« Dans le système de la dette, les peuples sont les perdants »

28 juin par Eric Toussaint , DIRE- Agence de presse Rome , Cristina Quintavalla , Vittorio Lovera


Éric Toussaint, qui présentait son livre Il Sistema à Rome le 18 juin 2019, déclare : « C’est possible de se libérer de la dictature des marchés financiers »

Le système de la dette est une partie intégrante du système capitaliste mondial. Mais il ne s’agit pas seulement d’une opposition entre le Nord et le Sud de la planète.

Dans chaque pays existent des classes capitalistes locales intéressées à imposer le système de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. « C’est pourquoi l’opposition se trouve à l’intérieur du système, entre les classes dominantes et le peuple », affirme l’historien et politologue Éric Toussaint. Porte-parole du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), une association fondée en Belgique au début des années 1990 et ayant actuellement des comités dans plus de 30 pays du monde. Il est intervenu lors du séminaire « Le système de la dette. Simplement de l’argent prêté ou un système d’oppression internationale ? », organisé le 18 juin 2019 au siège de l’agence de presse DIRE. A cette occasion, Toussaint a présenté son livre (en italien), Il Sistema : Storia del debito sovrano e del suo ripudio, paru le mois passé chez la maison d’édition Bordeaux à Rome. « Mon texte se centre sur l’explication et l’interprétation, sous l’angle de la dette souveraine, des deux derniers siècles de l’histoire de l’humanité. J’ai voulu montrer que la hiérarchie existant dans le monde est intimement liée à la manière dont les pays se sont endettés et quelle fut la logique de cet endettement. J’explique comme les puissances financières et les gouvernements ont utilisé l’arme de la dette ‘odieuse’ pour soumettre les pays et les peuples. « Leur libération », relève Toussaint, « requière l’annulation périodique de la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
 ».

Dans chaque pays existent des classes capitalistes locales intéressées à imposer le système de la dette. « C’est pourquoi l’opposition se trouve à l’intérieur du système, entre les classes dominantes et le peuple »

Mais, pour le politologue, « la dictature de la dette n’est pas inévitable. Par le passé », conclut Toussaint, « plusieurs États ont annulé avec succès leurs obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
envers les créanciers ».

Au cours de la conférence de presse de présentation du livre d’Éric Toussaint, le père Alex Zanotelli affirme : « Les finances mondiales se comportent comme la Camorra, un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. est urgent ». Et d’ajouter : « La dette devient odieuse lorsqu’elle appauvrit les personnes ».

« Je vois peu de différence entre la Camorra et le système mondial. C’est un système absurde qui ne met pas au centre l’économie, mais les finances. Ce système permet à 1 % de la population mondiale de posséder la même richesse que le 99 % restant », a dénoncé le père Alex Zanotelli. « 10 % de la population mondiale » - poursuit ce missionnaire, membre de la congrégation catholique Missionarii Comboniani Cordis Iesu - « consomment 90 % des biens produits sur cette planète. Ceux qui possèdent tout doivent s’armer pour permettre au système de continuer. L’année passée, dans le monde 1,8 billions de dollars furent dépensés en armements, c’est-à-dire 5.000 millions de dollars chaque jour pour permettre au 1 % qui contrôle les ressources mondiales de perpétuer le système. La dette devient odieuse en raison du manque de bénéfices pour la population et de la complicité des créanciers ».

Selon Zanotelli, parmi les mesures nécessaires pour sortir du piège de la dette, on trouve : « un moratoire du paiement de la dette, la suspension des plans d’austérité, l’interdiction des transactions avec les paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
, la lutte contre l’évasion fiscale et un impôt sur les transactions financières ». Enfin, le religieux suggère « un mouvement de base efficace, au travers duquel les citoyens puissent se faire entendre ».

En direct, Cristina Quintavalla (CADTM-Italie) : « La dette, une politique de l’Union européenne qui asphyxie l’Afrique ». Et d’ajouter : « Nier les ressources à la communauté nous met aux portes d’une nouvelle crise ».

« La dette est la structure autoporteuse d’un mécanisme garantissant la dictature des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
et obligeant les États à servir les intérêts des grands investisseurs privés. Et cela émane d’institutions comme le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI), la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
(BM) ou la Banque centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
(BCE), qui imposent des politiques de ‘sauvetage’ selon les conditions établies par ces institutions », affirme Cristina Quintavalla, représentante du comité italien du CADTM.

