IIIe Assemblée régionale de Jubilé Sud/Amériques

Déclaration de Managua. “Vers la Réparation des Dettes et la Construction d’Alternatives”

30 juin 2010 par Jubilé Amérique du sud


Nous, représentants de mouvements sociaux, organisations populaires, religieuses, environnementales, professionnelles, politiques, de diversité sexuelle, et de coalitions contre la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
provenant de 10 pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, réunis à Managua, au Nicaragua, du 16 au 18 juin 2010, célébrons notre IIIe Assemblée régionale de Jubilé Sud/Amériques. Nous sommes des femmes et hommes, des paysan(ne)s, des travailleur(se)s, des indigènes, des militants populaires, qui font face et résistent à l’avancée du capital sur nos territoires, cultures et vies.

Remémorant les dix années de lutte que vient de fêter Jubilé Sud, et après avoir débattu de l’étroite relation qui existe entre les nouvelles conditions d’endettement imposées dans la région, l’avancée des traités de libre-échange en Amérique Centrale et aux Caraïbes, ainsi que dans la région andine et le Mercorsur, signés avec les Etats-Unis et l’Union Européenne, et l’effet nocif accumulé par les dettes écologiques, sociales, historiques, culturelles et climatiques, nous, les participants et participantes, résolvons de :

- Continuer à approfondir l’analyse des causes et conséquences historiques de la dette extérieure comme mécanisme de domination impérialiste, dont les impacts économiques, politiques, sociaux, et environnementaux se sont étendus dans nos vies et dans le futur de nos peuples et pays. De même, il faut aborder des stratégies de lutte pour obtenir justice face à l’illégitimité de la dette, et pour trouver des solutions réelles à ses séquelles, en construisant des alternatives de financement souverain en faveur de la vie, de la nature et des droits collectifs ;

- Ratifier et impulser l’appel à la réalisation d’Audits participatifs et intégraux des dettes réclamées à nos pays, en soulignant l’importance des succès déjà obtenus dans ce domaine, comme la réalisation d’un audit par le gouvernement de l’Équateur, la continuité de l’Audit Citoyen au Brésil, la constitution de la Commission d’Enquête Parlementaire sur la Dette dans ce pays, et la décision du gouvernement du Paraguay de faire auditer les dettes binationales d’Itaipú ;

- Incorporer au travail une vision actuelle qui corrobore la croissance exponentielle des dettes, tant extérieures qu’intérieures, que la conjoncture actuelle de crise mondiale impose à nos pays. De plus, il faut continuer à approfondir la réflexion sur les thèmes transversaux qui aujourd’hui confluent autour des origines historiques de la dette, ses causes structurelles, et les thèmes qui lui sont relatifs, comme la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
et climatique, le libre-échange, la militarisation et la criminalisation des luttes sociales ;

- Consolider et réaffirmer cet espace de résistance régionale et Sud-Sud pour continuer à défendre les droits de l’Homme fondamentaux et les droits collectifs à une vie digne et un « bon vivre », ainsi que les droits de la nature, dans le but de soutenir les luttes actuelles que développent les mouvements, organisations et coalitions de base des pays du Sud ;

- Continuer à refuser énergiquement toute forme de supposé allègement de la dette, qui implique de nouveaux endettements, conditionnalités et engagements sur la base de l’expropriation de nos ressources naturelles, à l’initiative des gouvernements du Nord et de leurs Institutions Financières Internationales ;

- Reconnaître l’importance stratégique de la réalisation de cette assemblée, dans un contexte international qui ouvre de nouveaux horizons au renforcement des alliances entre les peuples et mouvements en résistance dans le Sud, conjointement à nos alliés au Nord ;

- Valoriser les défis qui se présentent au niveau régional, et qui créent de nouvelles opportunités pour amplifier et consolider les liens de collaboration, solidarité et intégration d’un nouveau type, qui peut donner de la puissance à l’indépendance vis-à-vis des mécanismes historiques de domination coloniale et de pillage.

En tant que Jubilé Sud/Amériques, et en vue de commémorer le 28 juin le premier anniversaire du Coup d’État que l’impérialisme et les oligarchies ont imposé au peuple hondurien, nous manifestons de nouveau notre rejet à tout acte de répression et de rupture du processus démocratique, à l’endettement illégitime accumulé par la dictature, et réaffirmons notre soutien inconditionnel à la résistance historique du peuple hondurien et de ses organisations de masse en lutte pour récupérer le droit sacré à la liberté. Nous manifestons notre rejet à la reconnaissance du gouvernement de Porfirio Lobo, surgi d’élections illégitimes, tout comme à toute action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
indirecte qui prétende reconnaître l’actuel gouvernement du Honduras.

Nous réaffirmons notre rejet à l’occupation économique et militaire d’Haïti, nous soutenons son peuple dans sa lutte pour sa souveraineté, son autodétermination et sa vie, et nous rejetons aussi toute tentative de déstabilisation et renversement des processus de changement commencés dans la région, comme celui dont sont les protagonistes le peuple et le gouvernement de Cuba depuis plus de 50 ans.

Enfin, dans ce contexte de crise et nouvel endettement, nous lançons un appel aux peuples et mouvements populaires d’Amérique Latine et des Caraïbes à se reconnaître comme les véritables créanciers de dettes historiques, sociales, écologiques, financières et climatiques, à unir leurs forces et efforts dans la résistance contre ce système de famine, de misère et de répression, et à continuer la lutte pour construire un autre monde possible !

Managua, 19 juin 2010.

JUBILÉ SUD/AMÉRIQUES