Déclaration forum de Sikasso

15 juin 2007


Nous, représentants des différentes composantes de la société civile et des mouvements sociaux des pays d’Afrique ( Bénin, Burkina, Côte-d’Ivoire, Mali), d’Europe ( Belgique, France, Royaume-Uni, Italie), d’Amérique ( Canada) réunis à Sikasso du 04 au 07 juin 2007
à la 6e édition du Forum des Peuples, avons procédé à de larges
débats démocratiques sur les questions fondamentales qui préoccupent l’ensemble des Peuples du monde (Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, Accords de Partenariat Economique UE-ACP, Souveraineté alimentaire,Pauvreté, Accès à l’eau, Réchauffement climatique...)

A l’issue des débats, le constat général est scandaleux :

Le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , ce directoire mondial illégitime a démontré à la face du monde son incapacité notoire à tenir ses promesses d’aide aux pays les plus pauvres et à résoudre cette crise structurelle de
l’endettement dont il est le principal responsable.

En 2005 son engagement en faveur des pays pauvres avait permis l’annulation d’un montant dérisoire de 39 milliards de dollars Us de dette pour les Pays d’Afrique et d’Amérique Latine.
Aujourd’hui les dettes que ces mêmes pays doivent rembourser s’élèvent pour l’Afrique à 215 Milliards de dollars Us et pour l’Amérique Latine à 723,6 milliards de dollars Us1. Selon Oxfam
Grande-Bretagne, les pays les plus pauvres du monde doivent continuer à payer 100 millions de dollars Us chaque jour !

C’est dans ce contexte que s’est ouvert à Heiligendamm (Allemagne) le sommet du G8. L’agenda officiel porte sur la stabilité du marché mondial, le développement de l’Afrique, la lutte contre le réchauffement climatique et l’approvisionnement énergétique. Malheureusement, les réponses apportées à ces questions par les dirigeants des pays riches ressemblent à un aveu d’échec, d’hypocrisie et d’irresponsabilité.

Les mesures prises ces dernières années n’ont été que des opérations d’effet d’annonce doublé de mépris profond pour les souffrances de nos peuples. De l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés PPTE
Pays pauvres très endettés
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en plusieurs étapes particulièrement exigeantes et complexes.

Tout d’abord, le pays doit mener pendant trois ans des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement structurel. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire. À la fin de ces trois années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %. Si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allégements de son service de la dette et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période varie entre un et trois ans, selon la vitesse de mise en œuvre des réformes clés convenues au point de décision. À l’issue, arrive le point d’achèvement. L’allégement de la dette devient alors acquis pour le pays.

Le coût de cette initiative est estimé par le FMI en 2019 à 76,2 milliards de dollars, soit environ 2,54 % de la dette extérieure publique du Tiers Monde actuelle. Les PPTE sont au nombre de 39 seulement, dont 33 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter l’Afghanistan, la Bolivie, le Guyana, Haïti, le Honduras et le Nicaragua. Au 31 mars 2006, 29 pays avaient atteint le point de décision, et seulement 18 étaient parvenus au point d’achèvement. Au 30 juin 2020, 36 pays ont atteint le point d’achèvement. La Somalie a atteint le point de décision en 2020. L’Érythrée et le Soudan n’ont pas encore atteint le point de décision.

Alors qu’elle devait régler définitivement le problème de la dette de ces 39 pays, cette initiative a tourné au fiasco : leur dette extérieure publique est passée de 126 à 133 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,5 % entre 1996 et 2003.

Devant ce constat, le sommet du G8 de 2005 a décidé un allégement supplémentaire, appelée IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale), concernant une partie de la dette multilatérale des pays parvenus au point de décision, c’est-à-dire des pays ayant soumis leur économie aux volontés des créanciers. Les 43,3 milliards de dollars annulés via l’IADM pèsent bien peu au regard de la dette extérieure publique de 209,8 milliards de dollars ces 39 pays au 31 décembre 2018.
de Cologne (Allemagne) en 1999, aux engagements multilatéraux de Gleneagle (Royaume Uni) en 2005, la situation n’a pas évolué. Pour preuve : en 2005 les transferts nets de capitaux du Sud vers le Nord étaient de 354 milliards de dollars Us et parallèlement, l’aide au développement des pays du G8 est en baisse
depuis 2006, pendant que le montant de la dette culmine à un niveau hallucinant de 2 800 milliards de dollars Us !

