsi que toute forme de coordination et de solidarité.

5- Le réseau travaille en synergie et en coordination avec toute action militante anticapitaliste et contre l’accaparement des richesses, l’asservissement des peuples et des être humains, la ségrégation et le racisme, et ce, aux échelles nationale, régionale et internationale.

6- Le réseau œuvre à tisser des alliances et des relations soudées avec des organisations militantes pour la souveraineté alimentaire au niveau de la région, du continent et à l’échelle internationale.

7- Pour faciliter son fonctionnement, le réseau instaure une coordination, composée d’un-e représentant-e de chaque organisation ou association présente lors de la rencontre fondatrice.

8- La coordination veille sur le fonctionnement démocratique du réseau, en toute transparence, et ce, durant une année.

9- Avant l’expiration de l’année, la coordination doit rédiger un statut et un règlement intérieur pour être validé démocratiquement.
La Tunisie est provisoirement le siège de la coordination.

10- Au terme de ce délai, la coordination instaurera ses structures conformément à un statut juridique clair qui sera adopté démocratiquement.

Fait à Tunis le 5 juillet 2017

Organisations et associations participantes à la rencontre constitutive :