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Sénégal
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Du même auteur
Forum social sénégalais
24 décembre 2003 par Forum social sénégalais
La première édition du FSS s’est tenue à Dakar du 18 au 20 décembre 2003, à un moment où s’approfondit la crise du système néolibéral, tant au Nord qu’au Sud, avec des répercussions désastreuses en Afrique et au Sénégal.
La première édition du FSS, tenue à Dakar du 18 au 20 décembre 2003, a vu la participation de toutes les composantes de la société civile sénégalaise. Elle a également été marquée par la présence de représentants de partis politiques, de membres du Parlement, d’élus locaux ; ainsi que de représentants de mouvements sociaux alter mondialistes d’Afrique et d’Europe.
Le Forum se tient à un moment où s’approfondit la crise du système néolibéral, tant au Nord qu’au Sud, avec des répercussions désastreuses en Afrique et au Sénégal.
La crise du système néolibéral
Le capitalisme mondial traverse une grave crise de légitimité. Celle-ci est reflétée par l’incapacité croissante de l’idéologie néo-libérale à convaincre les peuples de sa nécessité et de sa viabilité comme système de production, d’échange et de distribution. Le désastre économique et social engendré par l’ajustement structurel en Afrique et en Amérique Latine, les crises financières qui ont secoué l’Asie, le Brésil et la Russie, ainsi que l’effondrement de l’économie argentine ont contribué à accentuer la perte de légitimité du capitalisme mondial. Celle-ci affecte plus particulièrement les institutions qui exercent la gouvernance économique mondiale du système : la Banque mondiale, le FMI et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
A la crise idéologique du système néolibéral s’est ajoutée une crise de surcapacité, qui a favorisé l’émergence de la spéculation financière au détriment de l’économie réelle .
La perte de légitimité du capitalisme mondial est également illustrée par le fossé grandissant entre pays développés et sous-développés, ou entre riches et pauvres, comme l’atteste l’abjecte pauvreté qui affecte plus de la moitié de l’Humanité.
L’Afrique Subsaharienne est sans doute le continent qui a le plus souffert de l’impact des politiques néo-libérales et de la crise du capitalisme mondial. Plus de la moitié de sa population vit dans la pauvreté et 34 des 49 pays les moins avancés (PMA) sont africains, parmi eux le Sénégal.
La crise de l’économie et de la société sénégalaises
Le FSS a prêté une attention particulière à la situation, qui prévaut actuellement au Sénégal. Il ressort des analyses et des débats que le Sénégal traverse une profonde crise multiforme : économique, sociale, politique culturelle, etc.
Cette crise est le résultat de l’application de politiques néolibérales depuis plus de deux décennies, politiques dictées par le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC.
La crise économique se traduit par la désindustrialisation et le déclin de l’agriculture, par suite d’une série de politiques de libéralisation, de déréglementation et de démantèlement du secteur public. Les conséquences de cette crise économique sont l’aggravation du chômage, l’effondrement du pouvoir d’achat des populations, la dépendance extérieure accrue de notre pays.
Mais, celle-ci est doublée d’une crise sociale sans précédent. En effet, tous les indicateurs de développement humain de notre pays se sont détériorés. La pauvreté affecte plus de 6 citoyens sur 10 et plus de 8 citoyens sur 10 dans les zones rurales. Le chômage affecte plus de 40 % de la population active.
Le système éducatif s’est détérioré, avec une baisse considérable de la qualité de l’enseignement, due en partie à la dégradation des conditions de travail et du manque d’infrastructures. L’analphabétisme affecte plus de 60 % des adultes et plus de 70% de femmes.
Le système sanitaire est parmi les moins performants en Afrique Subsaharienne.
Les taux de mortalité maternelle et infantile restent très élevés, le VIH /Sida progresse à une vitesse alarmante, le personnel sanitaire travaille dans des conditions déplorables et les infrastructures manquent d’équipements performants.
La double crise économique et sociale que traverse le Sénégal a de profondes répercussions sur le plan politique.
Le FSS a constaté que la mal gouvernance politique persiste. L’Etat de droit n’est pas effectif, la démocratie semble être réservée aux élites politiques. La corruption continue de faire des ravages, tandis que l’administration est traversée par de graves dysfonctionnements qui pénalisent les citoyens dans leur vécu quotidien.
A cela il faut ajouter la duplication d’institutions qui se neutralisent mutuellement. Tout cela contribue à une perte de crédibilité de l’Etat et des Institutions publiques.
Bâtir un autre Sénégal
Pour changer la situation analysée ci-dessus et bâtir un Autre Sénégal, les participants au FSS lancent un appel solennel à toutes les forces sociales et politiques pour qu’elles se mobilisent autour des objectifs ci-après.
A) Sur le plan économique, le FSS exige :
la restauration de la souveraineté nationale sur les ressources du pays, en mettant notamment fin au bradage de notre patrimoine à de prétendus « partenaires stratégiques » à travers les politiques de privatisation imposées par les institutions financières internationales ;
la restauration du rôle des Institutions publiques (Etat, Parlement) dans la définition des politiques économiques et sociales ;
la protection du marché domestique, avec l’arrêt des politiques de libéralisation et de déréglementation, responsables de la désindustrialisation et du déclin de l’agriculture sénégalaise ;
le rejet de toutes les politiques des institutions financières internationales, hier appelées programmes d’ajustement structurel, aujourd’hui rebaptisées Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) ;
l’annulation inconditionnelle de la totalité de la dette extérieure de notre pays et des réparations pour les conséquences négatives des politiques imposées par les IFI.
B) Sur le plan social, le FSS exige :
la restauration du secteur public notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, qui sont des secteurs vitaux dans tout processus de développement ;
l’arrêt ou l’annulation de la privatisation des services essentiels, tels que l’eau, l’électricité, le transport public, etc. ;
l’intégration de la dimension genre dans tous les programmes et politiques de développement ;
la protection du droit des travailleurs, notamment la satisfaction de leurs revendications pour la retraite à 60 ans, la baisse de la fiscalité sur les salaires et le relèvement généralisé du taux de cotisations patronales ;
la mise en œuvre d’une politique garantissant à notre jeunesse une éducation de qualité et une bonne insertion professionnelle, qui leur permettraient ainsi de contribuer efficacement au développement de leur pays ;
la garantie de l’accès de tous aux services sociaux de base
C) Sur le plan politique, le FSS exige :
l’instauration d’un véritable Etat de droit, garantissant à tous les citoyens, la défense, la protection et le respect de leurs droits et libertés fondamentaux ;
une démocratie réelle et non élitiste ou séquentielle, garantissant un exercice réel de la liberté de la presse et d’opinion, ainsi qu’une participation effective par tous les citoyens au choix de leurs dirigeants à travers des élections libres et transparentes ;
l’instauration d’une bonne gouvernance, se traduisant par une lutte vigoureuse contre la corruption, le détournement de deniers publics, la transparence dans les décisions ainsi que le respect des citoyens ;
l’instauration d’une justice indépendante, efficiente, fiable et accessible à tous.
Le rôle du mouvement social sénégalais.
Le mouvement social sénégalais doit être aux premières lignes dans le combat pour bâtir un autre Sénégal. Il doit être le fer de lance dans la résistance au système néo-libéral dans notre pays.
Le Forum social sénégalais doit inscrire son action dans la philosophie et le programme du Forum social africain et du Forum social mondial.
Il doit mobiliser toutes les composantes du mouvement social sénégalais, dans toute sa diversité, pour apporter une contribution de taille à l’édification d’un autre Sénégal, d’une autre Afrique et d’un autre monde.
Dakar, Le 19 Décembre 2003