Crise : l’heure de vérité

18 août 2011 par Isaac Johsua


Nous voilà à la veille du troisième anniversaire de la chute de Lehman Brothers qui, le 15 septembre 2008, a marqué le début officiel de la crise proprement financière. Une nouvelle crise occupe le devant de la scène, celle de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
souveraine, et elle est présentée comme totalement indépendante de la première. Il y a surendettement des Etats et ce surendettement serait dû à l’impéritie des gouvernements, à leur laisser-aller en matière de dépenses. Il n’en est rien : la crise de la dette souveraine n’est qu’une prolongation de la grande crise qui a failli emporter le monde il y a trois ans. Avec l’éclatement de la bulle immobilière (en particulier américaine), la dette des ménages est devenue celle des organismes financiers, et celle-ci à son tour est devenue celle des Etats. Un exemple caricatural est celui de l’Etat irlandais, prenant à sa charge les engagements de banques plombées par les actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
« pourris » de la crise financière, essayant de combler un puits sans fond : 29,3 milliards d’euros, par exemple, pour tenter d’assainir la seule Anglo Irish Bank ; 50 milliards d’euros en 2010, soit près d’un tiers du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
, pour renflouer des banques dont les pertes avaient été auparavant dissimulées [1].

L’incapacité des ménages à faire face à leurs obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
a mis en péril la sphère financière et les Etats n’ont pas hésité une seconde à voler à son secours, sans poser aucune condition, suivant le bon vieux principe : « privatisation des profits, socialisation des pertes ». En Europe, selon la Commission, pour recapitaliser les banques et éponger leurs actifs toxiques, 230 milliards d’euros auraient été dépensés par les Etats, soit un peu plus de 2% du PIB européenI [2]. Aux Etats-Unis, le Troubled Asset Relief Program (TARP) a accordé des aides à diverses institutions financières pour un montant de 700 milliards de dollars ; parallèlement, la Fed (banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. américaine) a prêté à ces institutions à taux zéro pour plus de 2500 milliards de dollars. En octobre 2010, le coût total du seul sauvetage financier s’élevait à 7800 milliards de dollars [3]. La pelote empoisonnée du surendettement a ainsi été transmise de main en main, mais elle n’a pas disparu pour autant, au contraire. A cette lourde charge s’est ajouté l’effet mécanique du recul de l’activité sur les finances publiques, un effet qui tarit les recettes fiscales et pousse au contraire les dépenses publiques à la hausse. Le tout sans oublier le poids écrasant des divers plans de relance. En 2008, 27% du PIB mondial auraient ainsi été injectés pour sauver le système en perdition [4]. La Chine à elle seule a mis en œuvre un plan de relance de 585 milliards de dollars.

La meilleure preuve de la filiation qui relie la crise immobilière à celle des Etats nous l’avons avec le tableau 1, qui retrace l’évolution du poids du déficit public dans le PIB. De 2005 à 2007 ce poids demeure dans des limites tout à fait raisonnables pour la plupart des pays européens aujourd’hui sur la sellette. En réalité, l’extraordinaire bond de ce déficit est à dater de 2008 et 2009, avec le sauvetage des banques, les plans de relance à grands frais et alors que s’enregistrent dans l’activité (et dans les recettes fiscales) les retombées de la grande crise du XXIe siècle. Le déficit public de la zone euro dans son ensemble, à - 6,3% du PIB en 2009, n’était qu’à - 0,7% en 2007. Pour le total OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site :
, nous passons de -1,3% en 2007 à - 8,2% en 2009. Certains pays étaient même en excédent en 2007 et ce parmi les plus menacés aujourd’hui, comme l’Irlande ou l’Espagne. Ajoutons que les innombrables dégrèvements consentis aux plus riches dans la plupart des pays, l’asile offert aux profits et la bride sur le cou à la finance ont aussi contribué à réduire les recettes fiscales et ainsi désarmé les puissances publiques à un moment crucial.

Tableau 1
Evolution des déficits (-) ou excédents (+) publics en % du PIB


Source : OCDE
Pour les Etats-Unis, comptes nationaux, net borrowing de l’Etat fédéral en % du PIB.
Pour la France, comptes nationaux, INSEE.

Nous avons une confirmation de ce point de vue avec le tableau 2, qui présente l’évolution du total de la dette des administrations centrales en % du PIB. En 2005, ce pourcentage se situe à des niveaux particulièrement bas pour certains pays (Irlande, Espagne, par exemple), à des niveaux particulièrement élevés pour d’autres (Grèce, Japon, par exemple). Mais, dans tous les cas de figure, le ratio fait un véritable bond en 2009, voire même dès 2008. Le lien, là encore, est clairement établi avec la grande crise de ce XXIe siècle débutant, qu’il s’agisse du sauvetage des banques sur frais publics, de plans de relance hors du commun ou de l’effondrement de recettes fiscales qui accompagnent la chute de l’activité.

Tableau 2
Total de la dette de l’administration centrale en % du PIB


Source : OCDE
Nd = non disponible

Pour tenter d’endiguer le mouvement de défiance, un fonds européen a été créé, un premier soutien de 110 milliards d’euros accordé au printemps 2010 à la Grèce (dont la dette publique s’est alors élevée à 140% du PIB). Depuis, la menace s’étend : immédiatement après la Grèce viennent l’Irlande et le Portugal, avec des dettes publiques atteignant respectivement 114% et 93% du PIB. Puis l’Espagne et éventuellement l’Italie, avec une dette publique hissée à 120% du PIB. Et enfin, pourquoi pas, la France. Le 21 novembre 2010 l’Irlande chute à cause de ses banques et obtient une aide de 85 milliards d’euros de l’UE et du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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. Le 7 avril 2011, le Portugal est atteint à son tour ; le 3 mai 2011, il reçoit une aide de 78 milliards d’euros de l’UE et du FMI, alors qu’il a fini l’année 2010 avec un déficit public de 9,2% du PIB et une dette publique de 160 milliards d’euros. Partout, en contrepartie de cette « aide », d’énormes sacrifices sont demandés, partout c’est aux populations de régler les frais d’une crise qui n’est pas la leur, et jusqu’au dernier centime.

