Contre sommet du G8 au Japon et forum des peuples en Afrique – Pas de repos pour les luttes

8 juillet 2008 par Eric Toussaint , Eric De Ruest , Pauline Imbach


Reportage réalisé par Eric De Ruest, Pauline Imbach et Eric Toussaint sur la base des messages reçus du Japon et du Mali.

Pour le réseau international CADTM, le début de cet été rime avec contre-sommet !

D’une part, Myriam BOURGY (CADTM – Belgique), Sushovan DHAR (VAK – India) et Yoko (ATTAC Japan) se sont rendus au contre sommet du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. à Hokkaido au Japon. Un rassemblement altermondialiste sous haute sécurité, puisque l’accès à l’île a été interdit à de nombreuses personnes, les rues étaient décorées d’affiches faisant appel à la délation et plus de 21.000 policiers ont été mobilisés (pour 18.000 l’an dernier à Rostock en Allemagne).

Certains activistes venus d’autres pays ont été refoulés à la frontière, tandis que les activistes locaux ont été enfermés « en préventif » pendant 28 jours. Voilà pour le climat démocratique dans lequel se réunissent ces 8 présidents du monde libre.

Au même moment, à Koulikoro (Mali) est organisé le Forum des Peuples : contre-sommet africain du G8, où Jérôme Ollier s’est rendu pour le CADTM.

La contestation prend forme aussi à Liège (Belgique), le mercredi 9 juillet, avec la représentation d’une pièce de théâtre de rue engagée. Celle-ci met en scène un tribunal populaire dans lequel les membres du G8 seront jugés et condamnés.

G8 : De quel droit huit pays peuvent-ils décider du sort de la planète ?

C’est la question que pose Myriam BOURGY aux lectrices et lecteurs du Monde dans un article pessimiste à l’égard du mouvement altermondialiste. [1] Mais au-delà de l’habituelle propagande de ce monde à sens unique, voici ce que Myriam nous explique de sa participation sur place :

Je n’ai eu aucun problème à l’immigration contrairement à Susan Georges (4h d’interrogatoire), Lidy Nacpil (la secrétaire nationale FDC et de Jubilé Sud) (3h30 d’interrogatoire hier à Tokyo), on va voir ce que cela va donner pour Walden Bello (Focus on the Global South) qui devrait arriver demain. 19 coréens (de la KCTU et de via campesina) se sont faits maintenir à l’aéroport puis renvoyer vers leur pays.

Vendredi 4 juillet

Nous avons été à l’université privée de Sapporo où Susan Georges donnait une conférence (100- 120 étudiants). C’était assez intéressant. Cet après midi, après un petit tour dans Sapporo avec Sushovan, nous avons été à la cérémonie d’ouverture de G8 action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
network. Peu de personnes étaient là (150 personnes max). Etaient présents : Nicola Bullard (Jubilé Sud Asie et pacifique) Lidy Nacpil, No vox, FOEI, Sophie Zafari (FSU), Josu du Pays Basque, la CNT et quelques anarchistes.

Une personne du Bangladesh que je devais rencontrer n’a pas eu son visa, Wangui Mbatia (Grassroots - Kenya) n’est pas là car elle n’a pas encore eu son visa. Au mieux elle arrivera lundi ou mardi donc trop tard.

Après la cérémonie 200 personnes ont manifesté... dans le couloir de bus, encadrées par une file de flics, des bus et des voitures de flics sur le côté. Du jamais vu !! Voilà à quoi ressemble la liberté d’expression, réduite à manifester sur 1/3 de la route !!! Certains ont essayé de pousser la frontière mais cela n’a pas marché, il faut dire qu’il y avait autant de flics, de journalistes que de manifestants. 2h plus tard, top chrono, il fallait dissoudre la manif !

Samedi 5 juillet

Le matin, nous avons eu un atelier sur la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
et la présentation de la campagne internationale avec Jubilé Sud. J’ai présenté la campagne internationale. Tout s’est bien passé, la salle était remplie surtout de japonais (35 personnes). Différents cas de dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
illégitime d’Indonésie, Bangladesh et Philippines ont été présentés.

L’après midi nous avons participé à la manifestation unitaire. Nous avons défilé avec Jubilé Sud et les 8 masques des présidents du G8. La mobilisation était d’environ 5000 personnes. De nouveau, nous avons défilé sur 1/3 de la route, ce qui est vraiment bizarre. La police est très très mobilisée et très nerveuse. On est encadré d’un côté par une ligne de policiers en uniforme et de l’autre par une ligne de policiers en civil. Dès qu’on dépasse la ligne, on se fait ramener au centre par un policier. A partir du cortège des anarchistes, qui était juste derrière nous, la police anti-émeute encadrait les manifestants avec des boucliers pour ne pas qu’ils dépassent la ligne. Aucun événement ne s’est produit à part l’arrestation de 4 personnes : un journaliste de l’agence Reuters [2] et le DJ, le chauffeur et un passager du camion anarchiste que la police a investi subitement avant de casser les vitres et de saisir la sono. Depuis, 1 personne a été relâchée, les 3 autres seront détenues pour 10 jours.

