Côte d’Ivoire : Sucre, lait, conserve de tomate-Nouvelle folie des prix sur le marché

27 mars 2009 par Cissé Cheick Ely


La fin des mesures gouvernementales contre la cherté de la vie semble créer une nouvelle inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. sur le marché. Les prix des denrées alimentaires connaissent une nouvelle flambée au grand mécontentement des ménages.

« Afin d’atténuer les effets de l’envolée persistante des prix internationaux sur les populations, le gouvernement, en dépit des contraintes budgétaires, a décidé de faire des efforts financiers supplémentaires », indiquait un communiqué du pouvoir exécutif lu le 2 juillet 2008 à la télévision nationale par le secrétaire général du gouvernement. « C’est pourquoi le gouvernement reconduit pour une période de trois mois l’ordonnance du 1er avril », précisait le texte.

En effet, ces mesures conjoncturelles consacraient la suspension temporaire des droits et taxes à l’importation sur l’huile, le lait, le riz, le sucre, la farine de blé, le poisson, la conserve de tomate. Le texte réduisait aussi de moitié de 18 à 9% la TVA sur ces mêmes produits, à l’exception de la farine de blé, du riz et du poisson, ainsi qu’il suspendait la « taxe pour le développement de la culture du riz ».

Si ces mesures en plus de la campagne de lutte contre le racket et les tracasseries routière (lancée en juin 2008 par le Cema) ont d’une part mis fin aux violentes manifestations des consommations (en avril 2008), leur reconduction trois mois après a permis de maintenir les prix à un niveau relativement acceptable avant de prendre fin dans le dernier trimestre de l’année écoulée. Du coup, les anciennes habitudes semblent prendre de l’ampleur avec une nouvelle folie des prix qui s’empare progressivement du marché au grand dam des ménages.

Le pouvoir d’achat des ménages s’étiole

Puisqu’entrainant encore une baisse drastique de leur pouvoir d’achat. En effet, dix jours après la hausse du kilogramme de sucre blanc qui est passé de 500 à 550 Fcfa pour atteindre 600 ou 700 Fcfa dans les communes d’Abidjan, d’autres produits ont suivi cette tendance haussière. La grande boîte de lait concentré non sucré Bonnet rouge (410 g) affiche aujourd’hui 750 Fcfa contre 650 Fcfa, soit une majoration de 100 Fcfa en quelques semaines. Idem pour la boîte de 170 g, qui est maintenant à 375 Fcfa au lieu de 350 Fcfa. Selon le détaillant Hassan Mohamed rencontré dans une boutique à Treichville, cette augmentation fait suite à celle des prix de gros. De 21.000 Fcfa, soutient-il, le carton de Bonnet rouge est livré à 32.000 Fcfa. « Si nous ne répercutons pas cette hausse sur nos prix, comment on peut espérer réaliser un gain. Vous comprenez que nous sommes souvent obligés de le faire. Aujourd’hui, ce n’est pas le Bonnet rouge seulement qui est en hausse, tous les produits laitiers suivent ce mouvement », explique le commerçant et il en veut pour preuve la montée des prix des marques Princesse et Lp (lait concentré sucré, 1 kg) dont les cartons de 24 boîtes sont vendus à 25.000 FCfa au lieu de 23.000 Fcfa.

La flambée des prix touche également la conserve de tomate dont la boîte moyenne vaut actuellement sur le marché 500 Fcfa contre 450 Fcfa. Curieusement le sachet de Nescafé qui n’était pas concerné pas l’inflation, connaît malheureusement une hausse à l’image de l’emballage de 25g qui est monté de 275 à 350 Fcfa. Selon Koné A, propriétaire d’une boutique à Abobo, ce sont les grossistes qui ont revu leurs prix à la hausse, l’effet d’entraînement agit nécessairement sur le consommateur final. De nombreux grossistes renvoient ce nouveau contexte de renchérissement des prix à la fin des mesures du gouvernement, notamment le retour de la Tva à son niveau d’avant de 18%. « La Tva est maintenant à 18%. Donc c’est ce qui est appliqué désormais sur les prix. Toute chose qui conduit nécessairement à une hausse.

