Déclaration finale du 8e Forum des peuples de Bandiagara au Mali (8 au 10 juillet 2009)

Il est urgent que les peuples d’Afrique passent à l’action

20 juillet 2009 par Le Forum des Peuples


La 8e édition du Forum des peuples, à Bandiagara (région de Mopti) au Mali, s’est déroulée du 8 au 10 juillet 2009 dans un contexte de crises internationales (crise financière, crise économique, crise alimentaire, crise écologique et crise sociale). Le constat est sans appel : il s’agit bien d’une crise structurelle du système capitaliste mondiale.
Dans ce contexte, le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , ce directoire illégitime et anti-démocratique, réuni en Italie, prétend apporter des solutions, alors que ce sont ses recettes qui ont conduit le monde à cette situation dramatique. Les peuples du monde ne sont pas dupes, ils n’attendent rien d’eux. Il en est de même pour le G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). , tout aussi illégitime malgré la présence de quelques pays dit « émergents ».
Ces crises ont un impact dramatique sur les conditions de vie des populations, particulièrement les plus pauvres d’entre elles. Bandiagara, où se tient le Forum des peuples reflète d’ailleurs bien les conséquences de ces crises multiples et connexes : pauvreté, manque d’eau, faible scolarisation, récoltes insuffisantes...

Nous, mouvements sociaux, organisations et participant-e-s au Forum des peuples, nous opposons au diktat des dirigeants du G8 et à leurs alliés. Nous exigeons des gouvernements du Nord et du Sud la mise en place d’alternatives en rupture avec le système capitaliste qui garantissent les droits humains fondamentaux des peuples.

Pour la souveraineté alimentaire :
 - Le rejet de la signature des Accords de Partenariat Economique (APE) entre l’Union Européenne et les pays ACP et de tout autre accord de libre échange
 - Le refus des Organismes Génétiquement Modifiés et des agrocarburants
 - Le mise en place de politiques contre la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
foncière
 - Le soutien et le développement de l’agriculture paysanne

Pour la libre circulation des personnes (conformément à l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) :
 - Le refus des politiques migratoires de l’UE (pacte européen sur l’immigration, FRONTEX, directive « retour », accords de réadmission...). Nous exigeons de nos gouvernements qu’ils s’opposent à l’ensemble de ces politiques de l’Europe « forteresse ».
 - Le retour immédiat et inconditionnel des détenteurs de récépissé de demande de carte de séjour actuellement bloqués à l’aéroport de Bamako (Mali).
 - La régularisation de tous les sans papiers résidant dans les pays du Nord.
 - La ratification par les pays européens de la Convention des Nations Unies du 18 décembre 1990 sur le droit des travailleurs migrants et leurs familles.

Pour la reconnaissance des biens communs de l’humanité
 - Arrêt immédiat des privatisations de l’eau, non à la marchandisation des biens communs
 - Respect du droit à l’accès universel à l’eau

Pour l’émancipation des femmes et l’égalité hommes-femmes
 - Assurer la participation des femmes aux prises de décisions politiques et économiques
 - Soutenir les initiatives économiques des femmes africaines
 - Abolition de toutes les politiques discriminatoires à l’égard des femmes

Pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des pays du Sud

 - Annulation / répudiation immédiate et inconditionnelle de la dette des pays du Sud
 - Mise en place d’audits de la dette comme outils au service de ces revendications
 - Versement de réparations aux pays du Sud
 - Abolition de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, refus de leur relégitimation par le G8 et le G20.

 - Pour la paix entre les peuples
 - Refus des guerres impérialistes et de domination néocoloniale
 - Refus des guerres d’exploitation et de pillage des ressources naturelles
 - Refus de transformer nos armées en force auxiliaire de résolution des conflits occasionnés par les puissances du Nord pour l’exploitation des ressources naturelles.
 - Démantèlement immédiat des bases militaires étrangères sur le sol africain et refus de l’installation de nouvelles bases sous prétexte de lutte contre le terrorisme.
 - Refus des accords de défense avec les pays du Nord.

Pour le respect des droits des travailleurs-euses
 - Respect des luttes sociales et du droit de grève
 - Réintégration obligatoire de tous-tes les travailleurs-euses licencié-e-s
 - Pour un travail décent

Pour le principe d’autodétermination des peuples
 - L’arrêt immédiat et sans condition des ingérences extérieures dans les affaires intérieures des Etats.
 - Le refus des démocraties bananières qui répondent aux intérêts des pays du Nord et de leurs multinationales.
 - La fin des politiques néocoloniales

Pour le respect de la nature et la lutte contre le changement climatique
 - Reconnaissance d’une dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
des pays du Nord au pays du Sud
 - L’arrêt de la surexploitation des ressources naturelles par les pays du Nord
 - La diminution drastique des gaz à effet de serre par les pays du Nord

Nous appelons l’ensemble des mouvements à se mobiliser pour la mise en oeuvre de ces revendications et alternatives lors des dates suivantes :

Mobilisations internationales :

 - 12 octobre 2009 : Journée contre la marchandisation, la colonisation et pour la Terre Mère
 - 12–18 octobre 2009 : Semaine d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
contre la dette et les institutions financières internationales
 - 07-17 décembre 2009 : Contre sommet à la conférence cadre des Nations Unies sur le changement climatique – Copenhague ( Danemark)
 - 18 décembre 2009 : Journée internationale des migrant-e-s
 - Préparation de la Marche mondiale des femmes de 2010

Mobilisations africaines

 - 31 juillet 2009 : Journée panafricaine des femmes
 - 15 novembre 2009 : Journée pour la paix en Côte d’Ivoire étendue à l’Afrique

Fait à Bandiagara, le 10 juillet 2009.
Le Forum des peuples