DEGAGE MICROCREDIT DEGAGE ! Les femmes unissent leurs luttes, résistances et alternatives

2 avril 2015 par Emilie Tamadaho Atchaca

Présentation d’Emilie Atchaka (CADD Benin) au Forum Social Mondial de Tunis, lors de l’atelier « Dégage, microcrédit, dégage ! Les femmes unissent leurs luttes, résistances et alternative » le 26 Mars.

Profitant des Plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. (politiques imposées par le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
) les organismes du microcrédit se sont implantés dans la plupart des pays africains dans les années 80 à 90 et ont largement distribué des prêts en ciblant tout particulièrement les femmes. Officiellement, l’objectif de ce système est d’aider les populations les plus fragiles afin d’éradiquer la pauvreté à travers le financement de micro-projets. Fortes de ce noble objectif, ces institutions de microcrédit ont reçu de nombreux dons et subventions (Fondations, PNUD PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site : http://www.undp.org
, UE et de l’Agence des États-Unis pour le Développement international, etc.). Plus de 20 ans après le développement massif de ces structures il est grand temps de dresser le constat : mis en pratique ce système est très loin d’atteindre son objectif de départ !

Comment fonctionnent les institutions de microcrédit ? Le piège du microcrédit

C’est lorsqu’on s’intéresse de plus près à ces institutions et à leurs pratiques que l’arnaque se révèle.
Même si l’argent prêté provient de subventions, de dons ou de prêts à taux faibles, les taux d’intérêts payés par les bénéficiaires de ces prêts sont très élevés. Officiellement entre 14 et 18% (soi-disant pour financer des frais de gestion lourds en raison des petites sommes prêtées), mais dans la pratique, les femmes de Ouarzazate (qui se battent depuis plusieurs années contre le microcrédit) citent des taux pouvant aller jusqu’à 40%.
Quant aux conditions de remboursement, on a beaucoup de mal à voir en quoi elles sont compatibles avec l’objectif précité !
- Notons tout d’abord que ce sont ces institutions de microcrédit qui imposent le délai du remboursement.
- Aucun des événements pouvant survenir dans la vie des personnes endettées n’est pris en compte. Tout retard de remboursement est sanctionné par une pénalité de retard (une amende) fixée à 5 euros. La mention du piège de la pénalité figure en bas du contrat en tout petit caractère, mais les institutions de microcrédit profitent de l’analphabétisme des femmes pour leur faire signer sans leur expliquer l’ensemble des conditions.
- De plus un système de prêts solidaires a été mis en place, c’est-à-dire qu’un groupe de femmes sert de caution pour chacune d’entre elles et les recouvrements sont parfois violents (chantages, pressions, agressions sont au rendez-vous).
Quant à l’accompagnement qui devrait entourer ces prêts il est inexistant : aucune formation n’est donnée aux bénéficiaires des crédits pour renforcer leurs capacités concernant la gestion de leur activité. Pire les agents qui travaillent dans ces institutions de microfinance sont payés en fonction du nombre de contrats qu’ils obtiennent. On comprend mieux que leur priorité aille à la multiplication des contrats plutôt qu’à l’accompagnement de leurs clients !
Ces crédits ne sont clairement pas attribués pour accompagner de réels projets pouvant permettre à la population de s’en sortir, mais servent plutôt à pallier à la destruction des services sociaux imposée par le FMI et la Banque mondiale !
L’analyse de ce système nous révèle donc le réel objectif de ces institutions de microcrédit : mobiliser les fonds des populations appauvries qui ont peu d’argent mais sont de très bons payeurs et ont la grande qualité d’être extrêmement nombreux. Plus qu’un marché c’est une véritable aubaine pour ces institutions ! Il n’est donc pas étonnant de voir de grandes banques s’intéresser de plus en plus au secteur...

POURQUOI LES FEMMES SONT-ELLES CIBLEES ?