Dans le cas contraire, on commercera à perte. D’ailleurs à côté de cela, l’administration fiscale nous met la pression pour l’utilisation de la facture normalisée. On ne peut pas s’amuser à ne pas prendre cela en compte dans le prix final », précise un grossiste dans son magasin à Adjamé. Mais cependant le prix affiché pour l’huile raffinée contrarie les arguments des opérateurs économiques qui semblent se focaliser sur la valeur actuelle de la Tva. Nonobstant la baisse appliquée par la société Sania-Cie, filiale du groupe Sifac et productrice des marques Palme d’or et Dinor sur ses prix, le litre d’huile est toujours à 800 Fcfa chez de nombreux commerçants.

Or depuis le 12 février 2009, de 117.431 Fcfa HT, le fût de 200 litres est passé à 108.475 Fcfa HT et 109.322 Fcfa HT respectivement pour les deux marques. Les prix TTC s’établissent donc à 128.000 Fcfa pour Palme d’or et 129.000 Fcfa pour Dinor toujours pour la même quantité. Selon un communiqué de presse émanant de Sania, cette baisse des prix intervient au moment où les mesures de l’Etat qui ont permis de réduire de moitié la Tva (qui a chuté de 18 à 9% pour certains produits dont l’huile) depuis le 1er avril 2008, vient de prendre fin. « Afin d’éviter une hausse consécutive des prix au passage de la Tva de 9 à 18%, la société a décidé de baisser son prix de vente HT », précise le communiqué de presse. L’objectif visé par cette stratégie est d’arriver à un prix de vente de 700 Fcfa au litre par le détaillant.

Avril 2009 comme avril 2008 ?

L’effet escompté n’a pas eu lieu d’autant que les opérateurs économiques se sont accrochés à leurs anciennes étiquettes (800 Fcfa le litre). Peut-être pour accroître de façon substantielle leur marge. Parce que justement les nouveaux prix que devrait induire la baisse consentie par Sania-Cie, n’affectaient pas négativement le résultat des grossistes et détaillants.

Toute chose qui fait dire à certains ménages que la cherté du marché est liée à une fixation anarchique des prix, sans intervention réelle de l’Etat avec des contrôleurs de prix visibles dans les bureaux mais invisibles dans les lieux d’échanges commerciaux. Un feed-back en perspective. Dans la mesure où les ménages préviennent qu’à cette allure, l’on risque de revivre les mêmes évènements marqués par les violentes manifestations contre la cherté de la vie (en avril et juillet 2008). « C’est vraiment dommage. On a l’impression qu’on retourne au point de départ. Puisque progressivement on assiste à l’inflation des prix des denrées sur le marché depuis la fin des mesures du gouvernement. Chaque jour que Dieu fait, on doit faire face à une nouvelle hausse. Ce n’est pas normal. Les autorités doivent prendre ce problème au sérieux avant qu’il ne soit trop tard », s’offusque Traoré Salia, ménagère rencontrée à Williamsville. Surtout que les associations de consommateurs ne restent pas indifférentes à la situation.

Pour Doukoua Godé président de la Fédération des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire (Fac-CI), la responsabilité incombe au gouvernement qui devrait selon lui, reconduire ces mesures pour atténuer la souffrance des populations. « Nous avons interpellé les gouvernants depuis le mois de janvier sur cette question. Car en attendant de prendre des mesures économiques profondes et durables, il urge de maintenir le niveau de la Tva à 9%. Il n’y a pas que les problèmes politiques à régler dans le pays. Il y a surtout les problèmes économiques et sociaux auxquels l’Etat doit trouver des solutions », s’indigne-t-il. Plus incisif, le président de la Fédération des associations de consommateurs actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
de Côte d’Ivoire (Faca-ci) Komoé Marius prévient que devant l’envolée effrénée des prix, le mois d’avril risque d’être chaud. « Nous sommes en contact permanent avec les opérateurs économiques qui nous informent des mouvements du marché afin qu’on ne s’en prenne pas à eux, étant entendu tout de même qu’il y a également des commerçants véreux.

Aujourd’hui le Nescafé, le sucre, les produits laitiers, sont en hausse croissante. Mais nous disons qu’on n’avait pas besoin de dire aux gouvernants de laisser courir les mesures conjoncturelles puisqu’ils savent la misère des Ivoiriens », maugrée-t-il. Avant d’annoncer des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
d’ici le mois prochain. A l’en croire, sa fédération va initier une campagne de sensibilisation dans les tribunes libres d’expression pour préparer une riposte adéquate et proportionnée contre la cherté de la vie qui prend des proportions inquiétantes.

Source : allafrica.com