Après cette manifestation, nous avons été à la cérémonie d’ouverture durant laquelle Sushovan est intervenu sur l’illégitimité du G8 et le rôle de l’Inde.

Le soir, nous avions une réunion de coordination internationale. Etaient présents : Jubilee Sud, Via Campesina, FSU, Focus, FOEI, CADTM, ATTAC Japan et d’autres organisations japonaises. Dans un premier temps, nous avons fait l’état de la répression aux frontières. Via Campesina a rédigé un communiqué de presse. Nous avons énuméré tous ceux qui se sont fait interroger à leur arrivée à l’aéroport et ceux dont le visa a été refusé. Nous avons alors décidé de réagir rapidement et de faire une lettre ouverte au premier ministre japonais pour dénoncer ces méthodes qui ressemblent fort à la répression utilisée lors des réunions BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
à Singapour en 2006.
Il a été aussi décidé de faire un communiqué commun sur le contenu en fin de contre sommet.

Dimanche 6 juillet

J’ai donné une présentation sur le développement de l’Afrique avec Noël Florent de Jubile Sud du Cameroun et une dame de l’association luttant contre le TICAD (Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique). J’ai fait une annonce sur la tenue du forum des peuples. Cela a intéressé beaucoup de monde. Il y avait environ 25 personnes. Certaines personnes étaient très intéressées. J’ai donné à la suite une interview au correspondant au Japon du journal Le Monde et à NHK World, une radio japonaise qui émet en français.
Ensuite, lors d’un atelier avec des paysans japonais, Sushovan a fait une présentation sur l’agriculture en Inde et la situation des paysans indiens.

Pour finir la journée, nous sommes allés à la conférence de presse où la déclaration sur la répression a été lue. Le CADTM a signé cette déclaration.

lundi 7 juillet

Nous sommes allés à l’atelier dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
de Jubilé Sud. Nous n’intervenions pas mais il était intéressant d’entendre les différents éléments. L’après-midi, j’ai donné une présentation lors d’un atelier organisé par Action Aid sur la responsabilité du G8 en compagnie de Vinod Raina, Walden Bello, d’Action Aid et Noël du Cameroun. J’ai dénoncé très fortement l’illégitimité du G8 et le fait que le G8 est la pierre angulaire du système capitaliste avec les IFIs, OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
, transnationales, et OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
. Je suis également intervenue sur la responsabilité du G8 dans les crises actuelles et le résultat des politiques menées depuis 30 ans. Le fait de ne pouvoir rien attendre du G8, en m’appuyant sur l’exemple de la dette comme outil de domination. J’ai conclu par la nécessité d’abolir le G8, de s’attaquer au système et le changer.

Ensuite, une nouvelle manifestation était organisée dans Sapporo. Seulement 150 personnes environ étaient présentes avec toujours le même rituel policier et toujours le même stress de leur côté.

Pendant ce temps et à des milliers de kilomètres de là, se tient la 7e édition du Forum des Peuples à Koulikoro au Mali [3].

Les cérémonies d’ouverture se sont déroulées dans l’amphithéâtre de l’Institut Polytechnique Rural de Katibougou, agrémentées par la prestation du groupe de rap « les niananboys » très incisifs dans leur adresse aux autorités. La salle de l’amphithéâtre était comble, surchauffée, avec une atmosphère bon enfant. Un millier d’altermondialistes sont venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique Latine.

Voici ce que nous écrivait Jérôme Ollier (CADTM - Belgique) avant l’ouverture du Forum :

« La dernière réunion de préparation venant de se terminer (une quarantaine de personnes des différentes antennes de la Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD), quelques représentants d’autres organisations maliennes (notamment les étudiants), des représentants étrangers (notamment des organisations sénégalaises, Emilie du Bénin, Ibrahima de Mauritanie et un représentant du Niger)
Un programme très chargé en perspective :
4 jours d’activités, 7 conférences plénières, 19 ateliers et 81 interventions
Il y aura quatre espaces : paysans, jeunes, univers des femmes et marché des peuples (promotion de la consommation locale).

La CAD attend la participation d’environ 700 personnes :
200 personnes de Bamako
60 étrangers
90 de l’intérieur du pays
et 350 personnes de Koulikoro

Le forum avait été budgétisé à 89 millions F CFA, la CAD a rassemblé 29 millions de FCFA, dont 6 millions de FCFA du gouvernement (à titre de comparaison 2,5 millions de FCFA l’année dernière).

Des bâtiments d’un institut d’enseignement rural (3 salles d’une capacité totale de 1000 personnes) ont été mises à disposition et un bâtiment pour le logement (qui sera juste). Les lieux ont une fréquentation réduite depuis quelques années et les bâtiments n’ont pas été utilisés depuis 15 ans. Les camarades de la CAD ont fait un gros travail de nettoyage, mise en service (électricité, cuisine, sanitaire, incluant éradication des serpents nombreux sur le site).

Du point de vue médiatique, c’est positif : un spot TV a été diffusé au Mali, quelques radios ont été impliquées également dans l’annonce du Forum, un site est en ligne. Une quinzaine d’organes de presse participeront au Forum.