Sous la pression des « marchés », chaque pays veut donner l’exemple de la rigueur, s’imaginant échapper ainsi à la sanction. Il a suffi que l’Italie soit menacée par la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
, pour qu’un deuxième plan d’austérité (de près de 48 milliards d’euros) soit élaboré et voté dans la précipitation le 15 juillet 2011. Il prévoit de nouvelles privatisations, le gel des salaires et des embauches de fonctionnaires et une réduction des dotations des collectivités. Cette mécanique du « bon élève » est en réalité un terrible cercle vicieux. Les réductions massives de dépenses publiques dans tous les pays (y compris aux Etats-Unis), la course générale à l’austérité, contribuent à réduire l’activité : ainsi, les mesures appliquées en contrepartie de l’aide financière de 78 milliards d’euros accordée au Portugal devraient entraîner deux années de récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. , en 2011 et 2012, de l’aveu même des promoteurs de cette aide [5]. La réduction de l’activité entraîne ensuite celle des recettes fiscales, aggravant in fine le déficit. Les « marchés », qui poussent à la réduction des dépenses, constatent le creusement du déficit et exigent des taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
de plus en plus élevés pour prêter à l’Etat concerné, alourdissant la charge de la dette. Ainsi, le 11 juillet 2011 les taux longs à dix ans espagnols et italiens ont atteint des records historiques, entre 5,5% et 6%. Le 2 août 2011, nouveaux records pour ces mêmes taux, les rendements des obligations espagnoles étant à 6,326% et ceux des obligations italiennes à 6,165%. L’écart avec le taux qui sert de référence, celui du Bund allemand (lequel était à 2,426%) atteignait également un nouveau record. Une situation clairement intenable dans le moyen ou long terme. Au même moment, les taux à 10 ans du Portugal grimpaient à 10,708% et ceux de la Grèce étaient stables, mais à 14,454% ! [6] Et les choses vont vite : le 27 juillet, l’émission par le trésor italien de 942 millions d’euros de titres à dix ans avait été placée à un taux de 4,07%, alors que la dernière opération similaire, datée du 27 mai, l’avait été à 2,51% [7] ! A ce rythme, le financement par l’Etat italien de son déficit par appel aux marchés deviendra rapidement prohibitif.

Dans cette fuite en avant, un seuil a été franchi par le sommet européen de Bruxelles du 21 juillet 2011. Un nouveau plan d’aide à la Grèce de 109 milliards d’euros y a été mis sur pied. La durée des nouveaux comme des anciens prêts consentis à ce pays a été allongée pour être portée de 7,5 années à 15 ans. Le taux auquel ces prêts sont accordés (très élevé, près de 6%) a été réduit, ramené entre 3,5% et 4%. L’Irlande et le Portugal, eux aussi « aidés » par l’Europe, sont désormais logés à cette même enseigne. Quant au Fonds européen de stabilité financière (FESF), il s’est vu attribuer de nouvelles missions. Il pourra prêter aux gouvernements pour les aider à recapitaliser leurs banques, ou même prêter directement aux banques en difficulté. Ainsi la même politique désastreuse est poursuivie. L’aide à la finance est massive, inconditionnelle, d’incroyables sommes continuent à y être déversées sans qu’aucune contrepartie soit exigée, aucune limitation, aucune réglementation. Par contre, des sacrifices inouïs sont demandés aux peuples sur lesquels s’abattent plans d’austérité, privatisations, destruction du secteur public. Le tout sans que pour autant il y ait sortie de crise : le Financial Times estime ainsi que l’ensemble des mesures du sommet ne parviendra à diminuer l’endettement de la Grèce que de 7%. Pour d’autres, il s’agit de 10% ou 20% [8], mais nous sommes de toutes façons loin du compte. En 2010, la Grèce a enregistré un déficit public représentant 10,4% de son PIB, au lieu des 9,6% initialement prévus [9]. Sa dette publique doit dépasser les 150% du PIB en 2011 et elle continuera d’étrangler un pays mis à genoux sur les plans économique et social.

Le sommet du 21 juillet est donc dans la continuité d’une orientation néfaste et s’il représente bien un tournant, c’est sur un tout autre terrain : pour la première fois une contribution a été exigée du secteur privé, banques et autres organismes financiers. Il faut y voir le résultat des pressions exercées par les contribuables excédés, mais aussi la prise de conscience de la gravité du problème et de l’impossibilité de continuer à y faire face avec les vieux expédients. Il a été décidé que les dettes de l’Etat grec ne seraient pas honorés selon les modalités initialement prévues et les créanciers auront le choix entre l’une des solutions suivantes : échanger leurs titres contre des titres de maturité plus longue (30 ans), reconduire à l’identique les titres arrivés à échéance, ou vendre leurs titres sur un marché de l’occasion, avec une décote.

