Annual World Bank Conference on Development Economics

Contributions au débat « On Track ? Derailed ? Other Voices for Other Route »

30 juin 2004 par Eric Toussaint


Intervention d’Eric Toussaint, président du Comité pour l’Annulation de la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde (CADTM) au débat contradictoire « ON TRACK ? DERAILED ? OTHER VOICES FOR OTHER ROUTES » qui s’est tenu dans le cadre de l’Annual World Bank Conference on Development Economics, au Palais d’Egmont, à Bruxelles, le 10 mai 2004 [1]

1) La question que l’organisateur du débat me pose aujourd’hui : qu’a-t-on appris du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI) et de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
(BM) ces dernières années en termes d’évolution ?

Selon moi, l’évolution de la BM et l’évolution récente du FMI vont dans le mauvais sens. Une évolution régressive.

Il y a quelques années encore, les réformistes comme Joseph Stiglitz et Ravi Kanbur [2] s’exprimaient, faisaient des propositions. On pouvait penser au retour d’un keynésianisme modéré au sein de la Banque. Manifestement, cet épisode est terminé. Ils ne sont plus là.

Du côté du FMI, l’élection de Rodrigo Rato, à nouveau un Européen à sa tête comme directeur général, indique que malgré les demandes répétées d’une série de pays, membres de la BM et du FMI, on ne respecte pas la volonté de bonne gouvernance au sein de ces deux institutions. C’est un peu comme dire : « Faites la bonne gouvernance comme on vous dit de la faire, mais ne faites surtout pas comme nous ».

2) Par rapport aux objectifs du Millénaire [3], manifestement, ils ne seront pas atteints alors qu’ils sont déjà très timides.

La pauvreté, nous dit-on, a tendance à diminuer. Peut-être trop lentement mais quand même, elle diminue.
Soyons sérieux. Les deux pays qui permettent à la BM de dire que le chiffre absolu de pauvres a diminué, ce sont la Chine et l’Inde. Deux pays qui selon la BM n’appliquent pas entièrement ses recommandations et celles du FMI.

Vous le savez très bien. Une série de mesures de contrôle sur les mouvements de capitaux, d’inconvertibilité de la monnaie chinoise, etc. ne sont pas conformes aux recommandations de la BM et du FMI.

Et vous espérez bien, à la BM et au FMI, changer les choses dans le cadre de l’adhésion de la Chine à l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
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et ses conséquences. Et là on verra si cette diminution de la pauvreté continuera en Chine ou au contraire si le coût de l’intégration complète de la Chine au marché mondial, dans les conditions actuelles du commerce mondial, augmenteront ou pas la pauvreté.

Je crois qu’il y a un grand risque qu’elle augmente.

En tout cas, ce qui est certain : dans les régions du monde qui ont appliqué le plus radicalement les recommandations de la BM et du FMI, à savoir l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine et la Caraïbe et l’Europe centrale et orientale, c’est là, d’après vos chiffres, qu’il y a eu une forte augmentation de la pauvreté absolue.

Et donc, ce n’est pas en appliquant vos recommandations que l’on atteindra les objectifs de réduction de la pauvreté dans le cadre du Millenium Round (les objectifs du millénaire).

3. La dette des PPTE PPTE
Pays pauvres très endettés
(En anglais : HIPC).
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en 4 étapes particulièrement exigeantes et complexes.
Tout d’abord, le pays qui sollicite une aide au titre de cette initiative doit mener docilement, en général pendant 3 ans, des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire, et avoir obtenu des résultats dans l’application de cette stratégie pendant au moins un an.

À la fin de ces 3 années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allègement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %.
Troisième temps, si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allègements de la part des États créanciers et des banques privées, et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période est déterminée par la mise en œuvre satisfaisante des réformes clés convenues au point de décision, dans un souci de maintien de la stabilité macroéconomique.

A l’issue, arrive le point d’achèvement. Le reste de allègement est alors fourni, pour permettre au pays de revenir à des critères de soutenabilité (exposés ci-dessus) jugés satisfaisants.
Le coût de cette initiative est estimé à 54 milliards de dollars, soit environ 2,6% de la dette extérieure du Tiers Monde.
Les PPTE sont au nombre de 42 seulement, dont 34 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, la Guyana, le Laos, le Vietnam et Myanmar.
Au 30 septembre 2003, 27 pays ont atteint le point de décision, et seulement 8 sont parvenus au point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin.
(Pays Pauvres Très Endettés. En anglais : HIPC) et celle des pays dit émergents.