Sous le couvert de la lutte contre le réchauffement climatique, les puissances du G8 étalent leur nature prédatrice, inhumaine, irresponsable et hégémonique, se livrant à une compétition
effrénée pour le contrôle des matières premières et des ressources en hydrocarbure à l’exemple de la guerre en Irak, du chantage au gaz de la Russie...

Le Forum des Peuples réaffirme l’illégitimité du G8 et condamne fermement la répression des militants alter mondialistes par les forces de l’ordre allemandes.

Au Mali, cette sixième édition du Forum des Peuples intervient dans un contexte de crise généralisée marquée par le recul du service public avec la liquidation complète des derniers secteurs stratégiques (CMDT HUICOMA et le chemin de fer).
,
Les conséquences de ces privatisations se font durement sentir à travers les licenciements massifs des travailleurs, l’exacerbation de la pauvreté et de la misère. A cela il faut ajouter 1 2 ans après Gleneagles les promesses non tenues sur la dette et les fonds vautours Fonds vautour
Fonds vautours
Fonds d’investissement qui achètent sur le marché secondaire (la brocante de la dette) des titres de dette de pays qui connaissent des difficultés financières. Ils les obtiennent à un montant très inférieur à leur valeur nominale, en les achetant à d’autres investisseurs qui préfèrent s’en débarrasser à moindre coût, quitte à essuyer une perte, de peur que le pays en question se place en défaut de paiement. Les fonds vautours réclament ensuite le paiement intégral de la dette qu’ils viennent d’acquérir, allant jusqu’à attaquer le pays débiteur devant des tribunaux qui privilégient les intérêts des investisseurs, typiquement les tribunaux américains et britanniques.
sapent l’accord G8, Communiqué de presse des campagnes dette lors du G8, le 6 juin 2007.

L’absence d’un contrôle démocratique et transparent sur les ressources stratégiques du Mali notamment l’or, l’introduction forcée des OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
dans l’agriculture, l’application programmée
des Accords de Partenariat Economique entre l’Union Européenne et les Pays ACP, l’introduction de nouveaux accords sur l’immigration. Ces nouveaux accords sur l’immigration transforment le Mali comme ceux des autres pays voisins et du pourtour méditerranéen en
simple gendarme chargé d’appliquer avec zèle des mesures d’expulsion arbitraires et illégales des pays de l’Union Européenne en violation flagrante de toutes les conventions internationales relatives aux droits humains et à la libre circulation des personnes et des biens.


Les participants au Forum des Peuples exigent une fois de plus :

- L’annulation totale et inconditionnelle de la dette extérieure des Pays du Tiers-monde qui s’élève selon le rapport 2007 de la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
à 2800 milliards de dollars.
- La suppression du Fond Monétaire international et de la Banque Mondiale instruments de promotion et de renforcement de l’idéologie néolibérale et leur remplacement par la Banque du Sud qui regroupera tous les pays en voie de développement et les pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». afin de poser les bases d’un développement durable fondé sur des relations
économiques complémentaires et justes entre les Etats.
- La transparence et le contrôle des flux financiers par des taxes globales et la restitution des fonds détournés par les multinationales occidentales et les régimes corrompus.
- La suppression des subventions agricoles aux exportations vers les pays du sud et la reconnaissance du droit de ces pays à l’autosuffisance et à la sécurité alimentaire.
- La suppression des visas de court séjour, de toutes les entraves posées à la sortie d’un territoire, et la justification détaillée et contrôlée de refus de visas d’établissement avec une stricte symétrie des conditions africaines et européennes de délivrance de ce type de visas.
- La fermeture de tous les lieux d’enfermement et autres dispositifs de blocage des personnes aux frontières.
- L’abolition de toutes les mesures faisant obstacle au regroupement familial
- La régularisation totale et inconditionnelle de tous les sans-papiers en France et dans les autres pays de l’espace Schengen.

Les participants au Forum des peuples recommandent :

• La création d’une banque agricole autogérée par les paysans
• La diversification du matériel agricole selon les zones agro écologiques
• Une réforme des titres de propriété foncière
• L’encouragement de l’utilisation de l’engrais organique abandonné au profit des engrais chimiques.
• L’encouragement de la consommation des produits locaux
• La protection de nos produits agricoles contre la concurrence internationale
• Le rejet systématique des APE et des OGM
• L’ouverture d’un débat national sur la loi d’orientation agricole en dehors des structures institutionnelles avec l’implication du Conseil supérieur de l’agriculture.

Fait à Sikasso le 07 juin 2007

Les Participants