Dans ce dernier cas de figure, le FESF serait amené, à nouveau, à intervenir, en se portant acquéreur de ces créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). « d’occasion ». Il est vrai qu’au cours de ce sommet il a été prévu que tout rachat de ce type devrait être autorisé par l’unanimité des pays de la zone euro. Il n’en demeure pas moins que les banques pourraient ainsi se débarrasser à bon compte d’une part de leurs actifs « toxiques », les frais étant à la charge du contribuable européen. On pourrait même dire qu’elles seraient incitées à le faire, prenant d’autant plus de risques dans leurs placements qu’elles sont certaines de pouvoir se dégager à bon compte. Malheureusement, une telle situation n’a rien d’original. N’est-ce pas ce qui se passait déjà avant ces nouvelles attributions du FESF ? Les banques prêtaient de l’argent à des pays de la zone euro sans trop se soucier de leur surendettement, certaines qu’elles étaient du secours qui viendrait de l’Europe monétaire en cas de grave problème. Elles pouvaient ainsi, à la fois exiger des taux d’intérêt particulièrement élevés, la fameuse « prime de risque Prime de risque Quand des emprunts sont accordés, les créanciers tiennent compte de la situation économique du débiteur pour fixer le taux d’intérêt. Un éventuel risque pour le débiteur de ne pas pouvoir honorer ses remboursements entraîne une hausse des taux d’intérêt pratiqués à son encontre. De la sorte, le créancier perçoit des intérêts plus élevés, censés le dédommager du risque pris en accordant ce prêt. Aussi, le coût est-il bien supérieur pour le débiteur, ce qui accentue la pression financière sur lui. Par exemple, en 2002, l’Argentine devait faire face à des primes de risque supérieures à 4.000 points de base, ce qui signifie que si le taux d’intérêt du marché était de 5 %, l’Argentine devait emprunter à un taux de 45 %. Cela lui interdit de facto l’accès au crédit, l’enfonçant davantage dans la crise. Pour le Brésil en août 2002, cette prime de risque était d’environ 2 500 points.  » (tout en se finançant à 1% auprès de la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
) et être assurées du remboursement de leur principal à l’échéance. Le risque, normalement assumé par le prêteur privé, était déjà de fait transféré aux agents publics.

Le véritable tournant que représente le sommet européen du 21 juillet est ailleurs : pour la première fois, la porte du défaut souverain a été ouverte. Les estimations les plus diverses circulent à ce sujet. Le nouveau plan d’aide à la Grèce s’élèverait à près de 160 milliards d’euros, dont 109 milliards fournis par l’Europe et le FMI, le reste provenant des créanciers privés. De son côté, l’Institut de la finance internationale indique que les banques créancières de la Grèce apporteraient 135 milliards entre 2011 et 2020, et sur ces 135 milliards, 54 d’ici à 2014. Les banques et assureurs européens subiraient une décote de 21% sur la dette grecque qu’ils détiennent [10]. Mais peu importe pour l’instant les précisions chiffrées. Peu importe aussi si le défaut est dit partiel ou sélectif. L’important, c’est qu’il est avéré. Il est vrai que le lobby Lobby
Lobbies
Un lobby est une structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d’un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir. Le lobbying consiste ainsi en des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics. Ainsi, le rôle d’un lobby est d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes.
financier a fait son œuvre et que le sacrifice demandé aux banques prêteuses est de bien faible ampleur : l’ensemble des provisions sur les titres grecs ne coûterait qu’un milliard quatre cents millions d’euros aux banques françaises et 843 millions aux banques allemandes [11]. Il n’en demeure pas moins qu’un créancier de l’Etat grec n’est désormais plus certain d’être remboursé, pour le montant prévu et à la date prévue. Déjà, dès le 22 juillet, l’agence de notation Fitch a annoncé son intention de placer la Grèce en défaut partiel. Le 25 juillet, c’est au tour de Moody’s d’annoncer que la Grèce est à un cran du défaut de paiement et que cela sera le cas une fois l’échange entre les anciens titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
grecque et les nouveaux effectué.

Un tel défaut peut avoir d’énormes conséquences. Il fragilise les nombreuses banques qui, grisées par l’appât du gain, ont engrangé de grandes quantités d’obligations publiques grecques. Et ce d’autant plus que la BCE menace, s’il y a défaut, de ne plus accepter (comme elle l’avait fait jusqu’à présent) les titres grecs en contrepartie des liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
qu’elle accorde à des banques grecques qui ne subsistent que sous perfusion. Il est vrai que l’Europe monétaire a prévu de remplacer la BCE en apportant les garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). nécessaires, mais l’engagement demeure flou et il n’est pas sûr que cela soit suffisant. Surtout, ne l’oublions pas, nombre d’organismes financiers détenteurs de créances sur la Grèce se sont assurés contre le risque de défaut par le biais des CDS CDS
Credit Default Swap
Le CDS est un produit financier dérivé qui n’est soumis à aucun contrôle public. Il a été créé par la banque JPMorgan dans la première moitié des années 1990 en pleine période de déréglementation. Le Credit Default Swap signifie littéralement “permutation de l’impayé”. Normalement, il devrait permettre au détenteur d’une créance de se faire indemniser par le vendeur du CDS au cas où l’émetteur d’une obligation (l’emprunteur) fait défaut, que ce soit un pouvoir public ou une entreprise privée. Le conditionnel est de rigueur pour deux raisons principales. Premièrement, l’acheteur peut utiliser un CDS pour se protéger d’un risque de non remboursement d’une obligation qu’il n’a pas. Cela revient à prendre une assurance contre le risque d’incendie de la maison d’un voisin en espérant que celle-ci parte en flammes afin de pouvoir toucher la prime. Deuxièmement, les vendeurs de CDS n’ont pas réuni préalablement des moyens financiers suffisants pour indemniser les sociétés affectées par le non remboursement de dettes. En cas de faillite en chaîne d’entreprises privées ayant émis des obligations ou du non remboursement de la part d’un Etat débiteur important, il est très probable que les vendeurs de CDS seront dans l’incapacité de procéder aux indemnisations qu’ils ont promises. Le désastre de la compagnie nord-américaine d’assurance AIG en août 2008, la plus grosse société d’assurance internationale (nationalisée par le président George W. Bush afin d’éviter qu’elle ne s’effondre) et la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 sont directement liés au marché des CDS. AIG et Lehman s’étaient fortement développées dans ce secteur.

