Critique du film : « La fin de la pauvreté ? »

28 novembre 2009 par Allociné


En distribuant un film comme La Fin de la pauvreté ?, la société « Cargo Films », dirigée par Jean-Jacques Beineix, revendique un idéal des plus engagés. Jean-Jacques Beineix affirme ainsi : « Comment peut-on encore ignorer la pauvreté ? Nous sommes 6 milliards sur notre terre et 1 milliard d’êtres humains connaissent chaque jour la faim. En 2030 nous serons 9 milliards. Ne rien faire, ne rien dire, s’apparente à de la non-assistance à humanité en danger. Le film de Philippe Diaz explique de manière claire et intelligible les mécanismes qui font de la pauvreté un mal endémique et qui s’étend. Le Sud finance le Nord, et nous créons par nos institutions, nos modèles économiques et sous la loi de Wall Street, toujours plus de pauvres. Pouvions-nous refuser de distribuer un tel film ? Forts de notre expérience auprès des salles équipées en numérique, nous sollicitons tous les réseaux associatifs et éducatifs pour amener au plus grand nombre ces oeuvres qui répondent à des questions majeures et qui doivent trouver leur public. Délibérément nous nous inscrivons dans la durée, hors des lancements fracassants mais forts du soutien de tous ceux qui ont encore le désir de changer les choses. Cargo Films Distribution est une petite structure, mais si nos objectifs sont limités, ils restent cohérents avec les causes que nous avons toujours défendues en tant que producteur de cinéma ou d’oeuvres audiovisuelles. Avec l’aide de tous, nous pouvons arriver à donner à  » La Fin de la Pauvreté ? «  la diffusion qu’il mérite. »

Un état des lieux de la pauvreté dans le monde

Le documentaire de Philippe Diaz entend faire un état des lieux de la pauvreté dans le monde. Le film commence sur une question provoquante : « Avec tant de richesses dans le monde, pourquoi y a-t-il encore tant de pauvreté ? ». Pour répondre, le réalisateur a décidé de partir des effets aux causes. Quelques constats cruels, basés sur les chiffres des Nations Unies, se sont d’abord imposés : « Aujourd’hui, plus de 1 milliard de personnes vivent avec moins de 1 dollar par jour ; 2,7 milliards de personnes luttent pour survivre avec moins de 2 dollars par jour ; Plus de 800 millions de personnes se couchent avec la faim tous les jours... dont 300 millions d’enfants ; Toutes les 3 secondes, une personne meurt de faim, en majorité les enfants de moins de 5 ans. »
Une source fondamentale : l’Histoire

Pour faire son film, Philippe Diaz se base essentiellement sur l’Histoire, et revient alors sur le crime originel de la colonisation : les conquistadors et les colonisateurs venus d’Espagne, du Portugal, du Royaume-Uni et de la Hollande se sont approprié les richesses des Incas et des Mayas ; d’abord l’or, l’argent, les objets d’art et les bijoux puis ils ont confisqué les terres. Une telle pratique avait commencé auparavant en Europe, où les classes aristocratiques avaient saisi les terres des familles les plus pauvres. Les terres ont ainsi été appropriées dans l’ensemble de l’Amérique du sud, l’Asie et l’Afrique, privant les familles de leur moyen de subsistance. Aujourd’hui, plus de 500 ans plus tard, des dizaines d’années après l’indépendance de leurs pays et la mise en place d’un prétendu processus démocratique, les peuples ne les ont toujours pas récupérées. On estime qu’aujourd’hui 60 à 80 millions de personnes vivent dans une situation proche de l’esclavage. Les empires européens ont été bâtis sur les richesses volées aux colonies et le travail des esclaves. Les mines d’or du Brésil et les mines d’argent de la Bolivie, comme Potosi, leur ont permis de financer leurs révolutions industrielles. (...) Pour continuer leur appropriation des ressources, les conquistadors ont maintenu leurs colonies dans un état de totale dépendance. Après avoir obtenu les ressources naturelles et la main d’oeuvre gratuite, les Européens ont créé de nouveaux marchés pour leurs propres productions. Ils ont séparé l’agriculture de l’industrie, empêchant les fermiers de confectionner leurs outils, vêtements et autres ustensiles et faisant d’eux des acheteurs de produits manufacturés. Les industries locales furent détruites et les colonies forcées d’acheter les biens et les équipements de leurs maîtres coloniaux.

Le constat d’aujourd’hui : les effets de l’histoire coloniale

Voyageant aux quatre coins du Monde (Amérique du Sud : Venezuela, Brésil, Bolivie ; Afrique : Kenya et Tanzanie ; Europe et Amérique du Nord), Philippe Diaz entend démontrer, point par point, les effets de l’histoire coloniale : L’accumulation de richesses dans l’hémisphère nord a créé un déséquilibre énorme rendant le Nord extrêmement riche, permettant à l’Europe de développer ses industries et des sociétés de consommation alors que les populations du Sud s’appauvrissaient. Aujourd’hui moins de 25% de la population de la planète utilise plus de 80% de ses ressources tout en créant 70% de sa pollution. Notre système économique a toujours été et est toujours financé par les plus pauvres. Ils nous ont d’abord donné leurs terres et leurs accès aux ressources naturelles, puis ont financé son expansion par le remboursement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, le déséquilibre des échanges et les impôts injustes sur leurs salaires et leur consommation. En les obligeant à surpayer l’énergie, la nourriture et autres nécessités de base, le Nord s’assure que la pauvreté se développera et les inégalités augmenteront. Selon l’économiste Serge LaTouche, « aujourd’hui, si tout le monde vivait comme les Américains, il nous faudrait 6 planètes ; en 2050, il nous en faudrait 30. »
La participation de grands noms liés à l’économie mondiale

De nombreux économistes, intellectuels, écrivains ou hommes politiques ont collaboré au projet, parmi lesquels Susan George (Présidente d’Honneur de ATTAC France et Présidente du Conseil du Transnational Institute), John Perkins (Auteur du best-seller « Confessions d’un tueur à gages économique », qu’on avait pu voir dans Let’s Make Money), Amartya Sen (Prix Nobel d’Économie en 1998), Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’Économie en 2001 et ancien économiste en chef de la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
) et Eric Toussaint (Président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde).

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