3.1. L’initiative PPTE. Vous êtes certainement au courant de la publication le 20 avril 2004 par le General Accounting Office des Etats-Unis d’un rapport [4] extrêmement inquiétant et négatif sur le financement de l’Initiative PPTE. Le GAO parle d’un gap, d’une insuffisance extrêmement importante de financement de cette initiative. Selon le GAO, il manquerait 375 milliards de dollars d’ici 2020 pour atteindre l’objectif de soutenabilité de la dette des PPTE. Donc, de ce côté-là, le panorama est également extrêmement inquiétant.

3.2. La dette des pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». . Par ailleurs, on peut s’interroger sur ce que l’augmentation de l’endettement des pays émergents va donner comme résultats dans les années à venir.

Aujourd’hui il y a une légère augmentation du prix des matières premières. Il y a un endettement renouvelé, important. Une forte émission de bons de la dette publique. Donc il y a une croissance de la dette dans un contexte de taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
relativement bas.

On sait que les taux d’intérêts vont augmenter.
Si les prix des matières premières, qui sont, on le sait, volatiles, repartent à la baisse, que va-t-il se passer dans un an, dans deux ans ?

Je vous pose la question et, à mon avis, il y a de quoi s’inquiéter.

Je termine par deux choses.

4. Il y a à nouveau transfert net Transfert financier net
Transfert net
On appellera transfert financier net la soustraction du service de la dette (remboursements annuels - intérêts plus principal - aux pays industrialisés) et du rapatriement de bénéfices par les multinationales du Nord, des versements bruts de l’année (prêts et investissements venant de ces mêmes pays créditeurs). Le transfert financier net est dit positif quand le pays ou le continent concerné reçoit plus (en prêts, en don et en investissement) que ce qu’il rembourse et que ce qu’il verse sous forme de rapatriement de bénéfices par les multinationales. Il est négatif si les sommes remboursées sont supérieures aux sommes qui entrent dans le pays.
De 1982 à 1990, en ce qui concerne l’Amérique latine, le transfert net a été négatif chaque année. Pendant cette période, plus de 200 milliards de dollars ont été transférés de manière nette d’Amérique latine vers les pays du Nord (Ugarteche, 1996, p. 235).
négatif sur la dette [5]. Les pays endettés remboursent plus que ce qu’ils ne reçoivent comme prêts. C’est également vrai dans le cas de la Banque mondiale depuis 1998. Vous à la Banque mondiale, vous recevez plus d’argent en remboursements que ce que vous octroyez comme nouveaux prêts. Vous le savez très bien puisque c’est vous qui publiez cela dans les World Debt Tables.

5. Dernier point.

Les inégalités s’accroissent. Vous ne parlez plus du thème de la redistribution des revenus. Cela, c’était bon pour Hollis Chenery [6]. Cela remonte à il y a très longtemps. Dans les années 70.

Depuis les années 80, vous parlez de réduction de la pauvreté mais vous ne parlez plus de la répartition des revenus. Tant que l’on n’abordera pas frontalement la question de la répartition des revenus et du patrimoine dans les pays du Sud, dans les pays du Nord, et entre Nord et Sud, on ne trouvera pas de solution.

Deuxième contribution d’Eric Toussaint au débat.
Bruxelles, le 10 mai 2004

Les régions du monde qui ont systématiquement appliqué les politiques de la Banque Mondiale et du FMI ont connu une croissance de la pauvreté absolue.

Premièrement, je vais commencer par répondre à M. Uri Dadush, directeur du groupe de Perspectives de développement de la Banque Mondiale qui vient de déclarer que je me trompais en affirmant que les régions du monde qui ont systématiquement appliqué les politiques de la Banque Mondiale et du FMI ont connu une croissance de la pauvreté absolue. Il prétend que les pays qui ont appliqué les politiques de la Banque Mondiale ont au contraire obtenu des résultats positifs sur la réduction de la pauvreté. Ceci est incorrect.

Les chiffres sont très simples, il n’y a qu’à regarder les données présentées clés mondiaux publiés par la Banque Mondiale.