Le CDS donne l’illusion à la banque qui en achète qu’elle est protégée contre des risques ce qui l’encourage à réaliser des actions de plus en plus aventureuses. De plus, le CDS est un outil de spéculation. Par exemple en 2010-2011, des banques et d’autres sociétés financières ont acheté des CDS pour se protéger du risque d’une suspension de paiement de la dette qui aurait pu être décrétée par la Grèce. Elles souhaitaient que la Grèce fasse effectivement défaut afin d’être indemnisées. Qu’elles soient ou non en possession de titres grecs, les banques et les sociétés financières détentrices de CDS sur la dette grecque avaient intérêt à ce que la crise s’aggrave. Des banques allemandes et françaises (les banques de ces pays étaient les principales détentrices de titres grecs en 2010-2011) revendaient des titres grecs (ce qui alimentait un climat de méfiance à l’égard de la Grèce) tout en achetant des CDS en espérant pouvoir être indemnisées au cas de défaut grec.1

Le 1er novembre 2012, les autorités de l’Union européenne ont fini par interdire la vente ou l’achat de CDS concernant des dettes des États de l’UE qui ne sont pas en possession du candidat acheteur du CDS.2 Mais cette interdiction ne concerne qu’une fraction minime du marché des CDS (le segment des CDS sur les dettes souveraines*) : environ 5 à 7 %. Il faut également noter que cette mesure limitée mais importante (c’est d’ailleurs à peu près la seule mesure sérieuse qui soit entrée en vigueur depuis l’éclatement de la crise) a entraîné une réduction très importante du volume des ventes des CDS concernés, preuve que ce marché est tout à fait spéculatif.

Enfin, rappelons que le marché des CDS est dominé par une quinzaine de grandes banques internationales. Les hedge funds et les autres acteurs des marchés financiers n’y jouent qu’un rôle marginal. D’ailleurs la Commission européenne a menacé en juillet 2013 de poursuivre 13 grandes banques internationales pour collusion afin de maintenir leur domination sur le marché de gré à gré* (OTC) des CDS.3
, les credit default swaps Swap
Swaps
Vient d’un mot anglais qui signifie « échange ». Un swap est donc un échange entre deux parties. Dans le domaine financier, il s’agit d’un échange de flux financiers : par exemple, j’échange un taux d’intérêt à court terme contre un taux à long terme moyennant une rémunération. Les swaps permettent de transférer certains risques afin de les sortir du bilan de la banque ou des autres sociétés financières qui les utilisent. Ces produits dérivés sont très utilisés dans le montage de produits dits structurés.
, des « produits dérivés Produits dérivés
Produit dérivé
Famille de produits financiers qui regroupe principalement les options, les futures, les swaps et leurs combinaisons, qui sont tous liés à d’autres actifs (actions, obligations, matières premières, taux d’intérêt, indices...) dont ils sont par construction inséparables : option sur une action, contrat à terme sur un indice, etc. Leur valeur dépend et dérive de celle de ces autres actifs. Il existe des produits dérivés d’engagement ferme (change à terme, swap de taux ou de change) et des produits dérivés d’engagement conditionnel (options, warrants…).
 » dont on ne connaît pas le montant, et encore moins les détenteurs. Un barrage risque ici de sauter, et un tsunami pourrait déferler.

Le danger est de taille, et pourtant la véritable menace est ailleurs. Les participants au sommet européen ont peut-être le sentiment d’avoir sauvé la Grèce, mais, dans la mesure où il y a défaut, la méfiance des marchés pourra se reporter immédiatement sur le pays suivant de la liste (Irlande, Portugal, …) et la chute des dominos reprendre son cours. Admettre le défaut de la Grèce, c’est admettre l’échec de toute la stratégie mise en œuvre jusqu’à présent ; c’est jeter le doute sur la capacité de cette stratégie de s’attaquer aux problèmes des autres pays de la zone euro. L’insistance du communiqué final du sommet européen sur le cas unique que représenterait la Grèce montre bien d’où vient le péril. Or, le soutien apporté à la Grèce pourra beaucoup plus difficilement être apporté aux autres pays européens menacés, compte tenu de leur taille et de l’ampleur de leur endettement. Ce serait un véritable mur de la dette qui s’abattrait, face auquel aucun FESF ne résisterait, quelle que soit sa dotation (une dotation aujourd’hui fixée à 750 milliards d’euros, mais une garantie effective de prêts de 440 milliards d’euros). De ce point de vue, un seuil a été franchi quand, en juillet 2011, la méfiance des investisseurs s’est tournée vers l’Italie, car celle-ci pèse économiquement, à elle seule, plus de deux fois plus que les trois pays réunis qui ont été « aidés » à ce jour (Grèce, Irlande, Portugal).