Le temps où le mari donnait de l’argent à la mère pour qu’elle élève les enfants est fini. Les conséquences des PAS a été le chômage massif, la flexibilité du travail, la précarisation de l’emploi etc. Face à ces politiques le rôle traditionnel du « mari » est entré en crise et la femme est sortie dans la rue pour trouver de quoi survivre donnant par là un nouveau visage à l’économie, au sein de la famille, et entrainant un changement au niveau de la ville et dans la structure sociale. C’est toute cette énergie sociale que développent les femmes dans leur lutte pour la survie et qui est instrumentalisée et utilisée par la Banque et le système de microcrédit. Les femmes sont devenues actrices et chef de foyer de premier rang. Normalement l’outil du microcrédit aurait dû être pour elle un outil de développement, d’épanouissement et d’autonomisation financière car c’est la couche la plus appauvrie et se sont à elles que les institutions accordent le plus de crédit.
Tel que le microcrédit se présente aujourd’hui ce n’est ni un outil de développement ni un outil de lutte contre la pauvreté mais plutôt un outil de surendettement de la population, spécifiquement pour les femmes. Après 25 ans de pratique nous remarquons que dans les discours de lutte contre la pauvreté et la précarité des femmes, se cache une extrême violence vis-vis des populations appauvries. Le Cadd, un réseau féminin basé au Bénin membre du Cadtm international l’a vite compris et a mis en place une alternative de microcrédit qui est basée sur la solidarité.

UNE ALTERNATIVE CREEE PAR LES FEMMES DE LA CADD AU BENIN

Depuis 1993 (près de 21 ans) nous avons instauré un système d’épargne et de crédit autogéré par les femmes. Ce système n’a pas de conditionnalité, il est ouvert à toutes les femmes et depuis deux ans il s’est ouvert aux producteurs agricoles (ananas, produits maraichers, manioc). Nous avons commencé cette expérience avec une quarantaine de femmes.

Epargne des membres : Dépôt divers à vue et Dépôt à terme
Avec le DAV nous avons accès au crédit à court terme pour nos commerces. Par contre les DAT nous permettent dans le futur d’acquérir des biens tels que des parcelles et de construire nos maisons qui pourront nous servir dans nos vieillesses (Préparer notre retraite).

Analyse avant l’octroi du crédit et modalité de paiement du crédit
Au CADD nous regardons la faisabilité et la viabilité de tous les projets. De plus c’est celle qui veut obtenir le crédit qui fixe les modalités de paiement, parce que c’est elle seule qui sait comment elle va mener son activité.

Formation des bénéficiaires de crédit
Avant tout octroi de crédit, une formation est organisée sur comment gérer une activité.

Le taux d’intérêt et son utilisation
Au CADD nous pratiquons deux taux d’intérêt. Au niveau central (la banque du réseau) le taux est de 6,5% par an. Ce taux est pratiqué aux groupements de base afin de leur éviter de recourir aux SFD ou aux banques qui pratiquent des taux allant parfois de 15 à 30%. Cependant un taux de 13% l’an est appliqué aux promoteurs agricoles.
Les intérêts servent à rémunérer les épargnes des femmes, à rémunérer les gérantes de secteur, à assurer les formations et à organiser des activités de sensibilisation et des journées de réflexion. Ce système nous permet de travailler sur nos droits, de nous mobiliser sur les enjeux mondiaux et de participer aux espaces de dialogue. Il y a périodiquement des rencontres nationales avec d’autres organisations pour partager les expériences.

Résultats :

Conclusion
En conclusion, nous pouvons dire que ces institutions de microcrédit sont les petites sœurs du FMI et de la BM, parce qu’après analyse de leurs actions sur le terrain, on voit que beaucoup de femmes au lieu d’être soulagées sont surendettées et vont jusqu’à se suicider à cause du microcrédit. C’est un outil de corruption, de prostitution et de destruction des femmes.
Le système microcrédit du CADD est basé sur le social et non sur le profit. Depuis que ce système a commencé, nous avons aidé la population notamment les femmes à réaliser leurs rêves.
Il est important de s’auto-organiser et de lutter ensemble contre ces meurtriers capitalistes. Donc nous exigeons que ces institutions dégagent et l’alternative du Cadd montre que nous n’avons pas besoin d’elles et que l’endettement est un problème social auquel il faut apporter une solution sociale !


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