De Bandiagara à l’Office du Niger

15 juillet 2009 par Maurice Oudet


Alors que les dirigeants des 8 pays les plus riches se réunissaient en Italie, nous étions plus de 600 participants à Bandiagara, au Mali, pour le Forum des Peuples. Nous étions là pour affirmer avec force que le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. n’a reçu aucun mandat pour concevoir des plans de développement au nom de l’Afrique.

Vue sur une partie des participants durant la cérémonie d’ouverture« Au moment où le G8 se tiendra dans un style bourgeois, en Italie, nous tenons notre sommet des pauvres sur le plateau dogon, dans la localité de Bandiagara (Nord du Mali) », a déclaré mardi Mme Barry Aminata Touré, citée par l’AFP. « Il n’y aura pas de sujets tabou, nous parlerons de tout…des défis que pose la crise financière internationale aux populations, mouvements sociaux et gouvernements africains », a-t-elle ajouté en précisant : « nous voulons donner mauvaise conscience aux pays riches. Notre message est clair : il n’appartient pas au G8 d’élaborer des programmes et stratégies de développement pour l’Afrique. »

Démonstration des cavaliers de BankasseLes pays riches ont annoncé à la fin du sommet du G8 qu’ils vont investir 20 milliards de dollars en faveur de la sécurité alimentaire mondiale. Ne croyez surtout pas qu’il s’agit là d’une bonne nouvelle. Cette annonce est dans la logique des préoccupations des dirigeants du G8. Depuis la crise alimentaire mondiale de 2008, les pays industrialisés ne pensent qu’à cela : investir dans les pays pauvres, spécialement en Afrique, pour leur propre sécurité alimentaire ou dans l’espoir de faire des profits juteux.

Une étude de la FAO et du Fonds international de développement agricole (FIDA) a été publié le 25 mai 2009. Elle a pour titre : « Accaparement des terres ou opportunité de développement ? » Elle « appelle à la consultation des populations rurales menacées et à une meilleure prise en compte de leurs intérêts dans les transactions » (Cité par l’hebdomadaire malien « Les Echos » du 12 juin 2009, dont nous empruntons ici plusieurs éléments).

Le rapport confirme l’accroissement des transactions à grande échelle. En 5 ans, en Ethiopie, au Ghana, au Mali, à Madagascar et au Soudan, ce sont 2,5 millions d’hectares sur lesquels les investisseurs se sont rués. Et le phénomène va encore s’accentuer car les profits sont réels et juteux.

Malibya agriculture la société chargée d’exploiter les 100 000 hectares « offerts » à la Libye. Ce phénomène d’accaparement des terres agricoles devrait s’accroître. Le « commerce du carbone »va renforcer ce phénomène. En effet, il permet au pays du Nord de continuer à polluer en produisant des agrocarburants sur les terres agricoles du Sud (nous y reviendrons plus longuement dans un prochain article).

« Comme souvent en Afrique, ces terres sont propriétés des Etats et les paysans ne détiennent qu’un droit d’usage » dénonce ladite étude. Les contrats signés par les investisseurs restent très vagues et la répartition des récoltes entre exportation et consommation locale est totalement occultée.

Ce que nous avons vu à l’Office du Niger ne contredit pas cette étude. En effet, en quittant Bandiagara, nous nous sommes rendus à Kolongo et nous avons visité le domaine de 100 000 hectares offert par le Mali à la la Libye dans la zone de l’Office du Niger. Nous avons pu constater que les travaux (confiées à une entreprise chinoise) avancent rapidement, tant du côté des canaux d’irrigation que de la route de 40 km qui traversera ce domaine large de 2 à 3 km.

Travaux d’aménagement du canal principal (100 m de large)Nous avons posé la question à plusieurs personnes normalement bien informées de l’Office du Niger : personne n’a pu nous dire si le riz qui sera produit par la société « Malibya agriculture » est destiné à la population libyenne, malienne, africaine ou au marché mondial ! »

Le Forum des Peuples de Bandiagara a bien eu raison d’affirmer, une fois de plus, la nécessité de promouvoir la souveraineté alimentaire. La sécurité alimentaire de l’Afrique de l’Ouest ne passe pas par l’investissement des pays industrialisés, à leur profit, dans les terres africaines, mais par l’application d’une politique agricole à l’abri des fluctuations du marché mondial.

Maurice Oudet
Président du SEDELAN



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