Nous sommes donc face à un véritable tournant, en quelque sorte une crise dans la crise. Parce que la Grèce inaugure le défaut souverain et parce que l’inclusion de l’Italie dans le cercle de la menace montre que, même en réunissant ses forces, l’UE ne pourra pas sauver tout le monde. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a fini par reconnaître que la crise de l’endettement était celle de toute l’Europe et pas seulement celle de sa périphérie. Il faut aller plus loin et admettre le caractère universel de la crise du surendettement public, qui n’est rien d’autre qu’une manifestation du caractère universel de la crise de 2008-2009. Si Etats-Unis et Japon ont échappé pour l’instant à la vindicte des marchés, c’est du fait d’un effet de réputation : comment imaginer que deux des principales puissances économiques mondiales pourraient faire défaut ? Ce à quoi il faut ajouter, s’agissant du Japon, que sa dette publique est détenue, pour l’essentiel, par des nationaux japonais, ce qui la rend beaucoup plus stable et moins sujette aux mouvements spéculatifs. En réalité Etats-Unis et Japon sont tout autant que l’Europe concernés par le surendettement. La dette publique du Japon bat tous les records, à 229% du PIB au début 2011 [12]. Quant au déficit de l’Etat fédéral américain (net borrowing), il s’est élevé à 9,1% du PIB au premier trimestre 2011. La dette publique américaine a atteint à la mi-mai 2011 la limite légale (14 294 milliards de dollars) au-delà de laquelle l’Etat ne peut plus augmenter son endettement. Ce plafond représente 96% du PIB des Etats-Unis du premier trimestre 2011 (le PIB étant évalué en termes annuels). Cette limitation levée, l’endettement public américain a bondi à 14 580,7 milliards de dollars dès le 2 août, dépassant le montant du PIB de 2010, atteignant 98% du PIB du premier trimestre 2011 [13]. On se rapproche des 100% et d’ailleurs le pourcentage devrait être à 103% en 2012, selon le FMI [14]. Ce ratio était à 64,4% en 2007 [15] et, ici aussi, c’est très clairement sous l’effet de la crise de 2008-2009 que l’emballement a eu lieu.

Bien qu’étant une conséquence logique de cette situation, la décision de l’Agence de notation Standard and Poor’s de dégrader la note de la dette publique américaine a fait l’effet d’une bombe. Le 5 août 2011 l’Agence a fait passer la note de cette dette de AAA (sommet indépassable) à AA+, le tout sous perspective négative. Une décision qui va augmenter le coût des emprunts américains (et aggraver ainsi le surendettement), pousser à la hausse les taux d’intérêt à moyen et long terme, menacer l’édifice financier mondial (qui repose pour une part sur le classique bon du trésor américain), dévaloriser le patrimoine de ceux qui détiennent des titres de la dette publique des Etats-Unis (à commencer par la Chine), rendre ainsi plus difficile le financement du déficit extérieur américain et surtout accroître dans d’énormes proportions le sentiment de défiance à l’égard des titres publics quels qu’ils soient : si l’on ne peut plus avoir une confiance absolue dans les Etats-Unis, alors quelle confiance accorder aux autres Etats ? Ce qui renchérira, par ricochet, le financement de tous les déficits publics et poussera, de ce fait, encore plus de pays vers le défaut de paiement. Ceci sans compter le coup porté à la confiance des agents économiques, qui hésiteront encore plus que par le passé à investir ou consommer.

Suivant en cela une orientation keynésienne, certains pensaient que la politique budgétaire, celle des plans de relance et des déficits publics, avait été la solution miracle à la crise, un remède que l’orthodoxie avait empêché d’appliquer en 1929 et qu’on avait eu le courage de mettre en œuvre aujourd’hui. Il apparaît maintenant que l’endettement public ainsi généré n’est rien d’autre qu’une forme particulière prise par une crise qui poursuit sur sa lancée, revêtant un déguisement après l’autre. De fuite en avant en fuite en avant, du temps a été gagné, les échéances repoussées, en passant de la crise de la nouvelle économie à celle de l’immobilier, du surendettement des ménages à celui des banques, enfin du surendettement de ces dernières à celui des Etats. Mais l’onde du déséquilibre échappe désormais au contrôle, les Etats sont la dernière digue, et celle-ci est en train de céder. Voici venue l’heure de solder les comptes. Ainsi que je le disais dans mon ouvrage La grande crise du XXIe siècle, paru en mars 2009 : « On peut (…) se demander si la prochaine forme que prendra la crise ne sera pas celle, catastrophique, de la méfiance à l’égard des placements en bons d’Etat, habituellement considérés comme parfaitement sûrs. Jusqu’ici, il est vrai, le flot de capitaux quittant la Bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). ou refusant d’acheter des obligations d’entreprise s’est massivement reporté sur les emprunts d’Etats, qui ont pu se financer à bon compte. Mais le risque augmente aussi de ce côté-là et son appréciation devient plus claire (…). Plus augmente la masse de l’endettement public, et plus il faudra payer cher pour continuer à s’endetter. Les Etats peuvent intervenir pour sauver le système capitaliste, ce qu’ils ont fait jusqu’ici, sans se gêner. Mais qui sauvera les Etats eux-mêmes, si leur crédibilité économique est menacée ? Ils sont le dernier rempart ; derrière, il n’y a plus rien » [16].

Les Etats-Unis

Alors que débute l’été 2011, l’Europe, nous venons de le voir, est le grand sujet d’inquiétude, mais il était alors admis qu’à cette exception près, le monde était sorti de la crise. Or, traiter de la conjoncture mondiale, c’est d’abord traiter de la conjoncture américaine et on ne peut certainement pas dire que les Etats-Unis aient surmonté la plus grave crise qu’ils aient connu depuis celle de 1929, bien au contraire.

