Contre sommet du G8 au Japon et Forum des Peuples en Afrique, résistance festive en Belgique

11 juillet 2008 par Marie-Stéphane Gryson


La journée de mobilisation anti G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. à Liège a, malgré la pluie battante, été un vrai succès.

Le matin fut consacré aux travaux pratiques.
Les bricoleurs se sont d’abord attelés à la finition de la prison sur le char, destinée au théâtre de rue.
Puis ce fut le tour du puceron géant, fidèle représentant du sinistre G8 qui vampirise notre planète.

Vers 14h30, le cortège se met en marche au son de la fanfare, et arrive pour une première représentation de rue. Quatre coccinelles éclaireuses se chargent d’inviter le public à s’approcher et à participer tout en distribuant les tracts. Puis ce sont toutes les coccinelles qui envahissent la première place dans un tourbillon de joie, de danse et de musique pour célébrer l’union du Nord et du Sud symbolisée par le mariage de Tchant Ché et Négresse. Mais soudain, une musique sinistre se fait entendre : c’est l’arrivée du G8, au pas militaire, accompagné du puceron géant et d’un businessman. Les coccinelles s’écartent, apeurées. Ils déclament des slogans de droite tels que « grévistes terroristes » ou « la crise alimentaire, c’est bon pour nos affaires ». Négresse proteste et se fait mettre en prison. C’est alors que Tchant Ché organise une rébellion des coccinelles : main dans la main, elles contre-attaquent par trois fois, à chaque fois sont repoussées. La troisième fois, une des coccinelles est tuée. Un journaliste vient prendre des photos mais heureusement pour les chefs à rien, le businessman a prévu de quoi le soudoyer. La révolte est grandissante chez les coccinelles qui vont porter Tchant Ché jusqu’au puceron à qui il donne un coup de boule.
Négresse est libérée, et la fête peut reprendre sa place.
La saynète sera répétée trois fois dans différents lieux de la ville. Quelques passants, bravant la pluie, s’arrêtent, interloqués ou souriants, devant ce joyeux tumulte. La foule est appelée à venir prendre part au tribunal populaire qui se tiendra pour juger les membres du G8.
Ombre au tableau : la confiscation du char par la police après la première représentation constitue un signe supplémentaire que notre liberté de s’exprimer et de festoyer est en grand danger.

Vers 19h, sous un chapiteau rempli, le premier tribunal populaire, chargé de juger les crimes du système néolibéral et anti démocratique que représentent les 8 membres du G8, prend place.
7 chefs d’accusation ont été retenus : la crise alimentaire, la destruction de l’environnement, la guerre, la restriction de la démocratie et la prise en main des médias, la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde, les politiques migratoires, et le capitalisme.
Selon la procédure du contradictoire, chaque membre du G8 a pris la parole pour se défendre, sous les huées, sur un des thèmes. Puis des avocats populaires ont mis en évidence le scandale de leurs politiques. Le dernier plaidoyer a appelé à réfléchir sur la construction d’autres mondes. Les 8 membres du G8 ont, après délibération, été jugés coupables de tous les chefs d’accusation qui leur étaient reprochés.
Le tribunal a été un grand succès, le public l’a d’emblée investi en prenant à plusieurs reprises la parole et en interpelant directement les membres du G8. On sentait que le ressentiment était fort et le tribunal a servi d’exutoire. Malgré la longueur relative (environ une heure) et la densité du contenu, le public ne s’est pas ennuyé et les échos ont été très positifs. J’ai rencontré des gens me disant qu’ils étaient peu au courant des agissement du G8 à qui cette pièce avait beaucoup appris et leur donnait envie de s’informer encore sur le sujet. Objectif atteint !
La soirée s’est terminée avec des concerts, dans une ambiance festive à l’image du déroulement de la journée.

Pendant ce temps, le contre sommet du G8 à Hokkaïdo au Japon, où se sont rendus Myriam BOURGY (CADTM – Belgique), Sushovan DHAR (VAK – India) et Yoko (ATTAC Japan) se termine. Une conférence de presse s’est déroulée mercredi 9.
Myriam a souligné au cours de cette conférence de presse que les promesses faites par le G8 pour le développement de l’Afrique n’étaient que la réitération des promesses non tenues par ce même G8. Elle est également intervenue pour réfuter le passage dans le communiqué du G8 affirmant sans rire que « les initiatives du G8 ont libéré les pays africains de la charge de la dette », et a rappelé que ce sont les politiques favorisant l’intérêt privé, prônées par les dirigeants des pays riches, qui sont en grande partie responsables de la pauvreté de ces pays à l’heure actuelle.

Les participants à la dernière journée du Forum des Peuples au Mali ont également dénoncé les « effets d’annonce » permettant aux pays les plus riches de se donner bonne conscience, et ont exhorté ces derniers à tenir leurs engagements (les dirigeants d’Afrique du Sud, d’Algérie, d’Éthiopie, du Ghana, du Nigéria, du Sénégal, de Tanzanie, et le président de l’Union Africaine Jean Ping, présents à la réunion du G8 au Japon, y ont tenu les mêmes propos).
Les participants ont également, dans les débats, apporté une forte critique à l’égard de la dette et des politiques néolibéales imposées par le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
. Mais il a aussi été rappelé que les gouvernements africains ont une part de responsabilité dans les problèmes que rencontre le continent et que la lutte contre la corruption est essentielle pour faire bouger les choses.
Les divergences étaient bien présentes, particulièrement sur la question de « l’initiative riz » lancée par le gouvernement.

Les débats se sont conclus sur la question des résistances à mettre en place, avec des propositions plus ou moins radicales. La conclusion du forum est, selon Jérôme Ollier (CADTM Belgique) présent sur place, « fructueuse et porteuse de mobilisation » [1].
Le forum s’est clôt avec la déclaration des femmes, un discours de Mme Aminata Touré Barry ainsi que du gouverneur.
Jérome Ollier nous raconte ce qui s’est passé : « Les jeunes de No vox et les licenciés de Huicoma sont alors intervenus avec chants et banderoles pendant la « cérémonie ». Ils ont finalement pu lire leur déclaration. Cette action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
était en grande partie motivée par le fait que le gouverneur ne leur a été d’aucun secours lors du licenciement.
 »
Dans la Déclaration Finale, le Forum des Peuples en appelle notamment à l’annulation totale et inconditionnelle de la dette du Tiers-Monde, à l’arrêt des politiques néolibérales et à la suppression du FMI et de la Banque Mondiale. Il réclame également la suppression de la « Directive de la honte ». [2]

Ces journées qu’ont vécues les militants altermondialistes en divers points de la planète donnent de l’espoir pour la poursuite de la lutte !