Crise du lait : Les raisons de la colère

16 octobre 2009 par Esther Vivas


Les éleveurs et producteurs de lait sont sur le pied de guerre. Le secteur traverse un crise profonde provoquée par la forte baisse des prix du lait impactant particulièrement les petits et moyens éleveurs qui, devant ces difficultés, abandonnent petit à petit leurs exploitations.

Mais il ne s’agit pas seulement d’une “crise des prix” mais aussi d’une crise du modèle agricole, résultat des politiques gouvernementales poussant à une agriculture et une production intensive et insoutenable dans la durée. Malgré les mobilisations, le Conseil agricole de l’Union européen est reste impassible face à la crise du secteur, autorisant un haut niveau de production alors que la demande diminue, ce qui a entraîne une chute brutale du prix du lait et l’appauvrissement des petits producteurs.

C’est pour cela que les revendications de la Plate-forme rurale de la Coordination européenne de Via campesina [1] exige, en premier lieu, une régulation du marché adaptant l’offre à la demande alors qu’aujourd’hui on favorise l’augmentation des quotas de production indépendamment de l’offre. Cette politique fait fondamentalement le jeu de l’industrie laitière et de la grande distribution qui achète le lait aux producteurs à un prix sans cesse plus bas.

En second lieu, il s’agit de soutenir les petites et moyennes exploitations qui sont en train de payer la crise et que l’Union européenne cherche à faire disparaître. Il faut au contraire adapter la production en fonction de la taille des exploitations, la diminuer pour les industries de production intensive et protéger les petites. Il faut qu’il y ait une répartition équilibrée des exploitations laitières sur le territoire en cherchant un équilibre agro-climatique, contrairement à ce qui se fait aujourd’hui où l’on favorise les concentrations près des ports maritimes qui importent du soja pour l’alimentation animale.

En troisième lieu, il est urgent d’arriver à un équilibre entre les méthodes de production et le respect de l’environnement. La production laitière intensive, à base de soja importé, d’animaux enfermés, de contamination des sols, etc. est une des principales causes du changement climatique. C’est pour cela qu’il faut viser une production laitière diversifiée et durable pour les personnes, les animaux et le milieu naturel.

La crise laitière nous affecte tous car nous avons besoin d’un monde rural vivant, des aliments de qualité et de proximité, payé à un juste prix aux producteurs. Dans un contexte de crise sociale, économique et écologique, cela est plus évident que jamais.

*Esther Vivas est auteure de "En campagne contre la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
” (Syllepse, 2008).Tête de liste d’Izquierda Anticapitalista aux élections du Parlement européen de 2009. Traduction Jacques Radcliff.



Notes

[1Via Campesina coordonne des organisations de petits et moyens paysans du monde entier et se bat pour la souveraineté alimentaire.

Esther Vivas

est née en 1975 à Sabadell (Etat espagnol). Elle est auteure de plusieurs livres et de publications sur les mouvements sociaux, la consommation responsable et le développement durable. Elle a publié en français En campagne contre la dette (Syllepse, 2008) et est coauteure des livres en espagnol Planeta indignado. Ocupando el futuro (2012), Resistencias globales. De Seattle a la crisis de Wall Street (2009) est coordinatrice des livres Supermarchés, non merci et Où va le commerce équitable ?, entre autres.
Elle a activement participé au mouvement anti-globalisation et anti-guerre à Barcelone, de même qu’elle a contribué à plusieurs éditions du Forum Social Mondial, du Forum Social Européen et du Forum Social Catalan. Elle travaille actuellement sur des questions comme la souveraineté alimentaire et le commerce équitable.
Elle est membre de la rédaction de la revue Viento Sur et elle collabore fréquemment avec des médias conventionnels tels que Público et avec des médias alternatifs comme El Viejo Topo, The Ecologist, Ecología Política, Diagonal, La Directa, entre autres.
Elle est également membre du Centre d’Études sur les Mouvements Sociaux (CEMS) à l’Université Pompeu Fabra.
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