Voyons cela de plus près. Le PIB américain, stagnant en 2008 (- 0,3%), baisse fortement en 2009 (- 3,5%). Un effondrement désastreux, mais qui aurait pu être abyssal sans une intervention publique à grande échelle. Le revenu des ménages de 2009 décroît par rapport à 2008, de façon très importante (- 530 milliards de dollars). Mais la dégringolade aurait dû être bien plus grave sans une violente augmentation des transferts publics en leur direction (+ 259 milliards), augmentation qui a contrebalancé presqu’entièrement l’affaissement du total des salaires (- 272 milliards). Le revenu disponible des ménages chute aussi (- 235,7 milliards), mais beaucoup moins que leur revenu. Ce qui s’explique par une diminution dramatique des impôts sur le revenu des personnes physiques (- 294,3 milliards), liée en partie à la chute des revenus mais aussi à une politique d’allègement fiscal de grande ampleur. La somme (salaires publics + transferts publics aux ménages – impôts sur le revenu des personnes physiques) résume le soutien public apporté aux ménages : elle est de 1587,6 milliards de dollars en 2008 et de 2172 en 2009, soit un accroissement de 584,4 milliards. Un soutien d’une exceptionnelle ampleur. C’est lui qui a fait qu’en passant du revenu des ménages à leur revenu disponible, la chute a été réduite de moitié. C’est lui qui a évité la transformation d’une récession en profonde dépression. La véritable question est alors de savoir quel sera le comportement de cette économie une fois retiré l’extraordinaire échafaudage public édifié autour d’elle.

Pour cela, tournons-nous vers les données trimestrielles sur la somme (salaires publics + transferts publics – impôts sur le revenu des personnes physiques). Elles montrent que le soutien public, massif, s’est fortement accru au cours de l’année 2008 et du premier semestre 2009. Ce soutien se maintient à un haut niveau au cours de l’année 2010, qui voit alterner montées et reculs de l’apport public. Le véritable tournant se situe au cours du premier trimestre 2011 : la somme que nous venons d’évoquer (salaires publics + transferts publics – impôts sur le revenu des personnes physiques) chute fortement (-133 milliards de dollars), alors que les dépenses publiques enregistrent un net recul (- 5,9%, prolongé par un -1,1% au cours du deuxième trimestre 2011). Le soutien public commence donc son mouvement de retrait. Mais, élément essentiel, le privé ne prend pas le relais. L’immobilier est toujours dévasté : - 27,7% en 2010 (III), puis la stagnation : +2,5% en 2010 (IV), - 2,4% en 2011 (I) et +3,8% en 2011 (II). L’investissement des entreprises n’a aucun dynamisme et, s’il continue à augmenter, le rythme de cette croissance va diminuant : 18,6% en 2010 (II), 11,3% en 2010 (III), 8,7% en 2010 (IV) et enfin 2,1% en 2011 (I), suivi par un léger rebond (+ 6,3%) en 2011 (II). Quant à la contribution du commerce extérieur, elle est quelquefois positive, mais souvent négative. Le résultat d’ensemble (dont on devine la fragilité) est particulièrement terne pour le deuxième trimestre 2011 (+ 1,3% pour le PIB) et proche de la stagnation pour le premier trimestre de cette année (+ 0,4%).

Reste l’essentiel : la consommation des ménages, qui pèse particulièrement lourd aux Etats-Unis (elle fait dans ce pays 70,5% du PIB, et seulement 56%, par exemple, en France). Mais, étranglée par des salaires comprimés, menacée par le chômage, négativement influencée par la chute de valeur du patrimoine immobilier, cette consommation s’essouffle et peine de plus en plus à tirer l’attelage. En rythmes annuels, elle s’était accrue de 3,6% au cours du quatrième trimestre 2010, mais seulement de 2,1% au cours du premier trimestre 2011 et enfin d’un insignifiant 0,1% au cours du deuxième trimestre de cette année. Mais, dira-t-on, les contraintes qui pèsent sur la consommation américaine ne datent pas d’aujourd’hui et elles ont toujours été surmontées. C’est exact, mais cela a été le cas grâce au modèle « de moins en moins d’épargne, de plus en plus de dettes ». Un modèle qui a permis de soutenir la demande globale lorsqu’elle venait à défaillir et ce, sans avoir à augmenter les salaires, la chute du taux d’épargne augmentant la consommation sans que bouge le revenu, la hausse du taux d’endettement soutenant la dépense de consommation ou d’investissement (dans l’immobilier) bien que plafonnent les rémunérations. Un modèle qui tient de la solution-miracle, mais explosif, comme on le voit aisément, chute du taux d’épargne et montée du taux d’endettement ayant nécessairement une fin. La crise de 2008-2009 est la crise de ce modèle, et on ne voit pas comment obtenir les mêmes résultats alors qu’il est hors service.

Désormais, en effet, le taux d’épargne des ménages se redresse, et il est frappant de constater que les deux années de récession (2008 et 2009) ont été précédées par un bond de ce taux qui lui a fait gagner 3 points d’un seul coup, passant de 2,4% en 2007 à 5,4% en 2008. C’est dire toute l’importance de ces ajustements, l’importance de la chute de ce taux sur de nombreuses années (il était à 1,5% en 2005), alimentant à bon compte la consommation, donc aussi la croissance ; mais également, ensuite, l’importance de sa remontée. Une telle remontée, inévitable en période de crise, s’explique par la reconstitution d’une épargne de précaution, mais aussi par l’éclatement de la bulle immobilière et par l’effondrement des prix de l’immobilier qui l’accompagne : ce dégonflement de la valeur du patrimoine entraîne (« effet richesse ») une chute de la propension à consommer et une remontée corrélative du taux d’épargne.