C’est très simple. Vous comptabilisez le nombre de pauvres en utilisant le seuil d’un dollar par jour et vous appliquez votre critère à l’Amérique latine, l’ancien bloc soviétique et l’Afrique sub-saharienne et vous obtenez en 1999, 100 millions de personnes de plus qui vivent dans la pauvreté absolue qu’en 1990.

Selon la même source, en Chine et en Inde le nombre de pauvres absolus a diminué de 200 millions. A partir de cela, vous prétendez que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue a diminué de 100 millions. Ceci est un calcul simple : vous pouvez dire qu’il y a 100 millions de pauvres en moins qu’il y a 10 ans grâce à la contribution de la Chine et de l’Inde.

Si vous prenez l’ancien bloc soviétique, en utilisant vous propres chiffres, l’Afrique sub-saharienne en utilisant vos propres chiffres et l’Amérique latine et la Caraïbe en utilisant vos propres chiffres, le nombre de pauvres a augmenté.

Maintenant vous sous-estimez la situation réelle de la pauvreté, du nombre de pauvres, comme le Programme des Nations unies pour le développement PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
(PNUD) et la CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC).
Site web :
l’ont montré dans différentes études. Ce que j’affirme est sérieux. C’est quelque chose sur quoi je ne transige pas. Je me base sur vos données qui, je pense, sous-estiment la gravité de la situation.

Pour mon deuxième point, je voudrais faire appel à l’histoire. Le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ont été créés après la seconde guerre mondiale, après une longue période de dépression et d’instabilité, pour réguler l’économie.

Depuis 1980, nous sommes passés par 25 ans de démantèlement des mécanismes de régulation, démantèlement du contrôle des flux de capitaux et démantèlement des législations du marché du travail. C’est quelque chose que vous admettez vous-mêmes : vous voulez défaire, vous voulez supprimer les mécanismes qui sont un obstacle à la libéralisation des marchés. Et vous avez fait cela pendant 25 ans.

Je pense que l’on peut maintenant tirer les leçons de ce travail de 25 ans. Si c’était 5 ans, vous pourriez dire « OK, laissez-nous du temps pour faire nos preuves » mais vous avez eu 25 ans et les résultats sont horrifiants. Cela est très clair.

Et j’espère qu’il y aura un retour de balancier. En d’autres mots, qu’il y aura un nouveau mouvement de régulation. Certaines personnes, dans vos institutions, (comme J. Stiglitz) ont fait des suggestions et elles n’ont pas été écoutées. Il y a encore quelques réformistes mais on ne publie pas leurs opinions ; les autres viennent de démissionner. Et vous n’avez pas été capables de faire les changements nécessaires. Le changement va inévitablement se produire parce que la réalité est là, la pression est extrêmement forte.

Il y a des mouvements qui s’opposent à cette globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
néo-libérale qui bénéficie aux multinationales et d’autres mouvements populaires. La pression sera telle que vous serez condamnés à reconnaître à un certain moment qu’une approche différente est nécessaire.

Maintenant, j’en viens à mon troisième point. Si l’on prend les chiffres du PNUD et de la Banque Mondiale, on a alors besoin de 80 milliards supplémentaires par an pendant 10 ans pour assurer l’accès universel à une gamme de services de base.

Laissez moi faire un calcul très simple. En termes de dette externe, les pays du Tiers Monde remboursent chaque année trois fois ce montant. Je ne parle pas de la dette totale, je parle de la dette publique, celle des gouvernements. Ils remboursent chaque année entre 220 et 240 milliards de dollars.

Une autre comparaison : 80 milliards de dollars cela représente le 1/5 du budget militaire américain. C’est 8% des dépenses publicitaires mondiales. C’est la moitié du total des fortunes des quatre personnes les plus riches du monde. Cela représente 0,3% du total des fortunes de tous les millionnaires de la planète qui représentent moins de 0,1% de la population mondiale. En d’autres termes, si vous avez besoin d’argent, il y a quelques avenues qui peuvent être explorées. Prenez l’argent là où il est.

Je me rappelle avoir été sidéré en lisant dans un document de la Banque Mondiale de 1994 quelque chose qui voulait dire :

« C’est magnifique, les pauvres veulent payer des impôts ... alors que les riches n’aiment pas en payer ». La conclusion que la Banque en a tiré est que les pauvres devraient payer des impôts puisqu’ils sont d’accord d’en payer, et que nous ne devrions pas prélever des impôts chez les riches.

