Déclaration à l’issue du séminaire de formation sur les dettes illégitimes, leurs impacts et les alternatives

4 avril par CADTM Afrique , ATTAC/CADTM Burkina Faso


Attac Burkina en collaboration avec le Réseau CADTM-Afrique (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) a organisé à Ouagadougou au Burkina Faso, un « Séminaire de formation sur les Dettes illégitimes, leurs impacts et les alternatives » du 25 au 28 mars 2019 dans la Salle de conférence du Centre national Cardinal Paul ZOUNGRANA.

Cette rencontre de renforcement des capacités destinée aux mouvements sociaux a permis d’échanger entre les soixante militant-e-s venu-e-s de quatre pays africains : le Burkina Faso, le Mali, le Maroc et le Bénin.

Le mécanisme de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
comme système de pillage des ressources au profit des classes dominantes du Nord et du sud, ses conséquences sur les conditions de vie sociale et économique des peuples du continent africain ont été au centre des travaux de cette formation.

Nous, mouvements sociaux réunis à cet effet à Ouagadougou au Burkina Faso avons au cours de cette session, traité plusieurs sujets se rapportant aux problèmes qui entravent l’épanouissement social et économique du continent africain particulièrement celui du Burkina Faso.


Ainsi, nous avons abordé ce qui suit :

  • Les Africains francophones entre modernité et traditions : enjeux et perspectives ;
  • La dette : vue par le camarade Thomas SANKARA ;
  • L’historique de la politique anti-dette du CADTM, objectifs, stratégies, structures organisationnelles du Réseau international CADTM ;
  • Les origines, mécanismes et actualités de la dette en Afrique subsaharienne ;
  • La politique de microcrédits en Afrique : pratiques et dérives ;
  • L’allocation optimale des ressources publiques et efficacité des structures publiques ;
  • L’impact de la dette sur les droits humains dans les pays du Tiers Monde : cas du Burkina Faso ;
  • Les audits de la dette : pourquoi et comment ?
  • Les arguments juridiques de l’audit de la dette ;
  • La dette et l’exploitation des ressources minérales ;
  • L’endettement et la gestion de la dette publique au Burkina Faso ;
  • La projection de films sur l’exploitation minière : Que cachent les mines d’or ?
  • Des exercices pratiques sur le système dette ;
  • L’endettement et mesures capitalistes néolibérales, quelles alternatives ?
  • L’aide publique au développement : opportunité ou piège ?

La pertinence des problématiques analysées au cours de la formation nous amène à réaffirmer la nécessité d’élargir la collaboration entre les mouvements sociaux des pays du Sud d’une part et d’autre part entre ceux du Nord et du Sud. La construction croissante de résistances contre le système dette et les politiques de domination constituent le seul moyen pour se libérer de la logique de dépendances dans laquelle le système capitaliste nous emprisonne.


Par voie de conséquence, nous, mouvements sociaux réunis durant ces trois jours avons remarqué une fois encore :

  • Qu’au-delà des effets d’annonce d’effacement de la dette par les pays dits développés et autres institutions de Bretton Woods, une vague de crise de la dette remet certains Etats africains dans l’impossibilité d’assurer le bien-être de leurs populations à travers le respect des droits humains fondamentaux ;
  • Que le système dette et la fuite des capitaux constituent une entrave pour l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) adoptés en 2015 qu’à ce titre ces ODD sont considérés comme morts nés ;
  • Que les accords monétaires entre la France et les pays de la Zone Franc, constituent des instruments de financement et de pillage des matières premières en faveur de la France et qu’à ce titre ils font partie des causes structurelles du sous-développement en Afrique ;
  • Que les multinationales particulièrement les industries extractives présentes en Afrique développent leurs activités au mépris du droit à la vie des populations et des travailleurs, et qu’elles exercent leur pillage en toute liberté et en toute impunité sans contrôle des autorités politiques et administratives ;
  • Que l’orientation de l’agriculture vers l’exportation au profit de la culture de rente détruit l’agriculture vivrière, accentue l’appauvrissement des paysans et la dépendance alimentaire de nos pays vis-à-vis de ceux du Nord ;
  • Que le système de microcrédit au lieu de lutter contre la pauvreté, nous enfonce davantage dans l’extrême pauvreté, le stress, l’humiliation et la violence ;
  • Que les effets de l’aide publique au développement ne sont pas perceptibles sur les conditions de vie des Africains ;
  • Que les textes réglementaires et législatifs sur le transport routier inter-Etats qui garantissent la libre circulation des personnes et des biens dans l’Espace CEDEAO sont systématiquement violés dans les différents postes de contrôle ;
  • Que les mouvements sociaux ne sont pas suffisamment consultés pendant la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des programmes et politiques de développement.


