Déclaration de la Marche Mondiale des Femmes

26 novembre 2007 par Marche mondiale des femmes


25 novembre 2007 – Journée de lutte contra la violence envers les femmes

Dans la Charte Mondiale des Femmes pour l’Humanité, nous, militantes de la Marche Mondiale des Femmes, affirmons le monde que nous sommes en train de construire : un monde où « tous les êtres humains vivent libres de toute violence ; où aucun être humain n’appartient à un autre ; où aucune personne ne peut être tenu en esclavage, forcée au mariage, subir le travail forcé, être objet de trafic, d´exploitation sexuelle. »

Le 25 de novembre 2007 - Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, nous sommes mobilisées autour du monde pour réaffirmer les valeurs de la Charte : la liberté, la paix, la justice, la solidarité et l’égalité.

Nous condamnons le patriarcat, ce système plusieurs fois millénaire d’inégalités, d’exploitation, de privilèges, de discriminations, de valeurs, de normes, de politiques, basé sur la prétention qu’il existerait une infériorité naturelle des femmes en tant qu’êtres humains et sur la hiérarchisation des rôles assignés dans nos sociétés aux hommes et aux femmes. C’est ce système qui génère les violences.

Nous condamnons le machisme qui nie le droit à l’autonomie sexuelle et reproductive, et qui utilise la violence sexuel pour restreindre nos desir et l´exercice de nos droits. Le machisme réduit les femmes à des objects sexuels, condamne les lesbiennes, et promeut le sexisme, la prostitution, le trafic sexuel.

Nous condamnons le racisme dans nos pays, qui s’ajoute à l’opression de classe et de genre et pousse les femmes paysannes, autochtones, afrodescendentes et migrantes aux pire conditions de vie.

Nous condamnons la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
capitaliste néolibérale qui s’appuie sur la division sexuelle du travail pour créer des inégalités supplémentaires entre les hommes et les femmes, terreau plus que favorable à l’accroissement des violences. Nous voulons mettre fin à ces violences !

Cette journée est un hommage aux trois soeurs Mirabal, assassinées sur l’ordre du dictateur Trujillo, en République Dominicaine, le 25 novembre 1960.

Encore aujourd’hui, des États autoritaires utilisent la violence contre les femmes activistes des mouvements des femmes et des mouvements sociaux. Cette dernière semaine, nous avons reçu des appels à la solidarité de femmes réprimées au Burma, en Colombie, en Guinée, en Iran et au Pakistan [1].

Où il y a violence, il y a résistance. Les femmes mexicaines dénoncent les liens entre la militarisation, la criminalisation des pauvres et la violence patriarcale. Dans la campagne « Un million de signatures pour la sécurité des femmes », elles amplifient les voix des victimes abusées sexuellement dans les zones de frontières avec les Etats-Unis, zone militarisées ou dans des situations de répression comme à Oaxaca et Atenco.

Nous savons, malgré tout, que l’impunité peut être brisée par la force des femmes qui s’organisent. Le 04 décembre 2006, les femmes philippines ont réussi à faire en sorte qu’un militaire américain ayant violé une philippine soit déclaré coupable. C’est la première fois qu’un militaire américain a été amené devant un tribunal et qu’on applique la loi anti-viol en vue de renforcer les droits des femmes et de mettre à l’épreuve l’exercice de la souveraineté nationale, pour un crime impliquant le VFA (Visiting Forces Agreement).

Notre organisation doit être très forte et enracinée pour contrer la violence quotidienne dont souffrent les femmes des régions en conflit. Nous sommes solidaires avec les femmes qui combattent la violence envers les femmes - l’abus sexuel, le viol, l’esclavage sexuel et domestique, la torture, l’assassinat - au Kivu en République Démocratique du Congo et au Darfour au Soudan. Nous demandons la punition des responsables et la résolution des conflits avec la participation des femmes.

Des discours évoquant les droits de femmes et le besoin de les « protéger » sont utilisés pour justifier les occupations militaires (par exemple, en Afghanistan) et l’augmentation du racisme et de l’intolérance. En Irak, en Palestine, tout comme ailleurs, où les femmes sont très nombreuses parmi les victimes des guerres et sont aux prises avec la survie matérielle, dans un contexte de destruction des infrastructures, et la survie émotionnelle, dans un contexte d’insécurité totale.

La violence envers les femmes n’est pas un phénomène de culture, ni de pays ou de classe sociale. La violence est transversale et nous concerne toutes. Nous n’acceptons pas qu’une rhétorique sur les droits des femmes soit utilisée pour nourrir la xénophobie et la répression des immigrant-es.

Aucune violence envers les femmes ne doit être tolérée. C’est dans ce sens que les Européennes lancent la campagne « Ni Una Mas ! Pas une de plus ! No One More ! » mettant l’accent sur la violence conjugale. Elles demandent que les lois-cadres sur la violence envers les femmes soient votées et appliquées dans toutes leurs dimensions : prévention, centres d’accueil des femmes, actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pour l’indépendance économique des femmes, etc... Elles insistent sur le rôle des associations féministes qui font du travail de terrain et interviennent sur les causes de la violence envers les femmes.

Nous avons des demandes vers les États. Mais nous faisons aussi appel à notre responsabilité individuelle et collective de femmes et d’hommes, pour prendre position contre les violences sexistes partout où nous les rencontrons.

Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche !



Notes

[1Pour lire les appels à la solidarité en entier, voir www.worldmarchofwomen.org et pour plus d’information sur la situation actuel de loi martiale au Paquistan, voir http://pakistan-wmw.blogspot.com/

Traduction(s)