La dette est la structure autoporteuse d’un mécanisme garantissant la dictature des marchés financiers et obligeant les États à servir les intérêts des grands investisseurs privés

Et cette dernière de poursuivre : « Je pense au rôle joué par la BCE dans le « sauvetage » de peuples et de pays au nom des dettes héritées par ceux-ci. Ce ‘chantage’ a imposé le bradage de secteurs complets et les droits de toute la communauté à l’usage de ses ressources et de ses biens ont été niés ».

L’experte explique aussi que l’accord d’association entre l’Europe et l’Afrique « a de terribles effets, comme l’abolition des droits de douane. Nous sommes face à une nouvelle crise, à l’échelle mondiale. La dette des pays pauvres a augmenté de 50 % en 2016, avec un impact sur leur produit intérieur brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
(PIB), si l’on considère aussi les intérêts, qui oscillent, dans certains cas, entre 22 % et 42 %. Tout cela génère davantage de conflits internes, de guerres, de flux migratoires, de cherté et de dommages à l’environnement ».

Dans la mire du CADTM-Italie, se trouvent aussi les dépenses militaires : « Nous sommes en présence d’une militarisation forcée, impulsée par l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
avec la complicité de l’Union européenne pour imposer des restructurations macroéconomiques dans des pays considérés comme des cibles. Ce n’est pas un hasard si l’Europe est traversée par environ trente corridors stratégiques et le TAV (train à grande vitesse) est l’un d’entre eux. » conclut l’experte.

Le père Janvier Yameogo déclare : « Notre Sankara fut assassiné pour avoir rejeté la dette ». Le prêtre burkinabé ajoute : « La Bible interdit ce capitalisme, c’est de l’usure ».

Thomas Sankara « fut assassiné par la convergence de toutes les forces, intérieures et extérieures, à son pays, lesquelles ne désiraient pas qu’il poursuive sa très forte dénonciation de l’injustice et du caractère odieux de la dette pour les pays pauvres ». Rappelant les mois qui ont précédé l’assassinat du président du Burkina Faso, le père Janvier Yameogo (également originaire de ce pays) n’a pas de doutes sur ce qui s’est passé. Hôte de l’agence Dire pour cette rencontre sur la dette, Yameogo travaille au ministère de communication de l’État du Vatican, mais il intervenait à titre personnel et rappelle : « En juillet 1987, avant sa mort, Sankara dit que la dette ne pouvait être payée, parce qu’elle était d’origine coloniale » Voir https://www.youtube.com/watch?v=e8PCuwBnhtk . « Sankara dit à ses collègues de l’Organisation pour l’unité africaine (OUA) – ayant précédé l’actuelle Union africaine - : ‘Je propose de fonder le club d’Addis Abeba pour dire tous ensemble non à la dette, parce que si je dis seulement que mon pays, le Burkina Faso, ne paiera pas, je ne serai pas avec vous la prochaine fois. Évitons qu’ils nous assassinent’. Les chefs d’État présents ont ri, mais nous savons parfaitement que, le 15 octobre 1987, Sankara fut assassiné ». Et Yameogo de conclure : La Bible, comme le Coran, interdit ce type de capitalisme qui, comme le dit aussi le pape François, est usuraire ».

En juillet 1987, avant sa mort, Sankara dit que la dette ne pouvait être payée, parce qu’elle était d’origine coloniale

Éric Toussaint : « Salvini conclura un accord favorisant les banques. Il pourrait interrompre le paiement de la dette à la BCE, mais je ne crois pas qu’il le fasse ».

« La Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. européenne possède 360.000 millions d’euros en titres italiens. Si Salvini voulait réellement lutter contre Bruxelles, comme il l’affirme, il pousserait le gouvernement à cesser de rembourser les titres publics italiens possédés par la BCE. On pourra me démentir, mais je ne crois pas qu’il le fera, vu que dans le cas contraire il entrerait en contradiction avec les banquiers italiens et les institutions financières », répondit l’économiste et politologue Eric Toussaint à une question sur la situation italienne.

« En Italie, le travail du CADTM peut être crucial pour sensibiliser la population au thème de la dette injuste. Mais je ne crois pas que le gouvernement actuel interviendra pour refuser la dette. Salvini arrivera à un accord avec la Commission européenne, favorisant les banquiers italiens. On doit dénoncer l’illégitimité d’une partie de la dette et dire que nous voulons un gouvernement populaire et légitime faisant respecter la justice en matière de dette ».

