Construire ou reconstruire Haïti ?

12 septembre 2010 par Sophie Perchellet


Partie 1 : Haïti sous ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.

L’année 1986 est considérée comme un tournant politico-économique du pays. Elle est marquée à la fois par la chute de la dictature des Duvalier, mais aussi par le début de l’ère néolibérale imposée au forceps par les puissances dominantes et les IFI (institutions financières internationales). En Haïti, des élections démocratiques sont organisées, suite à l’exil de Duvalier, et le peuple choisit de placer Jean-Bertrand Aristide à la présidence le 16 décembre 1990 avec 67,48% des voix. Son adversaire, Marc Bazin, est un ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, ancien ministre des Finances sous Duvalier. Bien qu’il soit ardemment soutenu par les Etats-Unis, il est défait. Aristide est investi le 7 février 1991 et René Préval est nommé Premier ministre.

Le nouveau président est né le 15 juillet 1953, dans le sud d’Haïti. Cet ancien prêtre catholique est la personne qui centralise tous les espoirs des classes populaires haïtiennes. Des puissances étrangères appréhendent les conséquences de ces élections pour leurs intérêts. Les États-Unis sont particulièrement inquiets et, comme souvent quand leurs « intérêts stratégiques » sont menacés, des mesures radicales sont mises en place : ils appuient un coup d’État pour contrer la démarche d’Aristide. Seulement huit mois après qu’il a prêté serment, le 30 septembre 1991, un coup d’État déloge Aristide et le commandant en chef de l’armée, le Général Raoul Cédras, prend le pouvoir. Une répression sans précédent s’abat immédiatement, particulièrement sur les quartiers populaires. Au moins 5 000 personnes auraient été tuées pendant la période du coup d’État. Plus de 500 000 personnes fuient la capitale. Dans les mois qui suivent, des dizaines de milliers de personnes essaient de fuir, par la mer, sur des embarcations de fortune.

Le 8 octobre 1991, l’Organisation des Etats d’Amérique (OEA) décide un embargo contre la junte militaire et le gouvernement provisoire. Marc Bazin est nommé Premier ministre par intérim le 4 juin 1992. Il exerce ensuite la fonction de président par intérim jusqu’en juin 1993. Les Etats-Unis vont violer l’embargo à plusieurs reprises, en particulier lorsqu’il s’agit de leurs entreprises pétrolières. Le 16 juin 1993, une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU décide un embargo sur le pétrole et les armes. En interne, la situation s’envenime et les sanctions commerciales extérieures deviennent de plus en plus dures. De 1990 à 1994, l’agriculture a connu une diminution de 32% de sa valeur ajoutée.

Le 19 septembre 1994, Bill Clinton lance l’opération « Restore democracy ». Deux mille soldats états-uniens débarquent en Haïti. Et le 15 octobre, le retour au pays d’Aristide va se faire aux conditions fixées par les États-Unis, c’est-à-dire en fait en le forçant à appliquer une politique ayant reçu l’approbation de Washington. Alors que les États-Unis se sont chargés de « restaurer la démocratie », les IFI prétendent apporter « stabilité financière et développement ». A travers des plans d’ajustement structurel (PAS), la souveraineté économique, politique et financière du pays est abandonnée à ses créanciers, aux grandes puissances et au dieu Marché.

(...)

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Sophie Perchellet

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