Mais la situation changeante signifie la mise sur pied et l’application d’un système d’imposition progressive. De nombreux mouvements citoyens luttent pour cela.

Et finalement, regardons ce tableau.

Graphique 1. Comparaison entre les dépôts des PED dans les banques des pays les plus industrialisés et les dettes des PED à leur égard

La colonne rouge dans la partie gauche du tableau représente les dépôts effectués dans les banques du Nord par les résidents des pays endettés. La source de cette information est la Banque des règlements internationaux (BRI, www.bis.org). Ce sont donc des nationaux du Sud qui déposent de l’argent dans les banques du Nord. Nous ne parlons pas des pauvres, nous parlons des capitalistes vivant dans le Sud dont les dépôts en liquide dans les banques du Nord s’élèvent à 1460 milliards de dollars. Sur la colonne blanche, vous voyez 700 c’est-à-dire 700 milliards de dollars. Ceci représente le total des crédits octroyés par les Banques du Nord aux pays du Sud, ce qui signifie que les pays du Sud sont créanciers nets (prêteurs nets également) et non l’inverse.

Après 13 ans de procédures juridiques entamées par les autorités philippines à la fin des années 80 après la chute de la dictature de Marcos, contre sa famille, la Suisse a renvoyé 500 millions de dollars aux Philippines. C’était l’année dernière. L’argent volé par Fujimori et Montesinos a été rétrocédé par la Suisse au Pérou ; certaines sommes ont également été rétrocédées au Mexique. Quelle serait l’issue si nous soutenions les recherches visant à localiser l’origine exacte de l’argent déposé sur des comptes dans les banques du Nord et si l’argent acquis de manière illicite était rétrocédé aux populations du Sud à travers des fonds de développement gérés par les populations du Sud.

En résumé, l’argent doit être pris chez ceux qui l’ont - c’est-à-dire les super riches - et rendu aux populations du Sud. Des mesures qui vont plus loin doivent être prises pour redistribuer la richesse. C’est seulement en appliquant ces mesures et en abandonnant le Consensus de Washington que les objectifs du Millénaire auront une chance d’être atteints.



Notes

[1Ceci est la version éditée de l’intervention d’Eric Toussaint dans le débat : Sur la bonne voie ? Déraillé ? D’autres voix pour d’autres routes. Président : Patrice BARRAT, The Bridge Initiative on Globalization. Participants au débat : Eric TOUSSAINT, Président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde ; Christophe AGUITON, Militant à ATTAC ; Augusto LOPEZ-CLAROS, Economiste en chef du Forum économique de Davos ; Uri DADUSH, Directeur du groupe sur les perspectives de développement, Banque mondiale. Sur le site de la Banque mondiale.

[2Voir la déclaration de la Banque à propos de la démission de Ravi Kanbur en juin 2000 : http://www.worldbank.org/poverty/wdrpoverty/rkanbur.htm

[3Les objectifs du millénaire sont destinés à réduire la pauvreté d’ici 2015, dans huit domaines allant de la pauvreté monétaire à la santé et de l’éducation à l’accès à une alimentation décente. Voir le livre 50 Questions 50 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, Damien Millet et Eric Toussaint, éd. CADTM/Syllepse, 2003.

[4Le GAO est l’équivalent de la Cour des Comptes. Rapport complet disponible sur internet : www.gao.gov/cgi-bin/getrpt ?GAO-04-688T

[5On appelle transfert net sur la dette la différence entre le service de la dette (remboursements annuels - intérêts plus principal - aux pays industrialisés) et les prêts reçus pendant la même période. Le transfert net sur la dette est positif quand le pays ou le continent concerné reçoit plus (en prêts) que ce qu’il rembourse. Il est négatif si les sommes remboursées sont supérieures aux sommes prêtées au pays ou au continent concerné. Le transfert net sur la dette est négatif depuis 1997 pour les PED pris ensemble. Pour l’Amérique latine et la Caraïbe, il est négatif depuis 1996.

[6Hollis Chenery a été économiste en chef à la Banque mondiale de 1970 à 1982 pendant le mandat de Robert McNamara (président de la Banque mondiale de 1968 à 1981).

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

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