Déclaration de l’Assemblée des Mouvements Sociaux. IVe Forum social des Amériques. Asunción, 15 août 2010

26 août 2010

Notre Amérique est en marche ! ¡ Ñane Amérika Tee Oñemongu’ Ehína !

Nous, mouvements sociaux présents au 4e Forum Social des Amériques, à Asunción (Paraguay), nous réaffirmons notre solidarité et notre engagement envers le peuple du Paraguay, devant la nécessité urgente de progrès dans le processus de transformations profondes, pour qu’il retrouve la souveraineté sur son territoire, sur ses biens communs et ses ressources énergétiques, ainsi que pour la réalisation de la réforme agraire et une répartition égalitaire de la richesse.

Nous sommes dans un continent où, dans les dernières décennies, il y a eu un rapprochement entre les mouvements sociaux et mouvements indigènes, qui, par leur savoir-faire ancestral et leur mémoire historique, remettent radicalement en cause le système capitaliste. Ces dernières années, le renouvellement des luttes sociales a entraîné le départ de gouvernements néolibéraux et l’émergence de gouvernements qui ont mis en oeuvre des réformes positives comme la nationalisation de secteurs vitaux de l’économie et des transformations constitutionnelle profondes.

Cependant, les droites du continent se sont réorganisées afin d’arrêter tout processus de changement. Elles continuent à agir depuis leurs bastions politiques, économiques, médiatiques, judiciaires, et ce à quoi s’ajoute une nouvelle offensive de l’impérialisme – même militaire – qui les appuie. Depuis le dernier Forum social des Amériques, qui s’est tenue au Guatemala en 2008, nous avons été témoins du coup d’État au Honduras, de l’augmentation de la présence militaire américaine à travers notre Amérique. Les accords pour l’installation de bases militaires se multiplient, alors que la 4e Flotte Américaine occupe nos mers. Il s’agit d’un effort systématique visant à déstabiliser la démocratie dans le continent, alors que les mouvements sociaux sont de plus en plus criminalisés et réprimés.

Nous dénonçons l’illégitimité du président, de facto, du Honduras, Porfirio Lobo, et dans le même temps, nous saluons la résistance de son peuple et nous soutenons sa lutte pour une refondation constitutionnelle afin d’établir une véritable démocratie.

Nous soutenons la lutte du peuple haïtien, qui n’a pas besoin d’une intervention militaire et d’une occupation économique pour sa reconstruction. Au contraire, nous exigeons que la souveraineté du pays soit respectée et que d’autres pays s’engagent dans une coopération solidaire dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et tous ceux qui sont requis. Nous exigeons l’annulation inconditionnelle de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et nous rejetons le nouveau processus d’endettement illégitime.

Complétant cette offensive, se poursuit la vague de traités de libre-échange, sous toutes leurs formes. C’est l’élément central de la stratégie de l’Union européenne, l’autre puissance néocoloniale qui opère en Amérique latine et aux Caraïbes. Les chevilles ouvrières que sont les Institutions Financières Internationales – Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, Fonds Monétaire International FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, les banques régionales de « développement » et les groupes bancaires privés - sont en train de créer de nouveaux et énormes endettements ayant des impacts directs sur les peuples et la nature.

Toutes ces menaces sont liées à un même modèle de développement exclusif, prédateur et basé sur les exportations primaires, modèle qui s’approfondit sur de nombreux territoires, expulsant des populations, provoquant déracinement et migrations. La crise systémique actuelle montre l’épuisement du modèle capitaliste – et plus particulièrement de ses centres de pouvoir : les banques, les sociétés transnationales et les gouvernements du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. . Aujourd’hui plus que jamais, les tentatives pour faire glisser le monde entier à une limite sont visibles, jusqu’à utiliser la menace d’une guerre nucléaire par les États-Unis.

La protection du patrimoine naturel face au capitalisme prédateur est devenu un axe majeur de l’agenda de luttes de toujours plus d’organisations populaires et de mouvements sociaux. Se renforce ainsi un front commun contre la destruction de la nature et contre les fausses solutions « d’écologie de marché » et de « capitalisme vert », comme les marchés du carbone, les biocarburants, les OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
et la géoingénierie, solutions qui sont promues par les centres pouvoir face à la menace du changement climatique. Nous dénonçons les gouvernements des pays du Nord géopolitique qui, plutôt que de penser à faire face aux graves conséquences du changement climatique, cherchent à éviter leurs responsabilités et à développer de nouveaux mécanismes de marché du carbone pour accroître leurs profits, comme le mécanisme de "Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts » (REDD), qui favorise la marchandisation et la privatisation des forêts et la perte de souveraineté sur les territoires. Nous refusons de tels mécanismes.

Nous demandons que ces pays réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre et qu’un Tribunal International sur la justice climatique soit créé. Nous réaffirmons les propositions de l’accord de Cochabamba, produit lors de la Conférence mondiale des peuples sur les changements climatiques et les droits de la Terre-Mère, lesquelles reconnaissent que les vraies solutions face au réchauffement climatique sont la souveraineté alimentaire, la récupération des terres et la réforme agraire, l’agriculture paysanne et l’intégration et la solidarité entre les peuples.

Nous, mouvements sociaux sommes confrontés à une occasion historique de développer des initiatives d’émancipation à l’échelle internationale. Seules les luttes de nos peuples permettront de progresser vers la yby marane’y (terre sans mal) et de réaliser le tekoporã (le bien vivre). Nous nous engageons à renforcer la lutte pour la souveraineté de nos peuples, la souveraineté alimentaire, la souveraineté énergétique et la souveraineté des femmes sur leur corps et leur vie, et la reconnaissance de la diversité sexuelle. Nous construisons des alternatives qui s’appuient sur l’accumulation des résistances et depuis les interactions de divers points de vue, anticapitaliste, antipatriarcal, anticolonial et antiraciste, en même temps que nous avançons sur un autre paradigme, fondé sur l’égalité, le bienvivre, la souveraineté et l’intégration fondée sur le principe de solidarité entre les peuples.

Asunción, Paraguay, le 15 août 2010

Traduction réalisée par Maxime Combes