Crise financière en Europe : en finir avec le rafistolage

2 décembre 2010 par Attac France


Encore un mauvais dimanche pour les Ministres des finances européens. Ballotés au gré des humeurs des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
, ils ont bricolé le 28 novembre avec le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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un nouveau plan de sauvetage des banques, rebaptisé « plan d’aide à l’Irlande ».

Le plan de 85 milliards d’euros mis en place par l’Union européenne et le FMI vise officiellement à sauver de la faillite les banques irlandaises. Il s’agit en fait d’un nouveau geste désespéré pour repousser le moment de vérité.

A la différence toutefois des épisodes précédents, il ne se trouve plus guère « d’experts » pour proclamer que cette fois-ci la crise est jugulée. Son aggravation est au contraire inéluctable, tant que les marchés financiers n’auront pas été désarmés.

La logique du plan annoncé est transparente : les créanciers des banques irlandaises - banques et fonds d’investissements européens et internationaux - ne veulent pas perdre un centime d’euro. Les autorités irlandaises nationalisent leurs banques pour pouvoir rembourser toutes les dettes et rassurer les milieux financiers. Dans l’espoir affiché de reprivatiser ultérieurement, quand l’orage sera passé.

Pour financer cette assurance tous-risques offerte aux banques internationales, l’Irlande après la Grèce impose à sa population des sacrifices considérables. Le Portugal est lui aussi sur la sellette . Les spéculateurs – à commencer par les grandes banques européennes elles-mêmes – ont déjà en ligne de mire la cible suivante : l’Espagne, ruinée comme l’Irlande par le krach immobilier.

Les rafistoleurs du dimanche vont bientôt être à court d’outils. Il leur faudra tôt ou tard se rendre à l’évidence : les dettes des États, provoquées par la récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. et le sauvetage des banques, ne pourront pas être remboursées. Les résistances sociales qui montent en Europe ne permettront pas à l’industrie financière de faire payer toute la note par les populations. L’Allemagne a obtenu de ses partenaires que les créanciers pourraient être mis à contribution lors d’une prochaine crise, à partir de 2013, au cas par cas... et si 85% d’entre eux sont d’accord.

Pour enrayer l’effondrement en cours de la zone euro, il faudra aller bien au delà de ces bricolages :

- taxation et régulation stricte des transactions financières, à commencer par les transactions sur l’euro ; interdiction de la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
sur les dettes publiques ; fermeture des marchés de gré à gré Marché de gré à gré
Gré à gré
Un marché de gré à gré ou over-the-counter (OTC) en anglais (hors Bourse) est un marché non régulé sur lequel les transactions sont conclues directement entre le vendeur et l’acheteur, à la différence de ce qui se passe sur un marché dit organisé ou réglementé avec une autorité de contrôle, comme la Bourse par exemple.

- mise en faillite des banques trop endettées, sans indemnisation des créanciers et actionnaires qui ont accumulé les profits en jouant avec le feu ;

- nationalisation des banques renflouées par les fonds publics ; ces banques devront rapidement être socialisées, c’est-à-dire placées sous le contrôle démocratique des salariés, des citoyens et des pouvoirs publics.

- interdiction aux banques de dépôts, qui gèrent l’épargne des particuliers, de prendre des positions spéculatives et d’avoir des filiales dans les paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.

- restructuration de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, voire défaut partiel pour les États étranglés par la charge de la dette publique : la dette creusée par les cadeaux fiscaux aux riches, la crise financière et le renflouement des banques, est une dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
.

- en complément, monétisation partielle de la dette publique, la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
achetant directement aux États leurs obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
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En l’absence de mesures de rupture avec la dictature de la finance, la zone euro et l’Union toute entière s’enfonceront dans un chaos annoncé, source de séismes politiques imprévisibles.