L’ouverture du Forum verra l’intervention du gouverneur de la région de Koulikoro, et celle d’un ministre. Mme Barry veut le ministre de l’agriculture pour l’interpeller sur l’initiative « riz ». Le gouvernement malien, à cause de la crise alimentaire, lance une initiative riz, elle sort publiquement aujourd’hui. Le forum va sûrement se focaliser beaucoup sur l’agriculture (et l’alimentation), il y aura également la participation du syndicat des travailleurs du coton. Il y aura un « symposium » d’ouverture du forum le lendemain de la cérémonie, conférence plénière où il y aura 7 ou 8 intervenants. Je parlerai sur la dette africaine. Mme Barry et Dao (CAD) ont rencontré le ministre de l’intérieur et le premier ministre pour parler du forum. Tous soutiennent.

Les grands thèmes de cette édition seront l’Afrique et la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale, l’Afrique comme Champ d’essai des politiques et modèles de développement, la souveraineté alimentaire, la problématique de la dette, l’impact économique et environnemental de l’extraction de l’or au Mali, les engagements du G8 et bien d’autres… comme la privatisation de l’HUICOMA, la destruction de l’écosystème due à la pollution de l’eau, et à la pollution atmosphérique, l’insécurité consécutive aux conflits dans certaines régions voisines.

Dans un message envoyé le 8 juillet, Salissou Oubandoma, délégué du RNDD du Niger au Forum des peuples nous décrit la première journée du forum : « Il faut dire que nos camarades du Réseau CADTM qui sont intervenus hier ont littéralement marqué le forum. Je veux parler de Jérôme Ollier (CADTM Belgique) qui a explosé la salle plénière quand il a mis à nu les relations d’inégalité extravagantes entre les riches et les pauvres. Il est également important de signaler qu’avec Jérôme, le CADTM a eu l’insigne honneur d’être la première organisation du forum à prendre la parole. Les applaudissements qu’a suscité l’intervention de Jérôme ont éveillé la combativité des participants et les slogans ne se sont pas faits attendre. Emilie Atchaka, du CADD Bénin, est revenue dans les débats toujours avec sa force et sa détermination pour appuyer les conséquences incommensurables que les politiques d’endettement ont causées. Elle a fini par lancer un appel à l’endroit des mouvements sociaux pour que la lutte continue. L’après-midi on a retrouvé Emilie dans l’animation d’un panel sur la Micro finance. »

Luc Mukendi, délégué du CADTM/AMSEL Lubumbashi (RDC) nous décrit lui aussi la journée du lundi 7 juillet : « Hier après-midi les activités ont repris en plénière dans l’Espace Paysan où plusieurs orateurs ont défilé à la tribune pour partager les expériences sur la loi d’orientation Agricole, l’initiative riz, l’accès aux intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. et l’usage des pesticides. Ce thème a été bien développé par une jeune femme ingénieur - agronome de la Côte d’ivoire qui a éveillé l’attention de beaucoup de paysans qui faisaient jusque là confiance aux produits non étiquetés. Le débat qui s’en est suivi était très riche.

Les travaux en atelier ont commencé à 15h30 et se sont terminés à 20h30. Comme c’est très difficile de prendre part à tous les ateliers au même moment, moi, Salissou et Solange nous nous sommes retrouvés dans celui des OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
et Souveraineté alimentaire. Surtout que j’avais ramené de Lubumbashi les produits des OGMs (oranges, mandarines, pommes...). Emilie, quant à elle, a vibré dans l’atelier Microfinance. On l’appelle déjà la Femme du Forum...

Apres le dîner nous avons été conviés à suivre le Film : « Un autre monde est possible » de Keny Arkana.

Ce matin les participants sont déjà prêts pour se rendre sur les lieux du Forum. Ils sont en grande majorité habillés en pagne vert avec logo du CAD-Mali et Forum des peuples. »

Luc Mukendi termine son message écrit le mardi 8 juillet par : « Notons que Lucile devrait arriver ce matin du Maroc et Victor Nzuzi est sûrement dans l’avion entre Nairobi et Bamako. Une réunion du réseau CADTM est en vue ».

Salissou Oubandoma nous commente aussi le démarrage de la journée du 8 juillet : « Eh ! Oui les travaux reprennent cette matinée de mardi 8 juillet 2008 à 8h avec la complicité d’un beau temps que la pluie de la veille a apporté.

La matinée du 8 juillet démarre par la restitution des travaux de la veille ; puis suivront deux séries de plénières. En ateliers, nous aurons droit, en tant que CADTM, à des séries de panels animés par Emilie, Salissou, Moctar, Lucile Daumas, Gérard Akoumey, Babacar Ngom, Victor Nzuzi ou Luc Mukendi probablement. »

En tous cas, pas d’essoufflement en vue au sein des mouvements sociaux à travers le monde pour exiger le respect des droits humains fondamentaux.



Notes

[1lemonde

[2Pour quelques photos de la manif : www.flickr.com/photos/powless

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2000, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

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Eric De Ruest

est membre du CADTM Belgique et co-auteur avec Renaud Duterme de La dette cachée de l’économie, Les Liens qui Libèrent, 2014.

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