Déclaration des Mouvements Sociaux à la 12e Edition du Forum des Peuples du Mali, Sommet Alternatif Citoyen au 27e Sommet Afrique-France

9 janvier par Collectif

Nous femmes, hommes, jeunes, étudiant-e-s, paysan-ne-s, commerçant-e-s, ouvrier-e-s, chercheurs, migrant-e-s, militant-e-s des mouvements sociaux, citoyen-ne-s d’Afrique, et d’Europe, mobilisés du 07 au 08 Janvier 2017 à Ouélessébougou, cercle de Kati, région de Koulikoro, adoptons la présente déclaration à l’occasion de la 12e Édition du Forum des Peuples du Mali, un Sommet Alternatif Citoyen au 27e Sommet Afrique-France qui a porté sur le thème central : « Les peuples du Sud exigent des alternatives pour un nouveau partenariat économique, social et sécuritaire entre la France et les États africains ».

Cet événement inédit en Afrique a réuni plus de 800 participantes et participants, venant des différentes régions du Mali, du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry, du Togo, du Sénégal, du Maroc, de la Mauritanie, du Niger, de la RD Congo et de l’Europe représentant plus d’une centaine d’organisations et mouvements sociaux.

Face à la crise globale du système capitaliste et à la faillite du mode de gouvernance néolibéral dicté par les multinationales et les puissances de l’Occident, qui cherchent davantage à reconquérir notre continent, les résistances s’organisent un peu partout dans le monde pour construire des alternatives respectueuses des droits humains, de l’ équité, de la justice sociale et environnementale.

La Coopération France-Afrique datant de plus de 56 ans n’a apporté aucun remède adéquat aux multiples défis que connait le Continent africain. Le sommet alternatif citoyen Afrique-France constate au contraire que la coopération françafricaine n’a servi que les intérêts économiques, politiques et géostratégiques des seuls dirigeants français, africains et leurs multinationales au mépris des peuples africains.

Les participantes et participants au Sommet Alternatif Citoyen se sont indignés des politiques de répression, de stigmatisation et de racisme des États du Nord à l’encontre des populations immigrées, reflet d’un passé colonial et d’un présent néocolonial.

Considérant qu’en dépit des accords sur le droit de libre circulation des personnes dans les espaces régionaux comme la CEDEAO, les participants voient ce droit être bafoué ;

Constatant que les accords commerciaux inéquitables comme ceux des APE (Accords de Partenariat Économique), que l’Union européenne est en train d’imposer aux pays de l’Afrique-Caraïbes-Pacifique constituent des instruments en faveur des grandes puissances capitalistes et des multinationales du Nord contre les peuples ;

Considérant que les peuples africains sont victimes des effets du dérèglement climatique causé principalement par les industries du Nord, de l’accaparement des terres agricoles, de l’agrobusiness et la destruction de l’agriculture vivrière accentuent l’appauvrissement des paysans et la dépendance alimentaire de nos pays ;

Étant donné que le système de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
imposée par les Institutions de Bretton-Woods est un instrument de domination, de pillage et compromet le développement de l’Afrique et constitue une violation flagrante des droits humains ;

Considérant que le système de la microfinance et du microcrédit est un outil d’endettement et d’appauvrissement des victimes des programmes d’ajustement structurels entrainant la perte de la dignité humaine ;

Constatant, que les interventions militaires étrangères sur le continent et les accaparements de ressources naturelles qui s’en suivent plongent l’Afrique dans une nouvelle phase de domination impérialiste. Les peuples africains sont pris dans le piège d’une spirale de conflits qui entrainent l’utilisation de la violence et esclavagisme sexuel des femmes et des enfants comme armes de guerre, la prolifération des armes et la présence massive et permanente des forces étrangères sur nos terres ;

Considérant les limites du francs CFA qui se trouve être une monnaie de domination ;

Eu égard à ce qui précède nous, mouvements sociaux exigeons :

  1. L’arrêt immédiat de l’accaparement des terres, du pillage des ressources naturelles, de la destruction de l’environnement du continent africain ;
  2. L’expropriation des terres sans indemnisation des grands propriétaires fonciers ;
  3. La mise en place de politique publique sociale et environnementale basée sur la redistribution des richesses, la production vivrière pour garantir la souveraineté alimentaire, la justice sociale et environnementale ;
  4. Le respect des droits humains fondamentaux, aussi bien à travers le droit à la libre circulation et d’établissement des personnes, qu’à travers le droit à avoir une vie digne ;
  5. L’annulation des accords de libre-échange ;
  6. La poursuite des débats sur la création de la banque du Sud et la création d’une monnaie unique africaine ;
  7. L’arrêt de la criminalisation et de la persécution des migrant-e-s et la libre circulation des personnes ;
  8. L’arrêt des accords de réadmission, de l’utilisation des Laisser Passez Européens et de l’externalisation des frontières Européennes sur le Continent ;
  9. La suppression des visas et la liberté de circulation des Africains dans tous les États du continent ;
  10. La sortie de tous les pays africains de la Cour Pénale Internationale(CPI) et la création d’une Cour Pénale Africaine ;
  11. La fin du financement de l’Union Africaine par les fonds Européens ;
  12. La mise en place d’audit citoyen de la dette extérieure et intérieure publique des États pour en déterminer les parts illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables et de procéder à leur abolition pure et simple et le remboursement d’une dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

    La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


    - La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

    - La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

    - Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

    - L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

    Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
    et la création d’un front mondial contre la dette ;
  13. L’arrêt et l’annulation des contrats de concession de nos États avec les multinationales ;
  14. L’arrêt et annulation des contrats de désendettement et de développement (C2D) qui maintiennent les peuples africains sous le joug colonial ;
  15. L’arrêt de la vente des titres de dettes publiques sur les marchés financiers Marchés financiers
    Marché financier
    Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
    des pays les plus industrialisés aggravant la situation d’endettement des pays du Sud ;
  16. L’arrêt de l’émission d’euro-obligations Obligations
    Obligation
    Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
    que certains de nos États (le Cameroun, la RD Congo etc.) sont en train d’effectuer sur le marché financier international ;
  17. La renationalisation de toutes les sociétés d’État qui ont été privatisées sous la pression du FMI FMI
    Fonds monétaire international
    Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

    À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

    Cliquez pour plus.
    et de la Banque Mondiale Banque mondiale
    BM
    La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

    Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
    La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
    L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
    La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
    Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

    TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
    1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
    2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
    3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
    4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
    5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
    Site : http://www.banquemondiale.org
    et contre les intérêts des Africains ;

Nous, mouvements sociaux du Sud comme du Nord, nous nous engageons à poursuivre ce combat en développant une solidarité concrète pour que toutes nos luttes légitimes constituent les piliers du monde de demain.

Vive le Forum des Peuples !

Vive le Forum Social Ouest Africain !

Vive le Forum Social Africain !

Un Autre Monde plus juste est nécessaire.

Fait à Ouélessébougou le 8 Janvier 2017

Le Sommet Alternatif Citoyen Afrique- France.