En direct, Vittorio Lovera (CADTM-Italie) : « Il existe le risque d’une bulle financière avant 2021. Et en Italie, avec la réforme fiscale la plus inégale ».

« Toutes les données macroéconomiques nous indiquent qu’entre la fin de cette année et 2021, éclatera une nouvelle bulle financière plus grave que celle de 2007-2008. Avec la conséquence que l’inégalité augmentera de manière incontrôlable ». C’est le cri d’alarme lancé aujourd’hui par Vittorio Lovera, du CADTM-Italie.

« Par rapport à l’Italie, ceux qui se présentent en ‘novateurs’, promettant moins d’impôts pour relancer la consommation, conduisent en réalité le pays dans la direction opposée. Le centre d’études du CADTM a étudié à fond les effets de la réforme fiscale sur la dette italienne pour pouvoir expliquer clairement comment au lieu de diminuer l’inégalité augmentera ».

Le centre d’études du CADTM a étudié à fond les effets de la réforme fiscale sur la dette italienne pour pouvoir expliquer clairement comment au lieu de diminuer l’inégalité augmentera

« De 1974 à maintenant, le manque de recettes fiscales causé par la réduction du taux d’imposition des tranches supérieures de revenu s’élève à 146 milliards d’euros que l’État récupérera en demandant de nouveaux crédits aux banques », souligne Lovera. « De cette manière, la dette en vertu de l’intérêt composé a augmenté de 295 milliards €, équivalent à 13 % de la dette publique qui, en avril de cette année, a atteint un pic de 2.373 milliards € ». Et de conclure : « Ce n’est pas certain que l’argent manque. Il y en a autant qu’on en veut. En réalité, l’Italie est un État vertueux du point de vue du Capital. Si les banques de dépôt Banques de dépôt
Banque de dépôt
Banque de dépôt ou banque commerciale : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.
et de prêt revenaient à leur fonction originelle d’appuyer les entités locales, nous aurions beaucoup moins de problèmes ».

En direct, sur la dette, Toussaint dit : « Une nouvelle crise internationale a commencé. Elle n’est pas spectaculaire comme celle de 1982. Mais nous verrons vite ses évolutions.

« La nouvelle crise internationale de la dette a déjà commencé : maintenant avec des caractéristiques moins spectaculaires qu’en 1982. Mais nous verrons dans les prochaines années de nouveaux développements qui nécessiteront, de la part des citoyen-ne-s européen-ne-s, de comprendre la situation pour réagir correctement. Au lieu d’attribuer la faute aux peuples de la ‘périphérie’ au sein ou à l’extérieur de l’UE, il est essentiel de comprendre que le système capitaliste lui-même et le ‘système de la dette’ qui en fait partie sont les causes fondamentales des problèmes liés à l’endettement », affirme l’historien et politologue belge Éric Toussaint, auteur du livre Il Sistema : Storia del debito sovrano e del suo ripudio (Bordeaux, 2019)

Dans ce livre (publié en français en 2017 http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Le_syst%C3%A8me_dette-528-1-1-0-1.html), Toussaint prévoyait l’éclatement d’une nouvelle crise de la dette à partir des pays d’Amérique latine. Deux ans plus tard, l’auteur considère que les faits confirment ses prédictions. « L’année passée, l’Argentine est entrée dans une terrible crise de la dette et a dû s’endetter auprès du Fonds monétaire international pour un montant de 57.000 millions de dollars, le crédit le plus élevé jamais consenti par le FMI depuis sa création. La monnaie argentine a perdu 50 % de sa valeur et le taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
a atteint 45 %. Nous assistons – comme je l’indiquais en 2017 – au début d’une nouvelle crise internationale de la dette. En partie, cette crise est ralentie parce que la Réserve fédérale (la Banque centrale des États-Unis), sous la pression de Trump, n’a pas augmenté les taux d’intérêts, qu’elle avait prévus d’augmenter ». « Généralement », poursuit Toussaint, « ce sont les décisions prises par les puissances dominantes du monde capitaliste et par leurs banques centrales qui provoquent la crise dans les pays de la ‘périphérie’ ». Et de conclure : « L’année passée, ce fut le cas de l’Argentine, mais regardons l’Afrique. Le Mozambique est un cas terrible et emblématique de dette avec un peuple qui souffre. Et tant d’autres pays et de peuples africains sont directement menacés par cette nouvelle crise ».


Traduction du castillan : Hans-Peter Renk



cadtm.org
Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

Cristina Quintavalla

membre du CADTM Italie

Vittorio Lovera

membre du CADTM Italie