Le vide s’ouvre sous les pas de l’économie américaine, parce que le soutien public a commencé à se retirer sans que le privé prenne la relève, et il en est ainsi parce que l’ancien modèle (« de moins en moins d’épargne, de plus en plus de dettes ») ne fonctionne plus, alors qu’il n’a été remplacé par aucun autre. Il n’est plus possible, comme cela a été le cas pendant de nombreuses années, d’alimenter la consommation par une baisse du taux d’épargne plutôt que par une augmentation du revenu. Il n’est plus possible, comme cela a été également le cas pendant de nombreuses années, d’alimenter l’immobilier par un endettement inconsidéré. La crise est passée par là, et elle joue son rôle de rétablissement des équilibres, redressant un taux d’épargne des ménages qui était proche de zéro, réduisant au contraire un taux d’endettement devenu insoutenable. Ainsi, la dette totale des ménages américains culmine à 13 844 milliards de dollars en 2008 ; elle chute ensuite à 13 611 milliards en 2009, puis à 13 386 en 2010 ; au premier trimestre 2011, on chute encore à 13 318 milliards. L’impasse est telle que l’on peut se demander si l’économie américaine peut connaître une croissance en l’absence de bulle spéculative, sans la bulle (boursière) de la nouvelle économie, ou sans celle de l’immobilier, qui l’a suivie. 

L’heure de vérité a sonné de part et d’autre de l’Atlantique, parce que la crise continue, en prenant d’autres déguisements et que les expédients utilisés pour reporter les échéances sont en voie d’épuisement. En Europe cette crise prend surtout la forme du surendettement public, aux Etats-Unis surtout celle d’un étouffement de la croissance. Mais la décision de Standard and Poor’s de dégrader la note américaine en dit long sur le caractère universel d’une crise mondialisée. Le dernier rempart, celui des Etats, est en train de céder. Mordant la main qui les a nourris, les « marchés » exigent d’être sauvés sur fonds publics, puis n’hésitent pas à se ruer sur ces mêmes Etats qui les ont secourus. Sous leur pression, les politiques d’austérité mises en place approfondissent la crise et ce, d’autant plus violemment qu’elles sont maintenant généralisées. Ce faisant, supposées réduire l’endettement, ces politiques l’aggravent au contraire, par réduction des recettes fiscales. Pris dans ce cercle vicieux, le monde capitaliste a d’autant plus de mal à trouver la voie de la sortie que les munitions publiques ont été tirées et sont désormais épuisées, qu’il s’agisse de l’instrument budgétaire ou du monétaire, les taux des banques centrales étant toujours maintenus au plancher, sans grands résultats. Derrière des Etats désarmés, on voit maintenant apparaître clairement les lois implacables du système capitaliste, celles dictées par la soif inextinguible de profit, un système menacé d’effondrement et qui risque d’entraîner l’humanité tout entière dans sa chute.


Que faire ?

Ce n’est pas ici le lieu d’énoncer l’intégralité d’un programme qui passerait en revue toutes les mesures nécessaires, certaines qui découlent directement de la situation actuelle, d’autres qui en sont la conséquence logique, d’autres encore qui s’attaquent au système capitaliste dans ce qu’il a de plus fondamental. Cela serait utile, mais le feu est à la maison et il faut mettre en œuvre l’indispensable quitte à ce que, à partir de là, d’autres voies soient ouvertes sur un autre horizon. Il faut – priorité des priorités – éteindre l’incendie de la dette. Il faut – geste de survie – maîtriser la finance, l’empêcher de nuire, une bonne fois pour toutes. Il faut – préparation de l’avenir - jeter les bases d’un redémarrage, de façon à assurer l’emploi.

L’urgence absolue est de faire face au problème de la dette publique. Trois points sont essentiels : 1) quel que soit le pays, il faut décréter un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. sur la dette existante et la soumettre à un audit, pour porter un jugement circonstancié et déterminer quelles dettes seront remboursées et quelles ne le seront pas. Une partie substantielle de la dette, cela est clair, devra être répudiée. Le reste sera soumis à restructuration : rééchelonnement, réduction, plafonnement, etc. 2) réformer dans les plus brefs délais les statuts de la BCE, pour permettre le financement monétaire du déficit public (achat par la BCE des titres de la dette publique lors de leur émission). La BCE procède déjà à des achats de tels titres, mais il s’agit surtout du « marché de l’occasion », où les titres achetés par les banques sont revendus. Ce qui permet aux banques, tout à la fois, d’exiger une prime de risque lors de l’achat du titre et d’être assurées ensuite de pouvoir le revendre. Le financement monétaire du déficit enlèverait son pouvoir de chantage à la finance. 3) En matière de déficit public, il faut redresser la situation, surtout s’il faut renoncer aux fonds fournis par les marchés. Une réforme fiscale d’ampleur s’impose, pour revenir sur les avantages consentis aux patrons et taxer fortement les hauts revenus, les profits des sociétés et les patrimoines des riches.

La crise l’a montré de façon éclatante…. et désastreuse : il faut ligoter la finance. Ce qui, outre l’interdiction de la titrisation Titrisation Technique financière qui permet à une banque de transformer en titres négociables des actifs illiquides, c’est-à-dire qui ne sont pas (ou pas facilement) vendables. Initialement, cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs prêts à la clientèle. Les prêts sont cédés à un véhicule juridique qui émet en contrepartie des titres (généralement des obligations) placés sur les marchés financiers. Avec la titrisation, les risques afférents à ces crédits sont transférés des banques aux acheteurs. Cette pratique s’étend aujourd’hui à d’autres types d’actifs et d’acteurs (portefeuilles d’assurances, immobilier, créances commerciales).