Pour l’ensemble des raisons susmentionnées, nous mouvements sociaux participants :

  1. Exigeons la réalisation d’un audit citoyen de la dette extérieure publique et privée ainsi que la dette intérieure du Burkina Faso pour en déterminer les parts illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables et procéder à leur abolition pure et simple ;
  2. Exigeons la sortie immédiate et sans condition du Franc CFA et la création d’une Monnaie unique africaine indépendante ;
  3. Exigeons la mise en place d’une Banque du Sud, parallèlement à l’abolition des Institutions de Bretton Woods (FMI FMI
    Fonds monétaire international
    Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

    À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

    Cliquez pour plus.
    et Banque mondiale Banque mondiale
    BM
    La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

    Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
    La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
    L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
    La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
    Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

    TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

    1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
    2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
    3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
    4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
    5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
    Site :
    ) ;
  4. Encourageons la transformation des tontines traditionnelles en coopérative d’épargne et de crédit autogérée à taux zéro et non clientéliste ;
  5. Exigeons parallèlement l’audit des institutions de microcrédit en vue de l’annulation des dettes privées illégitimes ;
  6. Exigeons que toutes les femmes et les hommes victimes du microcrédit reçoivent des réparations pour les préjudices subis ;
  7. Exigeons l’arrêt immédiat des politiques migratoires de l’Union européenne et son ingérence dans le Sahel ;
  8. Exigeons la renationalisation de toutes les sociétés et services publics d’État qui ont été privatisées sous la pression du FMI et de la Banque mondiale et contre les intérêts des Africains ;
  9. Exigeons la réglementation du financement des campagnes électorales pour éradiquer la corruption et la fuite des capitaux ;
  10. Refusons le classement du climat des affaires de la Banque mondiale qui crée une concurrence entre les Etats africains pour brader les secteurs porteurs sous le vocable de partenariat public privé qui ne sont que la face cachée de la privatisation ou la mobilisation de l’argent public pour nourrir le privé ;
  11. Exigeons l’arrêt et l’annulation des contrats de prêts chinois et concessions d’autres multinationales basés sur le pillage systématique des ressources naturelles ;
  12. Exigeons l’arrêt immédiat de l’accaparement des terres, du pillage des ressources minérales du continent africain ne profitant qu’à une minorité ;
  13. Exigeons l’abolition de toutes les formes d’oppression (sociale, patriarcale, néocoloniale, politique, etc.) afin de promouvoir un développement autour des priorités et spécificités des peuples de l’Afrique ;
  14. Exigeons l’arrêt de l’instrumentalisation de l’aide publique au développement à destination de l’Afrique ;
  15. Exigeons l’arrêt du dépouillement et des rackets répétés des voyageurs dans les postes de contrôle au sein de l’Espace UEMOA et CEDEAO ;
  16. Préconisons d’impliquer davantage la société civile et les mouvements sociaux dans toutes les réformes politiques et institutionnelles.

Nous avons mis en place un Groupe de veille burkinabè sur la dette et les Institutions financières internationales afin de poursuivre ce combat pour la justice socio-économique et climatique.

Nous ne devons rien, nous ne paierons rien. Un autre monde est possible.

Fait à Ouagadougou le 27 mars 2019


Liste des Organisations signataires

- Attac Burkina :attacburkina@yahoo.fr
- Inades-Formation
- CAD Mali (Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement) : infos@cadmali.org
- CADD-CADTM Benin (Cercle d’Autopromotion pour le Développement Durable) : doss.milie@gmail.com
- Association pour la Promotion de la Femme et l’Enfant (APFE) Centre Ouest /KOUDOUGOU : apfeburkina@gmail.com
- ATTAC CADTM Maroc-Secrétariat International Partagé du CADTM : azikiomar2008@gmail.com
- Plateforme culturelle des écoles et universités du Burkina Faso Ouagadougou (PCEUBF) : artcultureeducation.bf@gmail.com
- Association Femmes, Filles et Vie (AFFIV) OUAHIGOUYA
- Association des jeunes patriotes pour le développement de la région des cascades (AJPAD)/cascades BANFORA
- Association village communautaire (YAKO) :kadiogoetienne@yahoo.fr
- Office de Développement des Eglises Evangéliques (ODE) (OUAGADOUGOU) : ipbenoit@yahoo.fr ; alainbako@yahoo
- Syndicat National des Travailleurs de l’Agropastoral Via Campaesina (SYNTAP/LVC)
- Coalition Nationale des Elèves et Etudiants du Faso (CONEEF) : edytraore70@gmail.com
- Mouvement Jeunesse Démocratie Développement (MJDD) : guiraboukary3@gmail.com
- Nagalo Bali Germain : baligerna@gmail.com
- Maré/Sanou Léa : wurozouirenee@yahoo.fr
- Mme TRAORE/Sanou wuroforoma Amelie : wamelies@gmail.com
- Lumières Citoyennes : dafjunior31@gmail.com
- Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples : daoubale@yahoo.fr
- Balai Citoyen : rzinaba@gmail.com
- Plateforme Culturelle des Universités/KOUDOUGOU : toua.barnabé@gmail.com
- Union des Association pour la Propriété (UAP)de OUAGADOUGOU : Peegda_Riima@yahoo.fr
- Université FADA
- Centre de Recherche Internationale et Stratégique (CRIS) : Kagambega7571@gmail.com
- CONEEF
- SYNTAP
- Association des Femmes Juristes
- CNRST/Ouagadougou : Hamidou.tamboura8910@gmail.com
- AJPAD/Cascades
- AFFIV Ouahigouya
- AVICO/Yako
- ONG ORCADE : yjonashien@gmail.com
- CIFOEB (Centre d’Information, de Formation et d’Etudes sur le Budget)
- Mouvement Citoyen



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