(extrait de Adda, p. 101, t. 1, 1996, p. 101-102)
Cette notion décrit la prépondérance nouvelle des émissions de titres (obligations internationales classiques émises pour le compte d’un emprunteur étranger sur la place financière et dans la monnaie du pays prêteur, euro-obligations libellées dans une monnaie différente de celle de la place où elles sont émises, actions internationales) dans l’activité des marchés. A quoi s’ajoute la transformation d’anciennes créances bancaires en titres négociables, technique qui a permis aux banques d’accélérer leur désengagement à l’égard des pays en voie de développement après l’irruption de la crise de la dette.
La caractéristique principale de cette logique de titrisation est la diffusion du risque qu’elle permet. Diffusion numérique tout d’abord, puisque le risque de défaut des emprunteurs cesse d’être concentré sur un petit nombre de banques transnationales en relation étroites les unes avec les autres. Diffusion qualitative ensuite, puisque chacune des composantes du risque afférent à un titre particulier peut donner lieu à la création d’instruments spécifiques de protection négociables sur un marché : contrats à terme pour se prémunir du risque de change, contrats de taux d’intérêt pour faire face au risque de variation des taux, marchés d’option négociables, etc. Cette prolifération des instruments financiers et des marchés dérivés donne aux marchés internationaux l’allure d’une foire aux risques, selon l’expression de Charles Goldfinger.
des créances et des fonds spéculatifs, implique la levée du secret bancaire, la chasse aux paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
et la constitution d’un grand pôle bancaire public, par nationalisation d’un nombre significatif de banques en position dominante. L’appareil bancaire doit être soumis à un contrôle sévère, la séparation entre banque de dépôts et banques d’affaires Banques d'affaires
Banque d'affaires
Société financière dont l’activité consiste à effectuer trois types d’opérations : du conseil (notamment en fusion-acquisition), de la gestion de haut de bilan pour le compte d’entreprises (augmentations de capital, introductions en bourse, émissions d’emprunts obligataires) et des placements sur les marchés avec des prises de risque souvent excessives et mal contrôlées. Une banque d’affaires ne collecte pas de fonds auprès du public, mais se finance en empruntant aux banques ou sur les marchés financiers.
restaurée. Il faut taxer les transactions financières, instaurer le contrôle du mouvement des capitaux. Il faut interdire les ventes à découvert, qui permettent la spéculation sur titres. Il faut aussi placer les Bourses en position subordonnée, ce que nous pouvons obtenir par une taxation renforcée des plus-values, l’introduction d’un délai entre l’achat et la revente des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
ou carrément la non cessibilité des titres émis. Il faut enfin mettre les banques centrales et toutes les institutions financières sous le strict contrôle des pouvoirs publics.

Si l’on ne veut pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets, il faut rompre avec le modèle de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
libérale. Ce qui suppose bien des choses qu’on ne peut développer ici, qu’il s’agisse du droit de propriété de l’entreprise, d’une autre mondialisation (et d’une autre Europe), du périmètre des biens communs ou encore de la crise écologique. Mais l’indispensable, le socle à partir duquel bâtir, c’est un nouveau rapport salarial. En effet, il faut un nouveau partage de la valeur ajoutée, radicalement différent de l’actuel, pour assurer les bases d’un autre développement. Il faut aussi stabiliser le marché du travail, en rétablissant la prépondérance des CDI, en confinant les diverses formes du travail précaire, en encadrant strictement les licenciements. Il faut garantir les acquis sociaux, en finir avec les politiques d’austérité, reconstituer des services publics dignes de ce nom.

Voilà le plus urgent. L’accomplir serait déjà énorme, mais s’en tenir là serait illogique. Ne voit-on pas que derrière tel ou tel « excès » de la finance, il y a l’esprit d’un système, le capitalisme ? Ne voit-on pas que, derrière la mondialisation libérale, il y a encore et à nouveau les exigences d’un système, le capitalisme ? La crise actuelle a déjà suscité d’immenses souffrances dans le monde. Ses nouveaux développements sont, de ce point de vue, terriblement menaçants. Il est temps de tirer un trait, il est temps de changer d’horizon.

Achevé de rédiger le 7/08/2011.



Notes

[1Le piège de la dette publique. Comment s’en sortir, Jacques Cossart, Evelyne Dourille-Feer (coord.), Attac, Ed. Les liens qui libèrent, mai 2011, page 70.

[2bid, page 69.

[3La dette ou la vie, Damien Millet et Eric Toussaint, coord., edit. Aden, mai 2011, pages 213, 214.

[4Intervention de Jean-Claude Trichet, Président de la BCE, aux Rencontres économiques d’Aix, rapportée par Olivier Lecomte, La Tribune, 11/07/2011.

[5AFP, 5/05/2011.

[6AFP, 2/08/2011.

[7AFP, 27/07/2011.

[8Martine Orange, Mediapart, 26/07/2011.

[9AFP, 9/05/2011.

[10Reuters, 28/07/2011.

[11Martine Orange, Mediapart, 26/07/2011.

[12AFP, 4/08/2011.

[13AFP, 4/08/2011. La dette prise ici en compte cumule celle de l’Etat fédéral américain et celle des Etats qui constituent l’Union, ainsi que celle des administrations locales, contrairement au tableau 2, qui s’en tient à celle des seules administrations centrales.

[14AFP, 25/07/2011.

[15AFP, 4/08/2011.

[16La grande crise du XXIe siècle. Une analyse marxiste, La Découverte, pages 118, 119.